Traire en ligne point com

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Boulimique de lecture dès que j'ai su décrypter mes premiers mots...la science fiction avait mes faveurs à l'adolescence ! En écriture, j'ai retrouvé mes premiers amours : j'adore mettre en  [+]

Image de Hiver 2017

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— Tu le préfères entier, écrémé ou demi-écrémé ?
— De quoi parles-tu ?
— Du lait, je passe une commande.
— Ah, demi-écrémé ; trop de crème me donne mal au cœur !
— OK.

Dans le studio bulle suspendu avec ses congénères dans la grappe de logements, Basile surfait, casque sur la tête et lunettes connectées sur le nez. De petits mouvements des yeux lui permettaient de parcourir les pages de haut en bas. Il cliquait les options par un clignement des paupières. Le site lui apparaissait en trois dimensions, le fond d'écran projeté sur les parois translucides de la pièce. La réalité virtuelle le transportait dans un environnement bucolique de prairies vert pomme où ruminaient des vaches tachetées de marron. Il pouvait pénétrer dans l'immense étable et jusqu'à la salle de traite automatisée.

— Bon, je passe la commande.

Un jet blanc crémeux jaillit du robinet de cuisine avec un son d'échouage liquide. Les premières gouttes s'écrasèrent au fond du bidon réfrigéré ; puis le niveau monta rapidement. Basile avait ôté son attirail 3D pour suivre l'opération, les yeux écarquillés, les cheveux ébouriffés.

— C'est fabuleux ce processus de dématérialisation rematérialisation instantané ! Je ne m'en lasse pas !

Dans la salle de bain, Fabiola eut un petit rire étouffé, qui grimpa en crescendo dans les aigus puis s'acheva en cri de colère :

— Qu'est-ce que tu fabriques ? J'ai du lait dans ma douche !
— Eh, c'est bon pour la peau.
— Arrête ça tout de suite, tu m'entends ? Ça déborde !
— Je vais voir ce qui se passe. Tiens là aussi ça déborde, remarqua-t-il en vérifiant le bidon.

Le liquide blanc commençait à se répandre au sol, formant une flaque. Des vaguelettes de marée montante partaient à l'assaut du sol en résine bleu. Basile s'en amusa jusqu'à ce que Fabiola le secoue vigoureusement. Avec un demi-sourire, il chaussa tranquillement ses lunettes de réalité virtuelle.

— Dépêche-toi, on va être inondé, s'énerva Fabiola, dont les pieds baignaient déjà dans le liquide crémeux. Ça glisse, ajouta-elle en se raccrochant à la table. Qu'est-ce que tu attends ?
— Je, je... Je ne sais pas quoi faire, c'est tout blanc ! avoua Basile, la voix aussi blanche que son écran. Je ne vois plus les boutons ni le menu, continuait-il en tripotant les accessoires maladroitement.
— Passe-moi ça, ordonna Fabiola.
Elle lui arracha les lunettes.
Pendant ce temps, le débit du robinet s'accélérait, la douche crachait des jets puissants ; ils avaient du lait aux chevilles et le niveau continuait son inexorable ascension.
— Mais qu'as-tu fait ? Tu as commandé combien de litres ? disait-elle en tournant sur elle-même, impuissante à retrouver les commandes.
— Je, j'ai peut-être double cligné, suggéra Basile.
— Et... cela signifie ?
— Ben, ça sélectionne toutes les vaches au lieu d'une seule. Cinq mille...
— Ça veut dire qu'on est en train de nous livrer la traite de cinq mille vaches ?
— Je suppose...

Ils baignaient maintenant dans une mer de lait jusqu'à la taille.

— Éteins l'ordi !
— Impossible, on est en connexion permanente.
— Il faut ouvrir la porte ou les fenêtres, pour que ça s'écoule à l'extérieur.
— On ne peut pas, c'est l'ordi qui commande les ouvertures !
— On va actionner les dispositifs de secours, hurla Fabiola en nageant vers la porte.

Basile et Fabiola plongèrent dans l'océan lacté pour actionner les commandes. La montée du lait emplissait l'appartement aux trois-quarts. Leurs empreintes digitales brouillées par la matière grasse ne furent pas reconnues. Désespérés, ils collèrent leurs visages à la paroi translucide, pris au piège de la marée blanche. Leurs appels au secours restèrent sans réponse : les voisins étaient plongés dans leurs propres réalités virtuelles.

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