TROIS-MOTS#1 : LA BOULE A NEIGE

il y a
2 min
129
lectures
20

Pour de nouvelles publications BD, n'hésitez pas à venir visiter mes pages sur: https://www.mangadraft.com/user/missfree https://www.tumblr.com/blog/view/missfree81  [+]

Règle du jeu : écrire une histoire avec les mots "tentacule", "enfant" et "abat-jour".
Trois mots donnés à MissFree par Léa Prinnseth.
--
« Je ne peux pas croire qu'un garçon qui achète une boule à neige puisse tuer sa petite amie... » Cette remarque d'une pertinence à couper le souffle résonnait en boucle dans ma tête. Ils pensaient être hors de portée de mes oreilles ces flics imbéciles ! La garde à vue était enfin terminée. Confiant, je ressortais libre d'aller et venir comme bon me semblais. Je n'avais qu'une seule envie, rentrer chez moi et plonger dans l'eau bouillante d'un bain salvateur.

Allongé au fond de ma baignoire, mon corps se détendait peu à peu. La tension se relâchait jusqu’à ce qu’un éclair de lucidité ne me ramène à la réalité. Mes forces m’abandonnèrent et je fondis en larmes en visionnant de nouveau malgré moi le corps sans vie d'Olivia...

Enfant, j'étais loin d'imaginer la tournure dramatique que pouvait prendre mon existence. J'étais préparé dès le plus jeune âge à en baver mais pas à ça... Moi qui espérais tant vivre normalement. Je ne demandais rien de plus qu’un travail, un toit, une vie ordinaire en somme. Je passais des heures au pied du mur borgne de ma minuscule chambre à inventer les ombres de mon futur. Défilaient alors les heures, les années et les motifs floraux de l'abat-jour de ma lampe de chevet se projetaient au milieu de crocodiles, de lapins, d’oiseaux que j'espérais retrouver plus tard dans ma vie d'adulte. Je n’ai jamais pu travailler auprès d’animaux comme j’en rêvais et, pourtant, je me sentais si proche d’eux. Je me suis caché des autres si longtemps, la peur au ventre qu'ils ne m'acceptent pas tel que je suis. Olivia me semblait être la preuve vivante que le bonheur est à la portée de tous même de gens tels que moi.

Les jours suivants furent aussi ternes et vides que celui de l'annonce de la mort d'Olivia. L'enquête piétinait...Quelle importance ! Olivia était morte et enterrée, plus rien ne changerait ça... Parfois, je secouais la boule à neige que je lui avais achetée, elle qui espérait tant retourner vivre dans sa Savoie natale. C'était l'époque où je pensais encore partager les mêmes rêves qu'elle...

Ce matin, je sortis de chez moi aux aurores. Rien ne semblait avoir de prise sur moi. Mon âme était lisse, imperméable à toutes émotions. Seule la pollution parvenait à s'agripper à mon visage, agressive et corrosive. Pas un sourire ne s'était affiché depuis le jour de sa "disparition", seul le dentifrice soulignait mes lèvres. Les regards apeurés que je croisais ne m’atteignaient pas. Tout me laissait indifférent. La première fois que j'avais mis les pieds dans cet endroit, ma nervosité était perceptible à dix kilomètres à la ronde. Aguerri, blasé, je me laissai guider jusqu'au bureau du lieutenant. Ses paroles arrivèrent en lambeaux jusqu'à mon cerveau. Seuls quelques mots-clés se détachèrent : "preuve matérielle", "empreinte plantaire ", " identification "...

« Vous n'avez pas l'impression d'avoir omis un détail lors de notre dernière entrevue ? »

Mon silence l’agaçait, il reprit en soupirant :

« On a retrouvé un morceau de tentacule près du corps... Le seul indice matériel...Vous savez d'où il provient et vous ne dites rien ? »

J'avais coupé toute connexion, je n'avais pas envie d'entendre ces mots, ces mots horribles que j'entends depuis mon enfance, ceux-là mêmes qu'Olivia avait osé proférer...

« Tu vas répondre oui ? Montre-nous ton pied droit ! Ose-nous dire qu'il n'y manque rien ! Je vais te coller une expertise médicale ! Espèce de monstre ! »

20

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !