Angelina, Jane et moi

il y a
3 min
20
lectures
0
Aujourd’hui, mon cancer du sein a un an, et depuis rien n’a changé. Mon mari refuse toujours de voir ce non-sein, ce qui m’oblige à dormir avec une brassière, à être toujours habillée, même lorsque j’en ai marre des élastiques qui compriment ma peau. J’aimerais tant que ses rares caresses ne se limitent pas aux pourtours de mes vêtements. Ma meilleure amie me demande un jour, comme une faveur, de lui montrer ma cicatrice. Elle me dit, alors que je m’habille en me cachant avec mes mains :
- S’il te plait, montre-moi, je veux te voir telle que tu es, je veux que tu arrêtes de te cacher devant moi.
C’est donc un an après l’ablation de mon sein gauche et seulement quelques mois après mon ovariectomie que je m’apprête à faire cette troisième opération : l’ablation de mon autre sein, celui qui n’est pas malade mais devra forcément le devenir un jour d’après mon chirurgien. C’est mon seul point commun avec Angélina Jolie, ce gène qui prédispose au cancer du sein et des ovaires...
Depuis l’opération de mes ovaires, je ne cesse de grossir, ménopause provoquée ! Je m’étais pourtant préparée, je pensais pouvoir enrayer le processus, j’avais prévu toutes sortes de pilules naturelles aux plantes pour éliminer, pour ne pas stresser, mais rien n’y fait, je prends du poids encore et encore de jour en jour. En me rendant à l’hôpital, je compte le nombre d’anesthésies que j’ai eues dans ma vie. Je dois arriver à treize... Ou quatorze. C’est insensé ! Le pire, c’est que j’ai toujours aussi peur ! Après ma préparation, j’arrive au bloc, je suis en panique totale. J’ai essayé la sophrologie, la relaxation, tous les exercices de respiration : on inspire doucement en comptant lentement jusqu’à 5, on bloque, puis on expire doucement. L’énorme boule qui comprime mon plexus ne s’en va pas ! Alors, j’essaie un autre truc : Je compte à l’envers, je commence à 500 et je descends de 7 en 7 : 500 – 493 – 486 – 479 et ainsi de suite. Cela occupe bien mon cerveau, ça marcherait presque, mais l’anesthésiste arrive, alors le même scénario recommence, mon cœur s’emballe et bat de plus en plus vite, j’étouffe, j’ai envie de partir mais je ne sens plus mes jambes, sinon je les prendrais à mon cou et je m’enfuirais dans la rue, en courant, avec ma superbe blouse bleue en papier attachée dans le dos, qui laisse voir mes fesses, et une magnifique charlotte sur la tête.
- Oh j’aurais été ravie de te voir ainsi accoutrée ! Me dit mon amie à mon réveil et nous éclatons d’un rire libérateur.
Le lendemain, après une nuit difficile, je me sens enfin mieux. Physiquement je veux dire. Je suis même étonnée de n’être pas trop fatiguée, de n’avoir pas de douleur. Et puis, je suis enfin « symétrique ». Plate de partout ! Avant, c’était bizarre, j'avais d’un côté un énorme sein qui tentait alors de prendre toute la place, et de l’autre, le vide, enfin une zone toute plate et même un peu creuse car le chirurgien avait gratté un peu ! Je mettais un soutien-gorge spécial qui maintenait ce sein restant, et de l’autre côté, une belle prothèse en silicone qui se nichait dans la poche prévue à cet effet. Maintenant au moins, plus de différence, il n’y a plus rien des deux côtés ! Enfant, je n’avais pas envie que mes seins poussent. Mon modèle féminin c’était Jane Birkin. J’aimais sa singularité, sa silhouette androgyne, je trouvais ça tellement moderne ! Puis mes seins ont commencé à se développer, très tôt, à l’âge de dix ans et demi. Mes copines m’enviaient mais moi j’étais dégoûtée, je ne voulais pas de ça, pas devenir une femme, pas être un objet de désir pour les hommes, je n’étais pas prête. Ils n’ont pas fait semblant de pousser mes seins, un bon 95C pendant mon adolescence, et même un bon 115F avec les grossesses ! Qu’elle était loin l’image de Jane ! Alors quelle ironie du sort de me retrouver maintenant aussi plate qu’un garçon après toutes ces années. En faisant cette opération, j’ai aussi l’impression d’avoir bouclé la boucle, fait la nique à ce cancer. Tiens, voilà, plus d’ovaires, plus de seins où se nicher, vade retro satanas ! Je suis sauvée !
Je n’avais pas voulu faire de reconstruction immédiate, j’étais trop épuisée. Je ne savais même pas si j’aurais le courage d’en prévoir une un jour. Ce n’était pas seulement mes seins que je devais reconstruire, c’était ma vie toute entière !
Quelques jours plus tard, de retour chez moi, je passe devant le miroir et là... L’horreur. Je vois une femme au visage bouffi, des joues énormes, avec un double menton et surtout un ventre proéminent ! Avant mes opérations, mes gros seins faisaient le contrepoids, mon ventre ne paraissait pas si gros, d’ailleurs il n’était pas si gros ! Cette ménopause provoquée y était sûrement pour quelque chose, mais bon sang ! On dirait une femme enceinte de six mois ! C’est à ce moment de ma réflexion que mon jeune fils entre dans le salon où je me trouve, suivi par son père, et me voyant ainsi de profil, il s’exclame :
- Oh Maman ! On dirait Obélix !
0
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Très très courts

La photo

Bruno Perera

Il s’en rappelle bien alors qu’il était tout jeune. Peut-être huit ans. Il était fou de cyclisme. Jacques Anquetil, Raymond Poulidor, le Tour de France ! Son père l’avait emmené voi... [+]