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Tu me désires déjà

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Pierre Béhel

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Approche toi. Viens. Tu m'as déjà dit que mon regard t'hypnotisait, que tu te noierais dans mes yeux. Alors, viens, approche-toi, plonge. Il est des noyades que l'on aime.
Mais tu peux aussi nager : c'est assez profond. Je veux parler de mon décolleté, bien sûr. Oui, je sais, ton regard a fui le mien et il est descendu par accident, par lâcheté. Plus bas, le désir est plus basique. Tu y reviendras plus tard. Cesse de descendre. Sois un homme. Aie du courage. Remonte un peu.
Oui, c'est cela, c'est déjà mieux. Tu écoutes mes paroles ? Eh bien regarde les jaillir de mes lèvres. Ma langue les humidifie pour qu'elles brillent davantage. C'est pour toi, tu le sais. Elles t'appellent. Elles sont rouges du désir de toi, de se confronter aux tiennes, de se presser contre elles. Elles sont rouges. Elles sont rouges non de honte mais de désir, de l'attente du plaisir, de l'attente de toi.
Grenats ? Je préfère dire qu'elles sont de rubis. Elles semblent ainsi plus jolies, plus précieuses, et encore plus sensuelles. Elle valent plus que du vulgaire grenat. Je mérite le rubis. Tu es d'accord, n'est-ce pas ? Mais ce n'est pas important.
Je sens ton souffle dans mon cou. Il soulève mes cheveux. C'est cela, approche toi. Hume ma peau.
Non, retire tes mains de mes hanches. Maintenant. Il n'est pas encore temps. Voilà, c'est cela. Hume, respire. Admire, observe. Mais ne touche pas. Pas encore.
D'ivoire est mon cou, dis-tu. Oui, l'image est juste. Pour le toucher, certains seraient prêts à tuer, je le sais. Mais, toi, tu n'en auras pas besoin. Je vais être entièrement à toi. En commençant par mon cou si tu le veux. Quand je me donne entière, c'est un tout qui contient toutes les parties.
Les blés ne sont ni souples ni soyeux. Alors, à quoi comparer mes cheveux ? Tu as bien raison : c'est une question difficile. Ah non, il est trop simple de dire qu'ils sont incomparables. Fais un effort. Oh, j'aime cet or incarné dans une soie pure. Redis-le moi. Oui, encore.

Tu me troubles. Oui, regarde ce que j'ai fait par inadvertance : ma robe est dégrafée. Elle est tombée sur mes pieds. Tu sais, ma petite robe blanche et bleue dans laquelle je t'ai accueilli.
Bon, tu l'as déjà oubliée ? Après tout, ce n'est pas grave. Hop, je l'envoie d'un mouvement de jambe jusque sur le divan. Nous n'avons plus besoin d'elle.
T'ai-je déjà dit que je joue souvent au basket ? Tiens, regarde, mon soutien-gorge a rejoint la robe. En un seul coup. Directement. Je vise bien, n'est-ce pas ?

Oui, ils ont la douceur du lait. Tu as raison. J'aime mes seins. Tu auras tout le temps de t'assurer de leur douceur. Pour l'instant, contente-toi de voir, de humer. C'est cela, recule tes mains.
Agressifs ? Mais non, voyons. S'ils sont pointés vers toi, ils ne sont pas des canons mais des appels. Ils t'attendent, eux aussi. Ils attendent tes mains, ils attendent ta bouche.
C'est ton soldat qui se lève pour conquérir la place. Moi, je suis pacifiste. Mes seins non plus ne feraient pas de mal à une mouche.
Ils sont comme des tours protégeant le reste de la Cité. Voyons, descend un peu pour la découvrir, cette belle cité. Franchis le ruban de dentelle noire. Oh, c'est un bien petit puits que tu vois d'abord. Mais sans lui, aucune des merveilles que tu convoites n'existerait.

Tu imagines deux colonnes d'ébène ayant la douceur de la soie ? Tu as raison, c'est bien de la soie. Je préfère que ma cité ne connaisse que des matériaux nobles et naturels.
Mes mains s'égarent et caressent les colonnes comme bientôt tu pourras le faire. Je prends un peu d'avance car j'aime cela. Toi, moi, quelle importance ? La soie appelle la caresse. Il faut que la caresse soit fréquente, assidue, sans faiblir.
Mais mes mains ne t'oublieront pas, ne t'inquiète pas. Elles s'occuperont de toi quand tu t'occuperas de moi.
Fines, douces ? Prends garde. Elles savent être dures quand il le faut. Le gant de velours peut dissimuler une poigne d'acier. Sache le. Et ne sois pas trop pressé car, sinon, tu risques de l'apprendre pour de bon à tes dépends.

Le soldat est debout. Il s'avance. Il veut pénétrer dans les profondeurs de la cité, jusqu'au fond du jardin secret. Derrière les buissons. Il sait que c'est là son destin. Qu'il y vomira tout ce dont il aura été alimenté. Il inondera l'arrière-cour.
Prenons garde. Le soldat doit veiller à sa discipline. C'est la force des armées. Il lui faut son uniforme, pour commencer. Qu'il vomisse tout son saoul m'importera peu quand il l'aura revêtu. Il ne sera plus non plus en mesure de se corrompre ici ou d'y amener une corruption pêchée dans quelque conquête antérieure.

Il est temps ? Peut-être.
Approche. Approche encore. Non, pas de moi mais de la table de chevet. Tu as ce qu'il faut, n'est-ce pas ? Tu me l'as montré en entrant ici.
C'est cela, pose les sur le plateau. Ecarte les, que je puisse compter d'ici. C'est bien : il y a le bon nombre de billets.
Maintenant, tu peux enfin me rejoindre. Ton soldat va être heureux. Toi aussi, j'espère.
Tes mains s'approprient les colonnes d'ébène. Ta bouche s'empare de mes seins qui sentent le lait sans jamais en avoir produit.
Doucement, profite. Je suis à toi : je te l'ai dit. Entièrement, dans toutes mes parties.
Mais pour une heure seulement. Sinon, c'est plus cher.

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Nouvelle extraite de "Désirs et destins" - (c) Pierre Béhel http://www.pierrebehel.com/

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