Tu le sauras quand tu seras plus grande

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J'essaie d'aligner des mots... et puis on verra bien  [+]

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Tu le sauras quand tu seras plus grande.

C’est bien l’une des seules choses que je savais pertinemment quand j’étais enfant. « Tu le sauras quand tu seras plus grande », me répétait-on sans cesse. Et maintenant que j’avais quitté l’enfance, que j’étais devenue grande, justement… Rien. Je ne savais rien. Que faire de cette fichue vie ? Comment être heureuse ? Quels choix prendre ? À qui faire confiance ?

Assise sur un banc du parc, je me posais mille questions, le regard perdu dans le vague. Dans les vagues de ma vie. Ma vie complètement vide de sens. Je ne savais plus où aller, vers qui me tourner, que changer et que garder… J’étais à un tournant de mon existence et mon chemin devenait doucement un labyrinthe.

Soudain, un petit garçon me sortit de mes pensées sombres en s’asseyant à côté de moi. Il léchait lentement une glace au chocolat, si lentement qu’elle coulait sur ses doigts. Il en avait partout autour de la bouche, et il souriait de plaisir.
Il remarqua mon regard posé sur lui et me sourit sincèrement.
— Vous voulez goûter ? me proposa-t-il innocemment.
— Non merci, c’est gentil.
— Mais c’est bon, vous savez ! C’est m’sieur le marchand qui me l’a donnée gratuitement là-bas, vous voyez ? P’t’être qu’il vous en donnerait une aussi, faut aller demander.
— Je ne crois pas qu’il va m’en donner une gratuitement, à moi, répondis-je honnêtement.
— Ben pourquoi ?
— Parce que je suis une adulte, et toi, un enfant.
Voyant son air d’incompréhension, et sa glace couler de plus belle sur son pantalon, je tentai de m’expliquer.
— Tu vois, moi je gagne un salaire, toi tu n’as pas de salaire.
— Si, mes parents me donnent de l’argent de poche.
— Toi tu es mignon, tu es souriant, tu es au début de la vie, tu dégustes ta glace avec une grande passion. Ce vendeur, il a envie de t’offrir une boule parce qu’il a envie que tu l’admires et que tu le remercies avec tes grands yeux gourmands, tu comprends ?
— Et vous alors ?
— Moi…
Je perdis mes yeux au loin, réabsorbée par mes pensées. L’innocence, la naïveté, la simplicité, l’émerveillement… L’enfance était loin derrière. Et pourtant, je ne me sentais pas adulte non plus, je ne me sentais pas prête à faire face à tous ces soucis… Tout semblait trop rapide, trop compliqué…

— Madame ?
— Oui, excuse-moi…
— Dites, vous ne dégustez vos glaces, vous ?
— Oh, si…
— Vous devriez en manger plus, vous avez l’air triste. Moi j’aime pas les gens tristes, parce que ça me rend triste aussi.
— Oui tu as raison… Je suis triste, et peut-être que je devrais manger plus de glaces… Les déguster plus…
— Ma maman elle m’a dit, quand on a un souci, on en parle puis après on mange une bonne glace, ou autre chose hein, ce que vous préférez, et puis on va mieux. C’est comme les bobos, on soigne puis on sèche les larmes en pensant à autre chose.

À court de mots, je lui souris, les larmes me montant soudain aux yeux. Cet enfant était loin de ne rien savoir, il m’avait même appris quelque chose.
Il se leva en s’essuyant la bouche avec la manche de son pull et s’en alla en courant rejoindre sa trottinette.
Je me levai à mon tour, bien décidée à appeler Natacha, qu’on se fasse un bon resto entre copines pour parler de tout, et puis de rien.
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