Trois jours et deux nuits

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Jules, le père de Paul, consacre l’essentiel de sa vie au travail. Tous les matins, il est à son poste à la chaîne de montage de voitures électriques. Il est aussi un syndicaliste apprécié par ses collègues. Certains le dénomment le stakhanoviste du patron.
Paul a été un étudiant brillant en biologie. Le laboratoire dans lequel il travaillait l’a licencié pour raison économique. Le jeune chercheur, la trentaine, est revenu habiter sous le toit des parents.
Le retour au bercail ne fut pas apprécié par Jules. Madeleine, sa femme, choie son fils. Elle-même a connu les déboires d’un licenciement de masse. Elle souffre encore de ce manque de considération des gens humbles au profit des actionnaires.
Le couple se querelle de plus en plus souvent. Jules est désespéré par la nonchalance de son fils, qui se satisfait de sa situation. Un soir en rentrant du travail, il décide de mettre Paul hors du logement et l’enferme au grenier.
— Tu resteras là-haut jusqu’au jour où tu seras déterminé à chercher du travail. L’ambition te reviendra peut-être.
Paul surprit par ce verdict, grimpa l’escalier et s’installa dans le désordre des combles.
— Où vais-je dormir, s’interroge-t-il ?
Quelques vieux cartons sont posés dans les recoins du grenier. Paul décide de redescendre dans le logement des parents. Impossible d’ouvrir la porte. Il se rend à l’évidence. Il est enfermé.
Le jeune homme panique, hurle, tape des pieds, donne des coups d’épaule dans la porte. Exténué, à bout psychiquement, Paul s’écroule sur le sol. Des larmes silencieuses tombent dans la poussière du plancher. Elles forment de petits cratères. Il se remémore sa jeunesse heureuse, ses études, son travail. Une envie irrésistible le submerge. Je dois me libérer en sortant de ce grenier !
— Trois jours que mon père me séquestre, sans boire ni manger. Je ne vais tout de même pas vermiller dans la poussière pour me nourrir.
Une idée folle lui vient à l’esprit.
— Je vais sortir par le toit, je n’ai pas d’autre solution, se répète inlassablement le prisonnier du grenier.
Paul attend la nuit. Vers deux heures du matin, la Lune est blafarde et les étoiles sont occultées par des nuages. C’est le moment qu’il a choisi pour enlever, une à une, les tuiles. Six tuiles auront suffi. L’ouverture est ajustée à la morphologie du fugitif. Paul se hisse avec peine et se heurte à une latte de la toiture. Il retombe lourdement sur le sol.
Réveillé par les bruits suspects, le père surgit en fureur et fond sur Paul. Il le roue de coups de poing et de ruades, un dément en folie. L’agressé encaisse les coups sans broncher, il protège son visage.
Enfin, le persécuteur arrête de frapper, mais insulte son fils.
— Paresseux, fainéant, mollasson, ah, tu voulais d’échapper. Tu vas voir, je vais te montrer comment on traite les incapables.
Jules ramasse le bout de latte tombé au sol. Mais Paul est le plus leste. Il bloque la frappe et assène un coup de pied dans le ventre du père, qui suffoque, râle et s’évanouit. Sa respiration sifflante attire l’attention de sa femme qui grimpe au grenier.
Son mari, couché au sol, inanimé la terrorise. Elle appelle les secours. Pendant ce temps, Paul a pris la poudre d’escampette. Il est allé se réfugier chez Anne son amie de toujours.
Jules fut conduit à l’hôpital dans un état de détresse respiratoire. L’urgentiste a décelé trois côtes de cassées et un hématome au poumon gauche.
Anne héberge le fuyard, elle a envie de le prendre dans ses bras, le rassurer, lui redonner confiance et lui dire des mots qu’il n’attendait plus.
En attendant des jours meilleurs, Paul voit sa mère en secret. Madeleine désorientée par cette situation anormale compte sur Anne pour réconcilier le père et le fils. Mais un matin Paul avait disparu, il souhaite s’accomplir dans la marche en réalisant un tour du monde en solitaire.
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Isabelle Lambin · il y a
Ils ne sont pas tendres ces parents avec leur fils.
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JAC B · il y a
Un Paul genre Tanguy je m'incruste...Il faut parfois faire du chemin pour se trouver (!!) Une histoire simple sur la vie compliquée et trois personnages qui forcent l'empathie, merci Adrien.
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Randolph B. · il y a
Des vies à boussoles perdues. J'ai beaucoup apprécié votre texte.
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Adrien Voegtlin · il y a
Mon voisin chercheur a travaillé en Suisse, il a été licencié sans ménagement. Aujourd’hui c'est la réalité !
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Randolph B. · il y a
Le Veau d'or est toujours adoré !
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Albane Charieau · il y a
Un récit poignant qui tour à tour nous donne aimer ces 3 personnages.
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Adrien Voegtlin · il y a
Merci pour votre commentaire.
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Pierre-Yves Poindron · il y a
Terrible reflet de notre époque.