Trouble de voisinage

il y a
2 min
1 146
lectures
263
Finaliste
Public

Pour de nouvelles publications BD, n'hésitez pas à venir visiter mes pages sur: https://www.mangadraft.com/user/missfree https://www.tumblr.com/blog/view/missfree81  [+]

Image de Eté 2016
Il se cachait gauchement derrière sa plante herbacée en pot, étêté par le dense feuillage de cette dernière. L’œil du passant ne pouvait manquer ce lecteur à la sauvette installé sur une chaise devant sa boutique florale pendant sa pause méridienne. Un œil averti aurait remarqué sans difficulté que le livre n'était qu'un alibi. Assidûment, il attendait. Il contenait son impatience derrière un simulacre d'impassibilité. Il attendait l'autre, le voisin de devanture qui lui faisait de l'ombre, sans mauvais jeu de mots, avec son maudit magasin de parapluies. Avec sa façade pimpante, son parapluie couleur mimosa ouvert à l'extérieur par tous les temps et surtout son enseigne en forme de bonhomme ridicule, aux couleurs clinquantes. Lui à côté avec ses belles plantes montantes et verdoyantes, il avait l'air de quoi ? De rien ! Le promeneur lambda avait l'impression de passer par la forêt vierge en vitrine.

Rira bien qui rira le dernier... L’œil mauvais, il guettait le moment où l'autre reviendrait et constaterait que la plante en pot avait fait quelques pas de côté, empiétant allègrement sur ses plates-bandes. Il exultait par avance de voir sa tête rougir de colère. Il jubilait. Il se retenait de rire tout haut de peur d’effrayer le client potentiel. Deux ans que cela durait, deux années à faire pleuvoir des injures polies par lettres recommandées, chacun planqué derrière son avocat. Il voulait le voir disparaître ce bonhomme plat en métal qui lui gâchait l'existence. Il empêchait sa plante de s'élever, de respirer ! Cette bonhomie l'exaspérait. Il ne voyait plus que ça. Son chapeau melon noir, sa redingote bleue, ce parapluie rouge vif, cet index levé, cette posture de donneur de leçons, il ne pouvait plus le souffrir. Il avait bien tenté de le déloger de là-haut de gré ou de force, mais cette initiative avait donné lieu à une dispute déplorable, un vrai vaudeville en pleine rue, extrêmement préjudiciable aux deux commerçants.

Depuis cet épisode dramatique, il s'était apaisé. Mieux valait employer les moyens légaux à sa disposition, quitte à ce que la lutte soit plus longue et plus rude. Mais c'était plus fort que lui, il fallait qu'il le provoque lorsque l'envie lui en prenait. Aujourd'hui, c'était l'invasion de la plante en pot dont les feuilles chatouillaient la vitrine de l'autre, un autre jour, c'était un grand seau d'eau sale projetée sur cette même vitrine à quatre heures du matin, qui sait demain ce serait peut-être un colis anonyme contenant une bombe artisanale à base de grains de riz...

L'autre approchait au loin. Il changea rapidement de position en croisant les jambes. Il voulait crédibiliser au maximum sa petite mise en scène. L'autre s'arrêta tout net à quelques mètres de sa propre boutique, calculant à vu d’œil la distance parcourue par la flore empotée. Il avait osé !

— C'est pas possible ! Quand est-ce que tu vas me foutre la paix avec tes plantes de merde ?

— Quand tu arrêteras de coucher avec ma femme ! rétorqua l'homme au livre en se levant pour rejoindre ses seules compagnes, ses plantes chéries.

263

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Très très courts

Radio In Utero

Nicolas Juliam

L'homme à la blouse blanche est hautement concentré sur les images basse définition de son écran, qui n'a rien de grand ni de plat. À l'heure des smartphones et des tablettes, notre homme de... [+]