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Tu vis, loin.

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Louison Celmy

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De la lumière filtrait de tes fenêtres
De loin, je te regardais discuter avec nos fils
Ombre aux bras croisés, tu leur parlais
Tu étais toi comme toujours, dans ce que tu savais faire de mieux

Eduquer tes enfants, éduquer les enfants, aimer nos enfants
Les tiens, ceux des autres, parce que telle était ta vie :
Leur transmettre le goût de vivre, les nuances et les couleurs

Tu portais, un gilet gris et un jean un peu passé
L’hiver venait de s’enfuir, il faisait encore frais,
La nuit venait juste de tomber
Soudain, tu m’as vue, tu t’es avancée, vers moi
Je t’ai souri, j’ai dit : « Salut »

Tu as dit :
- « Es-tu sûre de vouloir aller chercher les garçons cette nuit ? »
Un frisson t’a traversée, tu as ajouté :
« Tu sais IL peut les ramener, IL a prévu de sortir ce soir, de rentrer tard aussi»
Tu as murmuré :
« IL sort souvent le soir»
J’ai dit :
« Oui, je sais, tu sais »

Les garçons s’en sont allés, happés par leur propre histoire
Tu allais rentrer l’attendre
Comme chaque soir
Je t’ai retenue d’un bras
« Ne rentre pas, il est temps de prendre soin de toi »

Tu as souri

Nous sommes allées boire un verre
Un vieux resto japonais
Des néons intermittents
Nos bières, nos laisser-aller

Puis tu t’es mise à parler :
« Nous nous connaissons si peu, je savais que tu savais »
« Je m’en doutais, tu sais, impression étrange d’avoir su dès que je t’ai vue »

Tu as dit : « j’ai confiance »
Je t’ai écoutée, longuement
Raconter que tu souffrais
Raconter que tu vivais
Peur au ventre, malmenée, dégagée

Tu m’as dit les coups, les blessures, les mots durs
Tu m’as dit que tu l’aimais
Que tu croyais en Dieu
Que tout aller passer
Que tout devait continuer

Tu pleurais
Tu t’es arrêtée
Juste ton silence et tes yeux verts
Perdue
« Que vas-tu faire ? »
Tu as dit :
« Je n’en sais rien, tu crois que je dois... parler ? »
« Oui, tu dois le faire, pour toi, pour eux »

Je t’ai revue frissonner,
J’ai commandé d’autres bières
L’alcool et ton évidence
Tu as continué à parler
Ton téléphone a sonné :
IL te cherchait

Il ne fallait pas rentrer
Je t’ai dit :
" Je vais t’aider"

Nous avons roulé longtemps
J’ai conduit, tu as dormi
Autoroute A89, en direction de Bordeaux

Quelques kilomètres au nord
La Lumineuse en Hiver
Ma maison de bord de mer
« Restes y le temps qu’il faut »

Tu vis loin. Tu vas mieux. Tu es bien.
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