Torpeur

il y a
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Pourquoi on a aimé ?

Court et pourtant très dense, « Torpeur » brille par son aspect très visuel et l’émotion qu’il raconte, sans jamais en faire trop. Par le

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Frédéric a laissé là sa pipe et son livre ouvert. Il a regagné le silence épais de la maison. Il a poussé la porte de la chambre. Entre les interstices des volets, le soleil lance un rayon dans lequel se noient des myriades de poussières.
Alice a écarté le plateau ; elle mange de moins en moins. Plus le goût. Plus l'envie. Trop de douleur. Elle dort. La morphine a eu raison d'elle.
Il débarrasse le déjeuner. Passe un gant frais sur le visage de sa femme, essuie les commissures des lèvres, dépose un baiser sur son front et regagne la table, sous le figuier.
Le regard de Frédéric plonge dans les caractères qui s'alignent sur la page 423, mais, aussitôt, il remonte à la surface et glisse comme ce voilier, au loin, poussé par un vent léger vers l'Espiguette. Les personnages du roman se sont étiolés, se sont rabougris. Ils ont perdu cette superbe qui les caractérisait. Plus aucun intérêt. Pourtant, leur situation, leurs relations l'ont tenu en haleine jusqu'à la semaine dernière, jusqu'à l'irruption violente de la maladie.
L'inquiétude, la peur font le siège de son cerveau. Fulgurance, le colon, mais pas que, le foie aussi, une fourmilière de marqueurs tumoraux dans le sang, du jamais vu ou presque. Parfois, les médecins manquent de délicatesse.
Pommé dans ce havre de paix, à l'ombre du figuier, il se sent décalé, déplacé. Il attrape le sécateur et va sous la tonnelle couper trois lourdes grappes de la glycine. Ses larges mains en sont remplies. La carafe d'eau change soudain de destination. Une abeille aux pattes brodées de pollen a déménagé avec le bouquet ; elle continue, consciencieuse, à faire sa provision. Frédéric lui laisse le temps. Quand dans un vol pesant, elle s'éloigne vers la ruche, il porte, comme un saint sacrement, les fleurs mauves jusqu'à la table de nuit d'Alice, enlève ses chaussures et s'allonge auprès d'elle.
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Chris BÉKA · il y a
Sobre et plein d'humanité.
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Monique Nicque · il y a
Merci à tous pour vos réactions ! Je suis touchée !
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Juliette Gallier · il y a
Magnifique pudeur! C'est comme un tableau peint de minuscules touches à peine esquissées.
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Alice Merveille · il y a
Quelques lignes pour des mots qui touchent... bravo.
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Antoine Finck · il y a
Un sujet délicat subtilement abordé. Bravo !
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Marie Vercors · il y a
Quelle finesse dans cette déchéance. La poésie à le dernier mot, c'est très beau
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Choubi Doux · il y a
C'est simple, poétique et redoutablement efficace. :)
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Sylvie Neveu · il y a
Je me tais, c'est mieux
Juste vous redire merci Monique

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Mireille Bosq · il y a
Belle image finale, ce bouquet improvisé qui fait un peu oublier la tristesse du reste.
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marie van marle · il y a
Superbe, dans cette simplicité de la vie, de l'angoisse, de l'amour et de la peine.

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