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Tunnel

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K57

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La lumière de certaines étoiles très éloignées nous parvient après leur mort.
En un sens elles commencent d’exister lorsqu’elles ne sont plus.
Est-ce en ce sens que Rainer Maria Rilke considérait la relation que l’on peut entretenir avec un disparu?... Or la perte, toute cruelle qu’elle soit, ne peut rien contre la possession, elle la termine, si vous voulez elle l’affirme, au fond ce n’est qu’une seconde acquisition, toute intérieure cette fois et autrement intense.
L’acquisition, toute intérieure cette fois, est-elle d’autant plus intense que la distance qui nous séparait du proche était grande?...Le temps que sa lumière nous parvienne...Qu’il commence à apparaitre à nos yeux lorsqu’il est devenu invisible?
Si le ´"travail de deuil" contemporain du décès est ostentatoire, se fait dans la lumière du défunt, celui beaucoup plus discret que le temps installe après l’évènement, se fait dans l’ombre du défunt mais avec des éclairs blafards, d’autant plus cruels que lorsque l’orage s’éloigne, on se pense épargné de la foudre.
Le décès d’un proche provoque une onde de choc sur son entourage mais aussi pour lui-même!...C’est quand même pas tous les jours que l’on passe de vie à trépas!
Comme une pierre jetée à l’eau provoque des vagues qui vont aller s’amortissant, le défunt, de l’au-delà nous envoie ses ondes d’absences, de manques...Ou plutôt ses spectres de présence, ses lambeaux d'être là.
´"Le travail de deuil" est quelque chose d’actif; c’est un fond douloureux permanent sur lequel évolue des ondes émises par l’entourage vers le défunt...Celui ci s’amortit au fil des jours, des mois, des années et laisse place aux ondes du défunt parvenant jusqu’à nous... Qui n’est plus quelque chose d’actif mais proprement passif, qui n’est plus un fond douloureux permanent mais des accès d’autant plus violents et douloureux qu’ils surviennent comme des ´"coups de tonnerre dans un ciel serein".
Entre ces deux phases, le deuil ´"actif" et le deuil ´"passif" , s’interpose une séquence où interfèrent les deux types d’ondes, celles émanant de l’entourage vers le défunt et celles émanant du défunt vers l’entourage... Parfois leurs effets se cumulent parfois ils s’annihilent.

Si vous demandez à un poilu de 14 ce qu’il a mangé hier midi, il ne s’en souviendra plus, mais si vous lui demandez quels étaient les mouvements de troupes le 13/7/1917 à midi, il vous répondra sans hésitation... Tout se passe comme si le fonctionnement cérébral en vieillissant, par amuïssement de la mémoire antérograde et raffermissement de la rétrograde, visait à sauvegarder les évènements importants, Historiques, en ne s’embarrassant plus de l’accidentel et du détail.
Il en est de même de la relation que l’on peut entretenir avec nos disparus, une fois amortie notre mémoire antérograde (les ondes émises de l’entourage vers le défunt) ne persiste que la mémoire rétrograde (les ondes émises par le défunt vers l’entourage) vectrice de ce que fut l’Essentiel de son être au monde...Parfois sous la forme d’une lumière bienveillante nimbant toute choses, parfois sous la forme de zébrures aveuglantes, parfois sous la forme d’une lumière au bout d’un tunnel.
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