2
min

Tout va changer

Image de FatMacDo

FatMacDo

19 lectures

2

D'autres jouent à travailler dans des bureaux. La tête cuite par des néons qui ronronnent, ils pensent ne pas avoir de choix à faire. Le rêve collectif d'un monde aux couleurs répertoriées a vraiment trop besoin d'eux, et eux de ça. C'est parfait.
Et pourtant, ce matin le soleil touche tout et tout le monde. Dans la cuisine il n'ouvre pas les rideaux, et se demande bien pourquoi. Il sait déjà qu'il aura beau tout essayer, rien de bon ne sortira de ses pinceaux. Il n'a pas le temps. Il sait déjà qu'il aurait essayé, quand essayer est la pire des choses à faire. Il sait déjà qu'il faudra se coucher ce soir mais que ce soir est trop loin pour y penser ce matin sans oublier certains détails. Et pourtant le soleil est un touche à tout, mais tout le monde n'est pas touché.
La migraine le rend vieux. Vieux et sensiblement dérangé par ce jour de vie.
Il arrive pourtant parfois qu'il se sente plus jeune que prévu par les lois de la nature. Ça peut être très agréable tant que personne ne lui fait remarquer. Il arrive aussi, mais plus rarement, que les choses se synchronisent d'elles même. Mais pas aujourd'hui.
Aujourd'hui c'est la migraine qui rend vieux.
"Bonjour migraine, tu prendras bien un peu de chicorée? Assieds-toi. Prends ton temps. Nous savons bien que tu ne te déplace jamais pour rien, et que tu seras là pour la journée. Alors autant faire ça bien et se mettre à l'aise tout de suite."
L'origan sur son bord de fenêtre ne veut toujours pas pousser, alors qu'il arrive à la fin de sa période d'essai. Demain il ira rejoindre le cimetière des aromates dissidents. C'est comme ça.
Il voudrait fumer une cigarette mais se sent aussi capable de la repousser encore. Il avait réussi à s'arrêter pendant plusieurs mois en jouant à ça. Repousser jusqu'à ce que posséder un paquet ne fasse plus aucun sens.
Il avait essayé pour le sexe aussi, mais ça n'avait jamais fonctionné, ce vide là était beaucoup trop grand.
La bouilloire siffle que tout est prêt. Il se sert, et du bout des doigts, se roule une clope en ne repoussant plus rien du tout.
Dehors il froid, bien sûr, rien de nouveau sous la neige.
Il pense au printemps, à la nostalgie possessive qui l'anime aux premiers bourgeons. Il pense aux trottoirs enfin secs qui l'inviteront à se perdre dans la ville.
Il pense à ces gens qui sont beaucoup plus faciles à aimer quand ils s'éloignent un peu.
Il voit leur visage et les aime très fort. Aimer n'a jamais été un problème mais seul c'est mieux.
Un écureuil passe sur le fil électrique qu'il a peint sur du papier hier.
On devrait tous être capable de marcher tout droit du point A au point B, se dit-il, ça nous rendrait plus accessibles.
Elle arrive à quatorze heures quinze. Il est déjà onze heures. Le temps de manger, s'habiller, ne rien faire, et puis surtout, se rendre à l'aéroport, on est déjà un peu serré. La lenteur retient du temps, le transforme et en augmente la qualité. Interférer dans le processus ne donne jamais rien de bon. Il ne s'y risquera pas aujourd'hui, même pas pour elle, surtout s'il veut l'aimer correctement. Il sait qu'elle arrive pour rester, et qu'avec elle tout va changer.
2

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Image de Aznalimim Hordes
Aznalimim Hordes · il y a
Ce texte me touche beaucoup car je m’y retrouve
·