Un Américain à Paris

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Freddy Potec Coupes et médailles Ne me disent rien qui vaille Ce sont les hochets de la gloire Pourtant, dans un égal souci Du corps et de l'esprit Je pédale et j'écris Il y en a qui  [+]

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Il y a deux ans que mon mari m’a quittée. Sur le coup j’en étais restée abasourdie, il faut dire qu’il y avait de quoi. Il m’avait quittée alors que je combattais mon cancer du sein. Il ne supportait plus de me voir chauve avec un sein en moins, ça le faisait trop souffrir le pauvre chou!
«Je m’en vais, ça me fait trop mal de te voir comme ça .» m’avait-il annoncé un matin dans la cuisine, alors que je venais de vomir mon petit-déjeuner. Il était parti , petite chose fragile et égoïste, et il avait pris un appartement, dans le même quartier, pas très loin de moi, pour « continuer à voir les enfants». Peu de temps après , une de ses collègues n’avait pas tardé à le consoler de son triste sort: avoir dû quitter sa femme malade!
Le choc fut violent, j’eus bien du mal à m’en remettre même si je suis d’un naturel gai et optimiste. Mais je survécus, bien contente après tout de ne plus avoir à laver son linge sale, et à remplir son estomac insatiable. Tout en me soignant j’avais du temps pour moi, je pouvais lire, aller au cinéma, et reprendre le yoga.
Petit à petit je remontais la pente, mais mon image restait déplorable. Même si j’étais désormais en rémission, j’avais beaucoup maigri, je ne me sentais plus qu’une moitié de femme. J’avais repris mon poste dans l’entreprise où je travaillais, mes collègues se montraient respectueux mais distants. C’est drôle : quand on a été malade on a un peu l’impression d’être un pestiféré.
Quand même ça allait mieux, et un beau matin, en me regardant dans la glace, je m’aperçus que ma perruque n’était plus nécessaire, mais que j’avais besoin d’aller chez la coiffeuse.
J’avais l’habitude d’aller dans une rue voisine, chez une certaine Nadège, avec qui j’avais sympathisé, une petite brune piquante, coiffée à la Louise Brooks. Je me sentais bien chez elle, dans le petit salon, assise dans le fauteuil en cuir. Des fleurs fraîches parsemaient les consoles tout autour, et illuminaient les murs de couleurs pastel. Dans le miroir je l’observai s’activer autour de moi, et bientôt elle m’apporta une tasse de thé. Une sorte de végétal se trouvait dans l’eau, qui s’épanouit en une fleur de lotus. Quand on a été malade, on s’émerveille de petits riens, qu’on ne remarque même pas quand nous sommes bien portants.
As-tu une photo d’avant ta maladie ?
Je posai ma tasse, puis fouillai dans mon portefeuille, pour y dénicher une photo vieille de trois ans, prise lors de vacances en Corse.
- Le carré te va très bien, mais ce ne sera pas pour maintenant.
Je souris à sa remarque.
- Je te verrai bien avec une coupe à la Jean Seberg, ça t’irait à merveille.
Je n’étais pas difficile, et je lui faisais confiance. Qu’elle me fasse ce qu’elle voulait !
Elle m’emmena ensuite au bac, et j’avoue que cela me fit du bien, quand ses doigts me massèrent le cuir chevelu. On ne m’avait pas touché depuis trois ans, sauf pour les piqûres et autres misères. Je me laissais aller aux douceurs de son massage, je fermai les yeux et tout mon corps se détendit.
Elle me coupa ensuite les cheveux, en prenant tout son temps. Deux heures après je la quittai, délestée aussi de quelques billets, mais je m’en fichais complètement, car ça faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi bien.
Partout on me félicita pour ma coupe de cheveux et on me dit que j’avais bonne mine. Je retrouvai en même temps le goût de m’habiller, en revêtant des belles robes. Pas avec un décolleté, il fallait attendre la reconstruction mammaire, mais ça n’allait pas tarder.
Un après-midi par hasard, je rencontrai mon mari, qui ne put s’empêcher de m’avouer qu’il me trouvait séduisante. Je pensais en moi-même : « Regarde un peu ce que tu as perdu, espèce d’idiot! »
Nous allâmes prendre un café, et je dus écouter ses jérémiades . Rien n’allait plus pour lui, ça n’allait pas dans son travail, il avait été malade, il avait perdu une partie de ses valeurs en bourse, suite à des mauvais investissements. Pauvre chou, pour un peu, il aurait fallu que je le plaigne ! Quand j’en eus bien assez de l’entendre, je prétextai un rendez-vous urgent pour me débarrasser de lui, et perfidement je lui lançai : « Ta copine doit s’ennuyer, ne la fais pas attendre. » et nous nous quittâmes « bons amis ».
Le jour d’après je rencontrai John, un Américain fraîchement débarqué à Paris, un homme plus jeune que moi, qui me séduisit avec son look improbable : santiags et chapeau de cowboy, un vrai Texan. Depuis nous ne nous sommes plus quittés, je suis bien rétablie, le temps de la reconstruction est terminé, la vie m’appartient à nouveau et Nadège a pu me faire ma coupe au carré.
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Dolotarasse · il y a
Belle revanche sur la maladie et ses conséquences.
De retour pour m'abonner à votre page (suite à la cyberattaque)...
Bon dimanche, Freddy.