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Trop gentille

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Chantal

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Je suis trop gentille, trop bonne, comme on dit à Marseille. D’une gentillesse dont les autres abusent, ma famille, mes amis, mon employeur. Tous me sucent le sang, de vrais vampires. Ils prennent sûrement ma patience et mon dévouement, pour de la faiblesse. Pauvres ignorants ! Mais voilà, aujourd’hui, j’ai décidé que cela devait cesser. Pourquoi ? Parce que je ne supporte plus ma gentillesse qui, au fil du temps, ne m’a apportée que douleurs physiques et psychiques. A force de m’oublier et de m’investir pour les autres, mon dos est devenu si douloureux que ma colonne vertébrale semble casser, une fatigue latente dévaste mon âme et nourrit à chaque instant ma mauvaise conscience et ma honte. Pourquoi me dévouer me met-il à la torture ? Après tant de souffrances, il faudrait être fou pour continuer sur cette voie. Il faut absolument que je réagisse, fini les questionnements restés sans réponse. Je passe à l’action. Cette fois-ci, c’est décidé, je ne serais plus gentille, je vais devenir Méchante !
Voici mon plan d’action. Premièrement, il ne faut pas rêver. On ne devient pas Méchante du jour au lendemain, il faut d’abord s’entraîner.
Mode d’emploi : savoir dire non, et le plus souvent possible. A chaque hésitation, se dire que le NON est une question de survie. Mettre un euro dans la Cagnotte du NON afin d’évaluer de manière sonnante et trébuchante, mes efforts.
Deuxième phase du plan : appliquer ce principe sur le terrain.
Premier sujet : Mon Père. Ce vieil avare grincheux et grabataire que j’ai soigné (il a une maladie incurable), chouchouté, supporté tous les caprices et les exigences pendant plus de trois ans, tout en assurant mon activité professionnelle, en occultant totalement ma vie personnelle car j’étais seule, sans personne pour m’aider. Aujourd’hui, sa maladie a progressé en même temps que ses reproches. Je ne me lève jamais assez tôt le matin pour m’occuper de lui, la nourriture que je lui serre, est sûrement destinée aux cochons, je dépense trop d’argent pour les courses, etc.... Résultat : ma santé s’est dégradée mais il ne voulait rien entendre. Tant pis si je finissais à l’hôpital, ainsi nous serions ensemble, me dit-il. Ce fût la parole de trop. Fini de me laisser tyranniser, j’agis.
Plan d’action : j’ai embauché, contre son avis, un auxiliaire de vie pour m’aider partiellement à s’occuper de lui et je lui ai fermement fait comprendre que la deuxième option, si celle-ci ne lui convenait pas, serait la maison de retraite. Il s’est calmé et il est revenu à de meilleurs sentiments. Je suis maintenant devenue sa fille chérie.... Comme quoi, un peu de sévérité ne fait de mal à personne. Bien au contraire.
Un euro dans la cagnotte du NON.
Deuxième sujet : Mon Amie Maria. Nous sommes amies depuis la faculté. Maria est gaie, vivante, elle a des goûts très différents des miens et nous avons toujours réussi à faire de nos différences, un pot commun d’entente et d’amitié. Du moins, c’est ce que je croyais jusqu’à la maladie de mon père, qui m’a éloignée d’elle et de mes amies, en général, tant la charge mentale a été lourde à porter sur mes seules épaules. A partir de ce jour et tout le long de la maladie, elle ne m’a plus téléphoné, elle n’a plus souhaité me voir (tout au plus une fois par an pour mon anniversaire). Un désarroi de plus, je n’ai pas réussi à lui pardonner et quand sa sœur m’a informé de sa tentative de suicide (son mari est parti avec une autre femme), je ne me suis pas manifestée. Elle n’a pas eu pitié de moi, je n’en aurais pas pour elle. Je n’ai pas regretté mon geste. Après avoir passé quelques mois, en maison de convalescence, Maria m’a contacté en pleurs, elle souhaitait que je vienne la voir, elle se sentait seule.
« Et oui, ai-je soupiré, la vie est plus dure quand on est seule, n’est-ce pas Maria ? Médite mes paroles et tu comprendras pourquoi je ne viendrais pas te voir ».
Une semaine plus tard, Maria me rappelle : « Tu vas bien, je ne te dérange pas. J’ai compris ton message. Pardonne-moi et redevenons amies ».
Affaire conclue. Depuis, elle m’appelle toutes les semaines pour prendre de mes nouvelles. Miraculeux, non ?
Un euro pour la cagnotte du NON.
Troisième sujet : Mon Employeur. J’ai été embauchée, il y six mois, dans un centre de formation, pour un contrat à durée déterminée d’une année. Mon poste consistait à démarcher téléphoniquement des particuliers pour les inciter à s’inscrire dans notre établissement. Le directeur a jugé mes résultats décevants et m’a demandé à brûle-pourpoint de quitter mon poste. Dévastée, humiliée, je me suis directement rendue à la Direction du Travail qui m’a très bien conseillée.
Plan d’action : après un entretien musclé avec mon employeur, à qui j’ai expliqué mon bon droit à lui réclamer des dédommagements financiers. Il s’est défendu en hurlant, me menaçant. Puis sûrement, fatigué de ces gesticulations, il s’est calmé et après avoir essayé en vain de me raisonner... il m’a réintégré dans son établissement.
Et vous n’allez pas me croire, à la fin du contrat, il a voulu m’embaucher. J’étais devenue son meilleur élément ! Incroyable non ?
Un euro pour la cagnotte du NON.
Moral de l’histoire : avant d’être gentil et dévoué pour les autres, soyez en accord avec vous-même. Aidez les autres mais ne vous laisser pas engloutir car vous ne leur serez plus d’aucune utilité. Posez vos limites et faites-les respecter. Chassez de votre vie, les égoïstes, les avares, les malintentionnés.
J’ai voulu devenir Méchante, mais je crois que je suis tout simplement devenue Raisonnable.
Et surtout, n’oubliez pas de vivre car la mort ne vous oubliera pas, elle.
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Elisabeth Marchand · il y a
Un peu beaucoup moralisateur... et qui aime lire une chose que l'on sait déjà?
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