Ultime chaleur

il y a
2 min
895
lectures
30
En compétition

Ecrire pour mieux lire. Je débute, à contre-sens, en tentant d'écrire pour me mettre à lire... Le texte court est un allié parfait pour un lecteur novice  [+]

Image de Été 2020

Les étés caniculaires exacerbent les passions.

Le soleil au zénith brûle. Toute la campagne cuit dans ce four naturel. En bordure de vigne, proche d’une oliveraie, se cache un vieux mazet.
Tout autour, un mur de pierres sèches délimite un espace privatif qui semble inutile, tant la maisonnette est érigée au milieu de nulle part.
Un gros figuier prend racine contre un des murs, comme s’il n’avait pas eu la place de pousser ailleurs.
L’unique entrée est une petite porte bleue, semblable à celle d’un dessin d’enfant. La terrasse, ombragée par les larges feuilles d’une épaisse vigne vierge, s’étire sur ce même côté sud.
Pour lutter contre les fréquents épisodes violents du mistral, de grosses pierres reposent sur les tuiles plates des deux pentes du toit. À l’arrière, on distingue quelques plants de tomates qui, avec les volets entrouverts face à la colline plantée de pins d’Alep, sont les seuls signes de la présence d’une vie humaine.
Les cigales, acouphènes naturels, s’en donnent à cœur joie.
Ce bruit assourdissant tranche avec la quiétude extrême des lieux.
La canicule est telle qu’elle en déforme les images. Arbres et buissons semblent subir le sort des flammes, de grandes flaques d’eau paraissent inonder les vignes. Toute la nature est à l’arrêt et suffoque.

À l’intérieur, dans l’ombre de la cuisine inoccupée, de la vaisselle pour deux finit de s’égoutter sur la partie rainurée d’un vieil évier ébréché.
Dans la pièce d’à côté, sur un drap froissé, un corps nu s’étale, à plat ventre, membres en croix, tel une étoile à la recherche du moindre centimètre de fraîcheur.
La porte vitrée de la cabine de douche s’ouvre doucement, des pieds mouillés dont les traces s’évaporent presque immédiatement sur les carreaux de ciment, se dirigent vers le lit, en silence.
Ce corps encore mouillé se couche sur le précédent occupant. Toute langue dehors, peau contre peau, ce glaçon humain se laisse fondre lentement, de la tête aux pieds du gisant, qui reprend vie.
Ce corps fait de rondeurs inverse la superposition, il chevauche maintenant l’homme-glaçon, au rythme de l’espagnolette qui, à chaque faible courant d’air, bute contre le bois des volets entrouverts.
Dans la campagne, au loin, apparaît un nuage de fumée.
Le corps-contrebasse va et vient, sans arrêt, de l’ombre à la lumière.
Le nuage de fumée grossit peu à peu, il se rapproche.
Seul témoin des ébats, le ventilateur brinquebalant du plafond tourne au ralenti, trop usé par ses rotations incessantes. Les corps ruisselants de sueur et de plaisir ne font qu’un.

Le nuage de fumée est maintenant bien visible, il est précédé par un gros pick-up. Le véhicule roule à grande vitesse, sur le seul chemin de terre qui relie le mazet à la civilisation. L’automobile se rapproche inexorablement de son but.

Dans la chambre, les corps en fusion grimpent vers les sommets, les deux amants se rapprochent peu à peu de l’extase.

Le pick-up stoppe à une centaine de mètres du nid. Un homme jaillit du véhicule et court vers la frêle habitation…

Dans l’ombre, les gémissements sont de plus en plus audibles, plus rapprochés, l’explosion de ces deux êtres est proche.

Au moment où les corps se figent, tendus à l’extrême, obnubilés par leur jouissance réciproque, le silence de cet après-midi d’été est déchiré par deux claquements sourds, plongeant les cigales dans le plus grand des mutismes.

30
30

Un petit mot pour l'auteur ? 56 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de V. September
V. September · il y a
Merci François pour ce commentaire élogieux et constructif.
Image de François B.
François B. · il y a
Dommage que le système de vote ait changé : je vous aurais donné le maximum de voix.
Votre écriture est simple et efficace, avec quelques images parfaitement trouvées ("Les cigales, acouphènes naturels"). La progression du récit se fait comme un mouvement de caméra et est implacable. J'aime vraiment beaucoup

Image de V. September
V. September · il y a
Merci pour votre encouragement.
Image de Christian Pluche
Christian Pluche · il y a
Bravo pour ce texte écrit avec style, aux images bien trouvées !
Image de V. September
V. September · il y a
Merci Pénélope !
Image de Pénélope
Pénélope · il y a
Très belle ambiance provençale sensuelle et passionnée.
Image de V. September
V. September · il y a
Merci pour tous ces compliments, trop fort est trop fort, je débute moi aussi et cherche mes repères.
Image de Isa. C
Isa. C · il y a
La chaleur écrasante du paysage, la fraîcheur de la cabane, la chaleur des corps et le... Refroidissement final
Ces yoyos du mercure m'ont ravie!!! Et j'adore votre univers.. Trop fort vous êtes 🙂

Image de V. September
V. September · il y a
J'y vais de ce pas. Je vous invite à lire, une minute "le droit de rêver", texte non retenu sur le même thème.
Image de Houda Belabd
Houda Belabd · il y a
Voici une de ces belles plumes qui nous font voyager, non sans allégresse, tout en gardant les pieds immobiles. Je vote et vous invite à découvrir mon œuvre sur les sans abris de l'Isère, ici: https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-chienne-de-vie-dun-sans-abri-iserois
Image de V. September
V. September · il y a
Presqu'aussi chaud que votre texte :)
Image de Tnomreg Germont
Tnomreg Germont · il y a
Très beaux tableaux ! Chaud et rafraîchissant ....
Image de V. September
V. September · il y a
Merci Mireille!
Image de Mireille Bosq
Mireille Bosq · il y a
Le mazet au milieu de nulle part et l'amour châtié. Attention aux copy cats: le crime passionnel n'existe plus.
(Méridionale, j'ai bien apprécié le décor.)

Image de V. September
V. September · il y a
Merci Ginette pour ce commentaire encourageant.
Image de Ginette Flora Amouma
Ginette Flora Amouma · il y a
Un thriller efficace servie par une écriture effilée.
Image de V. September
V. September · il y a
Super sympa Nicolas !
Franchement, j'ai du mal à lire plus de cinq minutes...
Les textes très très courts me permettent ce plaisir.

Image de Nicolas Auvergnat
Nicolas Auvergnat · il y a
Jouir s'appelle '' la petite mort''. Mourir en jouissant se nomme '' epectase ''. Pour la doctrine chrétienne, cela signifie '' progrès de l'homme vers Dieu''. Dans ton décor de fournaise infernale, ton texte bien monté signifie pour moi qu'aucun enfer ne résiste à l'amour... Très chouette texte! Je travaille aussi dans ce sens. Écris encore! Et à
mon avis, tu lis au moins aussi bien que tu écris... C'est à dire bien.

Image de V. September
V. September · il y a
Je suis ravi que vous ayez apprécié.
Image de Norsk
Norsk · il y a
J'aime beaucoup la construction de ce texte, par touches, comme une aquarelle, et surtout l'arrivée du véhicule.
Image de V. September
V. September · il y a
Le texte devait se terminer par un orage, puis chemin faisant,...
Image de Vrac
Vrac · il y a
Eros et Thanatos, une passion brûlante, l'autre glacée. Le drame arrive pire qu'un orage à la fin de ce si bel après-midi
Image de V. September
V. September · il y a
Merci Léonore !
Image de Léonore Feignon
Léonore Feignon · il y a
Un chaud et froid dans une belle écriture !
Image de V. September
V. September · il y a
Merci pour le compliment.
Image de Mireille Béranger
Mireille Béranger · il y a
Voilà un texte original... Les descriptions sont dignes d'un artiste-peintre de talent... Et pour ce qui concerne la chute, je comprends aisément le mutisme soudain des cigales.
Merci pour cette escapade - je n'ose dire agréable, après avoir été au bout de ma lecture - au coeur d'un été torride.

Image de V. September
V. September · il y a
J'ai bien aimé vos feux d'artifices, mais j'ai bien peur que ce ne soit malheureusement pas cette version des faits. Mais après tout, je ne sais pas... Je suis tout simplement, moins optimiste :)
Image de Paul Thery
Paul Thery · il y a
à la fin le doute persiste: les détonations sont-elles celles de deux feux d'artifice commandés pour l'occasion ou la vengeance sanglante d'un mari trompé? la deuxième hypothèse semble malheureusement la plus crédible...
Image de V. September
V. September · il y a
Peut-être la femme du boulanger...
Image de V. September
V. September · il y a
Merci Jean, effectivement un décor très provençal.
Image de jean paul
jean paul · il y a
Quelques lignes bien enlevées pour planter décor et situation, un final rouge sang. Pas d’absolution pour la “Pomponnette”!
Image de V. September
V. September · il y a
Mourir d'amour!
Vivre d'amour, c'est mieux non ? :))

Image de cendrine borragini-durant
cendrine borragini-durant · il y a
Mourir d'amour...Trop fort!
Image de V. September
V. September · il y a
Merci pour votre soutien.
Image de Eva Dayer
Eva Dayer · il y a
Une tragédie antique en quelques lignes , chaleur, passion amoureuse et jalousie ... Ombre et
lumière ... J'ai vraiment aimé .

Image de V. September
V. September · il y a
Merci Laurent !
Image de Laurent courdavault
Laurent courdavault · il y a
On est bien mis dans l'ambiance, la torpeur estivale nous envahit et on se fige au final au même titre que les cigales. Bravo
Image de V. September
V. September · il y a
Merci à vous, pour ces encouragements.
Image de Felix Culpa
Felix Culpa · il y a
Une histoire charnelle, puissante, superbement écrite, d'une grande maîtrise ! Bravo ! Je m'abonne à votre page et je vote.
Image de M. Iraje
M. Iraje · il y a
Le souci poétique du détail descriptif dans cette torpeur caniculaire donne aux claquements finals une puissance dévastatrice insoupçonnée.
Image de V. September
V. September · il y a
Merci Camille, je suis d'autant plus sensible à tous vos commentaires et compliments que ce texte est le premier qui soit qualifié pour le Grand Prix.
Toutes et tous, je connais déjà vos écrits. Ils m'ont permis d'évoluer,...

Image de Camille Berry
Camille Berry · il y a
Quelle chaleur, quelle ambiance, quelle histoire et surtout quelle écriture! Bravo!
Image de V. September
V. September · il y a
Merci beaucoup Amandine, votre compliment me va droit au coeur.
Image de Amandine B.
Amandine B. · il y a
C'est superbe, j'ai adoré la montée en puissance du désir qui coïncidait avec le nuage de fumée du camion. Jusqu'à l'orgasme.
On a le choix de l'interprétation pour les claquements sourds !
Cest très joliment dit et si bien écrit qu'on entend les cigales, et quon les entend se taire :)

Image de V. September
V. September · il y a
Merci Thierry pour avoir pris le temps de me lire et d'avoir apprécié.
Image de THIERRY VION
THIERRY VION · il y a
Vous jouez de toutes les chaleurs même celle des coups de feu. Bravo j'ai été emmené du début à la fin.
Image de V. September
V. September · il y a
Merci Keith pour ce soutien caribéen. J'ai vécu quinze ans en Martinique et j'ai eu l'occasion de visiter votre pays de naissance.
Chaleur et humidité, c'est encore plus torride :)

Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Mon soutien pour cette œuvre attrayante, V.September !
Image de V. September
V. September · il y a
Merci à vous, habitués du site et écrivains de qualité, prolifiques:)
Image de Philippe Clavel
Philippe Clavel · il y a
une ambiance caniculaire, deux amants et un double meurtre... l'auteur campe le décor, décrit l'action et laisse au lecteur le soin d'inventer qui sont ces personnages et pourquoi il se passe ce qu'il se passe.
Image de Chantal Sourire
Chantal Sourire · il y a
Une belle mort, j'aime !
Image de V. September
V. September · il y a
Merci beaucoup, amateur de cinéma, j'ai essayé d'écrire ce que je voyais et entendais...
Image de Gilles Pascual
Gilles Pascual · il y a
Ce texte est très visuel, un tableau sonore, sensuel, coloré... J'aime beaucoup !
Image de Daniel Grygiel Swistak
Daniel Grygiel Swistak · il y a
Je ne m'y attendais pas, surprise, j'ai aimé, mon vote
Image de V. September
V. September · il y a
J'ai hésité à ce qu'il soit plus torride encore...
Image de Ombrage lafanelle
Ombrage lafanelle · il y a
Chaud, chaud ce texte ☺️

Vous aimerez aussi !

Très très courts

Vies (au pluriel)

Renise Charles

Quand je remonte les files de voitures, je me sens le roi du monde. Je me faufile dans le moindre espace et, aux heures de pointe, je suis plus rapide qu’une Porsche. Mais là, allongé sur le... [+]


Très très courts

Mékong, mes amours

Marie Guzman

Encore un dernier virage sur le lit du Mékong. Julia vérifie ses bagages. L’eau charriée par les remous du passé se colore d’un vert étrange. Sur la passerelle qui l’attend, le souveni... [+]