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Très Gênante Voisine

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Danielle

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Il est huit heures, la foule se presse sur les quais, un enfant pleure. Un homme âgé peine à soulever sa valise. Les passagers le regardent de leurs yeux vides.
- Les gens ont du coton dans le cerveau, et cela empêche la connexion des deux neurones qui leur restent. Dit la dame qui se tient à mes côtés.
Plutôt énervée, la soixantaine ébouriffée, elle bouscule tout le monde pour passer la première.
- Le privilège de l’âge. Dit-elle en clignant de l’œil.
J’écoute et ne réponds pas. Elle se faufile.
Voiture 8, place 21, et voilà, je suis assise... Avec elle pour voisine ! Pas de veine !
- Déplacez-vous, il faut que j’allonge mes jambes, mes varices me font souffrir. Me dit-elle aussitôt.
- Mais ce n’est pas possible, les places sont numérotées et celle-ci est la mienne.
- N’en faites pas toute une histoire et asseyez-vous plus loin, le contrôleur n’est pas là.
- Mais...
- Il n’y a pas de mais.
Les passagers de la rangée précédente se tournent vers moi, je perçois des murmures désapprobateurs et soutient difficilement les deux paires d’yeux culpabilisateurs qui me fixent. Je baisse la tête et m’installe malgré tout sur le quart de siège laissé libre, poussant subrepticement les grosses fesses de ma voisine et un sachet en plastique exhalant une forte odeur de tome de Savoie défraîchie.
- Je préfère garder ma place, pouvez-vous vous déplacer légèrement ? Savez-vous que la tablette placée devant vous est justement prévue pour poser un éventuel sandwich ?
Ses yeux me foudroient. Elle crie.
- Pour qui me prenez-vous ? Je ne suis pas une imbécile. Un peu de respect, s’il vous plait.
Silence. Je sens les regards de toute la voiture 8 du TGV Lyon- Montpellier me mitrailler en silence.
- Je n’ai pas voulu vous vexer, ne vous méprenez pas sur mes intentions.
Le train démarre, elle aussi, elle grince des dents sur son sandwich trop mou. Dentier de mauvaise qualité mal remboursé par la sécurité sociale. Je me bouche les oreilles. Elle parle la bouche pleine et crachote à intervalles réguliers des petits morceaux de fromage au milieu de bribes de mots inaudibles. Je tente de l’arrêter d’un geste de la main pour stopper ce flot de paroles et me protéger des postillons odorants. Rien n’y fait. Aussitôt elle se met à tousser, devient écarlate et s’affaisse lourdement sur mon épaule. Je crie.
- Vite, elle s’étouffe.
Les passagers sont devenus sourds, personne ne m’entend.
- Dépêchez-vous, elle s’étouffe !
Sa tête s’affaisse un peu plus.
- Madame, Madame, redressez-vous et lâchez votre sandwich.
Je tente en vain de décrisper ses doigts qui tiennent fermement le dit sandwich. Je hurle.
- Aidez-moi.
Elle avait raison, ils ont tous du coton dans le cerveau. Je prends la vieille en poids, l’allonge comme je peux sur la banquette et enfonce l’index et le pouce dans sa bouche pour essayer de libérer son larynx.
Et là ! Et là, elle me mord et s’esclaffe.
- Ah ! Ah ! Ah ! Je vous ai bien eu.
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Storia · il y a
Bravo pour ce drôle de texte!
Si vous voulez voir une autre voisine....: http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/la-voisine-du-quatrieme

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Keith Simmonds · il y a
Bravo, Danielle, pour cett tranche de vie bien familière à beaucup d'entre nous! Un texte bien mené! Mon vote!
Mon haïku,“En Plein Vol” est maintenant en Finale et je vous invite à venir le lire et le soutenir si le cœur vous en dit! Merci d’avance! Bonne journée! http://short-edition.com/oeuvre/poetik/en-plein-vol

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