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Tueur

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K57

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1966, Everlings, Pennsylvanie, U.S.A.
Comme chaque année depuis dix ans, des amis, des parents, des notables assistent à la cérémonie commémorative des victimes d’une vague de dix-sept meurtres perpétrés entre les années 50 et 56, sur le territoire américain.
Un vent glacial vient de son ardeur, ajouter au caractère pathétique de cette réunion hivernale.
En vertu du fait que, comme le soulignait Clostermann; Il n’y a rien de plus contraire à la raison humaine que le dernier mort d’une guerre, un recueillement particulier est accordé par la foule à la sépulture d’Empy Mac Murray, 1926-1956, dernière victime de celui qu’à l’époque les journaux avaient surnommé: L’Evideur et qu’aucune police ne parvenait à appréhender. Passée une année, étant donné que L’Evideur avait méthodiquement, jusqu’alors, frappé à intervalle régulier, tous les trois mois, le F.B.I, poussa un "ouf"! de soulagement...Le tueur avait quitté le pays?...Avait mit fin à sa série de meurtres en ayant guéri de ses troubles psychiatriques?...S’était suicidé?


Deux amis d’enfance de Mac Murray, face à sa tombe:
-Quelle triste fin!
-Ouais!...Paix à son ‚âme...Quand j’y pense...L’était quand même pas mal félé ce Empy!
-Pourquoi tu dis celà?!
-Ben, Il avait fait son testament à trente ans!
-C’est plus courant que tu le crois...
-Ouais !... Mais tout de même...Ses histoires de messages d’outre tombe...Tu sais qu’il avait lui-même conçu les plans de son cercueil...Jason qui travaille aux pompes funèbres m’a confié qu’il l’aurait équipé d’un système pneumatique sophistiqué...Au bout d’un certain délai, la putréfaction entraîne un dégagement gazeux, et quand le volume est suffisant il repousse des lettres hors du caveau...De l’au-delà...Tu réalises!...De l’au-delà!
...Par une ouverture...Je me demande bien où il l’a planqué son sas!...Cherches avec moi au lieu de me regarder faire!...


A l’angle supérieur droit, sous la dalle, accessible exclusivement à quelqu’un l’ayant cherché, on pouvait voir dépasser le coin d’une lettre:



Je soussigné Empy Ronald Mac Murray, sain de corps et d’esprit:

Je suis tueur parce qu’une fois j’ai commis un meurtre.
Je suis serial killer parce que j’ai tué plusieurs personnes.
Je suis collectional killer parce que j’ai continué de tuer.
...Lors qu’ils n’étaient que des éléments de même nature ou présentant des caractères communs, une simple série donc, j’ai tenté, à travers mon œuvre, de les unifier en une collection (de colligerer: réunir)
Je pense qu’on se comprend mal...La société et moi!...Mes victimes et moi!...Elles n’ont pas la conscience claire de ce qui les unit sans mon intervention...Sans ce pourquoi, isolément, ils leur auraient été impossible de faire partie d’un Tout, qui, pour le fait qu’il leur échappe, n’en constitue pas moins la raison pour laquelle elles vivent...Et meurent...Ce par quoi leur existence est devenue essence...Dans les spasmes de l’agonie, mourraient-elles heureuses, de savoir que je suis l’instrument de leur résurrection?...Le passage de la quantité à la qualité...Si la première de mes victimes avait su me donner ce dont je suis en quête, ce pourquoi je les immole...La religion, la psychanalyse, la philosophie...Nous enseignent combien est long, tortueux, fait d’errances, le chemin qui mène à la vérité...Je sais quelle sera ma prochaine victime...Elle me donnera toute satisfaction...Peut-être aurai-je dû commencer par elle...Je me souviens de l’histoire de ce collectionneur qui détenant deux timbres d’une valeur inestimable avait brulé l’un d’entre eux afin de conférer au restant une unicité qui le rendait parfait...

...Quand vous retrouverez mon cadavre, sachez bien qu’il ne s’agit pas d’un suicide, mais d’un meurtre...Pas d’un crime...D’un meurtre!...Mais comme je l’aurai accompli selon le rituel avec lequel j’ai permis à mes victimes de se réunir en le Tout, vous penserez longtemps, que j’ai été la dernière et vulgaire pièce d’une longue série, comme le timbre orphelin, encore plus émouvante, encore plus inutile...Parfaite!...Alors que je suis...Le Collectionneur!

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