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Tout est parfait

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Lourie

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Pauline aime ses crayons, les cailloux et son violoncelle.
Pauline a des frères et des sœurs, mais ils ne l'intéressent pas.
Pauline va à l'école, cela lui plaît, un peu. Pas les autres élèves, non surtout pas. Ce qu'elle aime c'est écouter les professeurs, parler d'histoire, de géographie, de peintures ou de mathématiques. Lorsque certains discutent en classe, qu'elle ne peut pas bien écouter, elle se fâche, sans rien dire mais elle se fâche quand même.
Ce soir c'est les vacances. Les grandes vacances, celles pendant lesquelles elle va terriblement s'ennuyer. Mais cette année ses parents ont une surprise pour elle : elle va partir en voyage, pendant un mois, en Amérique, pour apprendre la langue. Un mois ! Non elle ne pourra pas amener son violoncelle. Ni ses cailloux. Mais il y en aura sûrement là-bas. Et des beaux. Des cailloux américains.
Le départ est pour demain, sa valise est presque prête. Elle glisse ses crayons dans une poche, à l'intérieur.

Le bateau est là, énorme, accroché au port par des cordes et une passerelle.
Pauline tremble un peu : elle n'a jamais pris le bateau.
Est-ce vrai qu'il ne faut pas regarder par dessus bord si on ne veut pas tomber à l'eau ?
Le bateau s'éloigne, ses parents aussi.
Il paraît qu'elle ne doit pas s'inquiéter, c'est une certaine Mme Russel qui viendra l' attendre à l'arrivée du bateau. C'est chez elle et sa famille qu'elle habitera pendant un mois. Ils ont l'air très gentils, et apparemment ils ont un chien.

Maintenant que le bateau est en pleine mer, elle imagine le chien des Russel.
Aboie t-il américain ? Sûrement.

Elle ne sait pas très bien comment c'est arrivé, mais ce qui est sûr, c'est que la sirène du bateau s'est mise à hurler, que tout le monde s'est mis à courir dans tous les sens et et qu'elle a glissé sur le pont.
Et puis elle a regardé, par dessus bord.

Pauline se laisse flotter. Elle se laisse porter par les flots. L'eau couvre ses oreilles, elle n'entend que le bruit sourd des profondeurs.
Elle dérive, les yeux ouverts, passent loin au-dessus d'elle des oiseaux, des oiseaux qu'elle ne connaît pas. Le soleil est là, elle le sent, un peu, sur son visage. Tout est calme. Tout est tranquille. Elle est paisible.

Combien de temps a-t-elle dormi ? Difficile à dire, ce qui est sûr que la nuit commence doucement à tomber alors qu'elle ouvre les yeux.
Une lanterne diffuse une douce lumière près d'elle. Comment est-elle arrivée sur cette plage?
Un frisson la parcourt lorsqu'elle aperçoit une ombre derrière la lanterne.
Elle distingue alors une silhouette, la silhouette d'un garçon. Elle peut sentir son regard sur elle, un regard sérieux, dur, glacial.

Elle se relève sans oser parler. Le garçon se retourne et commence à faire quelques pas en direction de la forêt. Doit-elle le suivre ? Comme il s'immobilise, et tourne la tête dans sa direction, elle se décide à le suivre.
De toute façon il n'y a pas grand chose d'autre à faire.

Au fur et à mesure qu'ils avancent, la forêt devient plus épaisse, plus sombre, plus silencieuse.
Il lui semble distinguer des animaux, des arbres gigantesques, des plantes immenses. Des brindilles craquent sous ses pieds, des feuilles se froissent sur son passage, des insectes chuchotent, de l'eau tombe goutte à goutte le long de la roche. Elle pense alors à son violoncelle : elle aurait adoré en jouer ici, maintenant, aux rythmes de la forêt.
Elle ne lâche pas le garçon des yeux. Elle marche dans ses pas. Elle ne veut surtout pas le perdre.
Le chemin devient encore plus étroit, commence à grimper et elle avance maintenant avec difficultés. Elle sent alors la main du garçon attraper la sienne. Il l'aide à avancer.

Bientôt ils cessent de grimper. Ils doivent être au sommet. Ils ont dû marcher toute la nuit car au loin le jour commence à se lever. Pauline n'est pas fatiguée.

Autour d'elle, elle distingue alors des ruines de vieilles maisons en pierres. Au milieu il y en a une entière, qui semble avoir échappée au temps. A moins qu'elle n'ait été remontée, pierre par pierre. Le jeune garçon lui fait signe d'entrer.
Il fait bon à l'intérieur. Il y a une table et des chaises, en bois, un petit lit au fond de la pièce. Et une délicieuse odeur de soupe. Un chaudron fumant est posé sur les braises, dans la cheminée.

Sur la droite il y a une porte. De l'autre côté se trouve une pièce immense, remplie de machines qui ressemblent un peu à des avions. Il y a des ballons, des nacelles, des voiles, tout un tas d'objets qu'elle ne connaît pas et aux murs, des dessins, des plans, des centaines de plans. Elle est dans le plus curieux des ateliers.
Le garçon lui prends alors la main et l'entraîne dehors, derrière la maison.
Dans l'herbe se trouve une drôle de machine, énorme, pleines de voiles, de tiges de bois, avec un siège et des pédales. Il lui fait signe de s'installer.

Elle n'hésite pas, elle grimpe, le garçon aussi, et il se met à pédaler.
Alors la machine commence à avancer doucement. Les voiles se gonflent, des ailes en bois craquent en se déployant. La machine semble encore plus énorme. Puis lentement elle quitte le sol...
Les cheveux de Pauline flottent dans le vent. Elle sourit. Elle vole. C'est incroyable.C'est merveilleux.
Elle se retourne et regarde le garçon qui lui sourit à son tour.
Tout est parfait
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