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Touches à touches

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Le temps prenait le pli de ses jours d'errance d' « écrivaillon », comme ils disaient tous.
Ils ne le pensaient pas capable d'écrire un roman.
« un écrivaillon, moi ? »

Depuis des jours et des jours, les mots s'inséraient dans son esprit, se congratulaient, se mêlaient telle une palette de couleurs d'un peintre surréaliste. Un Picasso des temps modernes, Un hypothétique, Dali, un brin présomptueux.
Depuis bientôt six mois, il arpentait la pièce de long en large à la recherche de la moindre information, du moindre indice pour faire évoluer ce fameux roman, celui de toute une vie.
Sur sa vieille Corona noire, les lettres défilaient et défilaient jusqu'à n'en plus pouvoir ; l'histoire d'un policier au delà de tous soupçons, d'un policier tout simplement. Philip Marlowe n'avait qu'à bien se tenir. Ses notes prises sur des pages.
Erwan filait le parfait amour avec ce cahier qui le rendait presque fou chaque jour. Il ne prenait guère le temps de manger, juste un vulgaire sandwich jambon beurre, un café et tout reprenait de plus belle. Le bruit incessant de la vieille machine à écrire, le nuage de fumée de cigarette, le cliché des années cinquante.
Son roman avançait doucement mais sûrement, une sombre histoire de caïd, de règlements de compte, le classique. Mais il avait promis à un jeune éditeur de finir pour le 1er décembre et il ne restait plus que cinq semaines.
Il montrerait ainsi à ses amis que ce fameux « écrivaillon » arriverait à sa fin avec un grand F, The End, comme la fin d'un grand film. N'en déplaise à tous ces jaloux, ces faux amis d'un soir qui ne voyaient en lui qu'un pauvre rêveur, qu'un original, qui ne percerait qu'un trou de souris dans ce monde cruel de la littérature.
Il écrivait à n'en plus finir, les mots s'ajustaient de plus en plus vite, comme une danse langoureuse, un slow magistral, de syllabes en syllabes. Son polar prenait de l'ampleur, de l'élégance.

Une histoire de vengeance, un crime sans comment ni pourquoi, du sang, des coups de feu.
L'histoire ne manquerait pas de panaches, de crimes aussi tordus les uns que les autres. Une sombre histoire de mari jaloux, celui habitant à l'étage supérieur, la porte côté cour.
Un air à tout casser, une dégaine de renfrogné, un mélange de truand et de pauvre idiot du village ( oui c'est assez réducteur mais c'est la vérité).
Un mélange de romancé et de réalité- lequel des deux allait la victoire remporter- remplissait les pages blanches de ce papier parfois froissé.
Le temps n'y pourrait rien y faire, autant avancer, créer.
Erwan n'y allait pas par quatre chemins. Il se démenait comme pas un pour finir son ouvrage.

Presque terminé, ne manquait plus que la chute !

Depuis quelques jours déjà, il flottait comme une odeur de sang dans l'appartement.
Il se dirigea vers le fond du logement, prit le long couloir orangé et ouvrit la porte de la salle de bains.
Le voisin de l'étage supérieur côté cour lui sourit, la gorge ouverte.

Erwan referma la boîte de Pandore et mit fin à son roman.

PRIX

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Chateaubriante · il y a
il a crée son récit, mots après mots ; le décor pour cette mise en scène fonctionne ; sombre réalité mais l'honneur est sauf car c'est enfin fini dans un bain de sang, comme il se doit
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jc jr · il y a
Quand la réalité est l'étincelle de la fiction, sait-on encore différencier les deux ? J'ai aimé. Viendriez-vous découvrir " le bilan " en finale TTC...
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Jean Calbrix · il y a
Quelle meilleure inspiration peut-on avoir que d'œuvrer dans le réel pour étoffer son écrit. Bravo, Vincent pour ce TTC captivant avec une chute en un joli pied-de-nez. Je clique sur j'aime.
Vous avez aimé Mumba et je vous en remercie. Je vous invite à une petite ballade dans les dunes si vous avez le temps : https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/me-chienne-ianna-dans-les-dunes

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Claire Bouchet · il y a
L'inspiration ne se trouve pas si loin de l'auteur : il n'y a qu'à regarder de l'autre côté du palier ou à l'étage supérieur pour la trouver et l'inviter chez soi. Une histoire plus vraie que nature. Mes voix.
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James Osmont · il y a
quel auteur de polar/noir ne s'est pas déjà posé la question de ses propres déviances/limites ? réussi ! mes 5 voix ! peut-être viendrez-vous frissonner par chez moi... ;)
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Topscher Nelly · il y a
La relation auteur/livre est bien décrite.Mes voix
Mon texte vous plaira peut-être?

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Sophie Debieu · il y a
Bonne chance Vincent pour ce récit troublant :-)
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Sophie H. · il y a
La chute se laissait peut-être un peu deviner, mais l'on se laisse complètement prendre au jeu quand même. Et cette idée d'auteur qui commet les crimes qu'il raconte... J'adore! Bravo!
N'hésitez pas à allez faire un tour sur mon oeuvre, peut-être vous plaira-t-elle?
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/une-pierre-tombale-impossible

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Fred Panassac · il y a
Une relation fusionnelle entre l’auteur et son livre...jusqu’à la pirouette plus vraie que nature !
Bien joué et surprenant !

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Anges Addison · il y a
Mes 5 voix pour ce superbe écrit... Une chute superbe, bravo !! Amicalement :)
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