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Tonton la bricole

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Fred

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Je voudrais vous parler de mon oncle qui connut en son temps un destin incroyable....

Mon oncle, c’était un fameux bricoleur. Il n’avait jamais appris ni la science, ni les mathématiques non, c’était tout simplement un amateur de génie. Il s’enfermait toute la journée dans son atelier qui se trouvait au fond du jardin. C’était un endroit extraordinaire où trainait toutes sortes d’objets récupérés au gré de ses promenades dans la nature et de ses visites à la déchetterie municipale. Il faisait de drôles d’expériences toutes plus fofolles les unes que les autres. Mais la plus importante était celle qui fit sa gloire, la fabrication d’une bombe H.

Le soir en rentrant à la maison et bien il nous racontait tout.
- mes enfants croyez-moi pour fabriquer une bombe ce n’est pas de la tarte. Bon, la question du détonateur elle se résout facilement, pas plus d’un quart d’heure pas besoin d’en faire toute une salade. Pour la bombe H c’est pas beaucoup plus vache mais une chose me tracasse l’esprit. Toutes les bombes de ma fabrication n’ont qu’un rayon d’action très limité. La première c’est bien simple elle s’est implosée dessus ! aujourd’hui lors de ma dernière tentative elle n’a eu qu’un rayon de trois mètres cinquante. Il y a quelque chose qui cloche là-dedans. Il faut que j’y retourne immédiatement.

Il n’avait même pas pris le temps d’avaler son repas que le voilà partit en direction de son atelier. On ne l’a plus revu pendant des jours. Il se faisait apporter les repas sur place. A chaque fois que je m’y rendais, je le voyais bossant avec amour tachant d’améliorer le modèle. Il mangeait sa soupe aux vermicelles en deux cuillères à pot. A chaque fois que je voulais lui poser une question, je voyais bien à son air féroce qu’il tombait sur un os alors, je n’osais rien dire.

Puis un soir qu’il avait enfin daigné se joindre à nous pour partager le souper, pendant qu’il avalait d’un air mécanique le contenu de son assiette voilà qu’il se dresse au bout de la table avec des yeux étincelants ;
- mes enfants à mesure que je deviens vieux, je me rends compte que j’ai le cerveau qui flanche, pour être sérieux ce n’est même plus un cerveau c’est de la sauce blanche. Voilà des mois, que dis-je, des années que j’essaie d’augmenter la portée de ma bombe. J’ai tout essayé, employé tous les trucs et astuces et je ne me suis même pas rendu compte que la seule chose qui compte vraiment : et bien c’est l’endroit où ce qu’elle tombe ! Tout auréolé de sa découverte, il repartit dans son atelier.

Les recherches de mon oncle firent l’objet d’un article dans le journal du coin qui fut relayé par tous les médias du monde et arriva aux oreilles de tous les grands chefs d’États. Un jour l’on vit arrivé dans la propriété des voitures plus belles les unes que les autres, avec des chauffeurs en livrée. Il en sortit de chacune d’elle un dirigeant d’un pays accompagné de leurs généraux. Mon oncle les fit entrer dans son atelier et il s’excusa que celui-ci fut aussi petit. Au milieu de la pièce trainait la bombe. Quand ils furent tous installés, il prétexta qu’il avait oublié une pièce dans sa maison. Il sortit de son atelier et il enferma tout ce beau monde à double tour.

Quand la bombe explosa il n’est plus rien resté, tout s’était volatisé.....

Au tribunal où on l’a trainé. Il ne se dégonfla pas, il joua les andouilles et devant les jurés il bafouilla ;

- Mesdames et Messieurs c’est un hasard affreux que je ne comprends pas. J’avais pourtant tout calculé mais je jure devant dieu qu’en mon âme et conscience, je suis bien convaincu d’avoir servi mon pays !

Tout le monde fut dans l’embarras. Alors, on le condamna et puis on l’amnistia et le pays reconnaissant l’élut immédiatement chef du gouvernement.

Texte inspiré d’une chanson de Reggiani.

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Elisabeth Marchand · il y a
Je vois beaucoup de poésie dans ce texte si réaliste!! Bravo tonton!
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Pascal Depresle · il y a
J'ai reconnu Reggiani sur la fin, il n'empêche que vous êtes ce qu'on appelle un raconteur d'histoires. Et ce n'est surtout pas péjoratif, je vous imagine bien à l'oral vous tailler de petits succès.
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