TRANSFORMATION !

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Ce matin, je me suis réveillée et me voilà transformée en tigre. Chic ! J’ai l’air d’une grosse peluche soyeuse. Mais d’une peluche qui inspire le respect. Si on me cherche, je donne un coup de papatte et j’occis mon adversaire.
Mais il y a un problème : vivre dans les jungles asiatiques, ça va pas être possible pour moi. Le climat tropical, les insectes qui pullulent, je ne supporte pas. Va falloir changer.

Ce matin, je me suis réveillée et me voilà transformée en éléphant. Quelle brave bête que voilà ! Et que des qualités : issue d’une société matriarcale, je représente la longévité, la mémoire et la fidélité. L’être humain ferait bien de s’en inspirer...
Mais il y a un problème : on me dit que dans quelques années, je vais mourir, dans d’atroces souffrances, victime de braconniers. La seule alternative qu’on me propose, c’est de finir dans un zoo ou un cirque. La cage ou le cercueil : vous n’avez rien d’autre en magasin à me proposer ?

Ce matin, je me suis réveillée et me voilà transformée en merle. Oh, quelle chance ! Être une petite chose gracile, qui se nourrit d’une miette de pain et qui sautille joyeusement dans un jardin public en observant les passants d’un œil vif et curieux.
Mais il y a un problème : j’ai le vertige ! Avouez que pour un oiseau, c’est un comble ! Y’a comme une erreur de casting : on recommence !

Ce matin, je me suis réveillée et j’ai le crâne rasé. Je suis vêtue d’une sorte de robe safran et autour de moi, ne vois qu’une steppe herbeuse et au loin des chaînes de montagne. Je suis devenu moine bouddhiste. Menant une vie détachée des contingences matérielles, je vais pouvoir entamer ma quête du Nirvana.
Mais il y a un problème : je suis une fashionista, une shopping addict, une urbaine du 21e siècle. Sans Internet ni Carte Bleue, comment survivre ici-bas ? On efface !

Ce matin, je me suis réveillée et je me suis découvert un corps de rêve : 90-60-90. Hallucinant ! Normal : je suis le dernier top-model en vogue. Blonde californienne, 1,80 m pour 55 kg, je fais la couverture de tous les magazines féminins. Les hommes sont à mes pieds et je vis dans des palaces à longueur d’année.
Mais il y a un problème : pour garder mes atouts, je dois manger une biscotte par jour, du blanc de poulet et des légumes vapeur. Dès 25 ans, je devrai recourir à la chirurgie esthétique. Désolée, mais j’aime trop manger du chocolat. De plus, l’odeur d’éther de l’hôpital m’insupporte. Bye-bye la blonde !

Ce matin j’ai ouvert l’œil et je me suis réveillé dans une pièce immense. Déjà plusieurs personnes étaient dans ma chambre : elles me dévisageaient avec anxiété et déférence. Pas étonnant : je m’appelle Louis XIV. A moi la grande vie, le pouvoir, les femmes... « Selon mon bon plaisir ».
Mais il y a un problème : le château de Versailles ne répond pas du tout mais alors pas du tout aux normes HQE ! Je déteste vivre dans les courants d’air et avoir froid. En plus, moi qui suis d’une petite santé, je n’ai pas envie de subir les traitements des médecins de l’époque. Lavements et saignées : tu parles d’un programme !

Ce matin, je me suis réveillée et autour de moi je ne vois que la forêt d’Orléans. Tout est normal puisque je suis une petite violette. Ça, c’est tout moi : une petite chose timide, discrète, qu’on remarque à peine.
Mais justement, il va y avoir un problème : l’idée de finir piétinée par un promeneur distrait ne m’enchante guère. Quant à être proprement déracinée pour finir en bouquet, ça me fait mal rien qu’à y penser. Je suis une violette douillette ! Au suivant !

Ce matin du 26 décembre, je me suis réveillée et je me suis trouvée... parfaite. Comme ma peau est belle ! Vous pouvez toucher : c’est du cuir, pleine fleur. Je trône fièrement sur la console d’entrée de ma propriétaire. Il faut dire que je suis son cadeau de Noël, celui dont elle rêvait et qu’elle espérait sans oser le demander : je suis un sac à main. Mais pas n’importe lequel : un sac de marque. Un Lanxier, le modèle «chrysalide » pour être précis. Vous n’avez pas pu me rater : j’étais au bras de toutes les stars et toutes les anonymes me voulaient. Pour parler comme les magazines féminins, j’étais le « it bag » de cet hiver ». Quel destin fulgurant que le mien, n’est-ce pas ?
Mais il y a un problème : soudain, l’angoisse m’étreint le cœur ! Et si ma nouvelle propriétaire se lassait de moi ? On rêve de posséder, on soupire...et au bout de six mois... on veut un sac d’été. Et si je finissais placardisé ou pire, revendu sur un site de produits d’occasion, comme au temps des marchés aux esclaves ? Ah non, je proteste ! Je ne suis peut-être qu’un objet inanimé mais j’ai le droit d’être traité avec respect. Je vous quitte et je m’en vais fonder l’association « les sacs ont des droits» !

Ce matin, je me suis réveillée et je brille de mille feux. C’est pas pour me vanter mais : j’en jette ! Bah, je n’ai pas de mérite : je suis un rubis de Birmanie. Je connais une certaine personne qui ne serait pas mécontente de m’arborer à son doigt...
Mais il y a un problème : mes convictions humanistes vont m’obliger à me fendre et à imploser au premier contact. Pour que je sois la plus belle, de pauvres gens exploités devront m’extraire de la gangue dans des conditions de travail inhumaines. Par la suite, j’alimenterai un trafic de pierres précieuses au bénéfice de la junte birmane. Ca, c’est contre mes principes...

Bon, alors, la conclusion de tout cela, petite Isabelle ?
Tu dis toujours que tu ne t’aimes pas mais à chaque fois qu’on te propose un changement, tu chipotes.
Au lieu de toujours voir le verre à moitié vide, si tu faisais le compte de tout ce que tu possèdes en toi ?
Au lieu de RÊVER d’être une autre, si tu VIVAIS en étant TOI, ce que tu feras mieux que n’importe qui...
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