Tomoe Gozen

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Miel et Cendres  [+]

Tomoe tournait le dos à Genpei, le champ sanguinaire, un pas après l’autre faisaient craquer les branches mortes et les feuilles sans vie sous la pénombre du trois quart de lune. Les pas ralentirent, puis s’arrêtèrent. Elle s’était habituée à ce rouge vif, à cette odeur. Apres tout, elle était l’onnabugeisha Tomoe Gozen, la guerrière la plus célébrée du Japon...elle avait décapité, tranché la gorge et transpercé la poitrine de centaines d’hommes...mais le sabre était devenu trop rouge pour Tomoe. Elle avait une fois de plus obéi aux ordres de l’impératrice Jingu. N’était-ce pas là le devoir d’une digne onnabugeisha ? L’honneur n’exigeait-il pas, ne réclamait-il pas, insistant, impérieux, ce sang, son sang à elle, le jigai, au cas où elle échouait à son devoir, quelle que soit la raison ? Le cœur endurci de Tomoe était prêt à se casser, il était devenu trop dur pour elle, comme une roche du mont Fuji dans sa poitrine, prête à lui détruire et lui transpercer les entrailles. Tomoe saignait. Sous cette lune, Tomoe versa la première larme depuis vingt ans, elle ne voulait plus voir le visage terrorisé de quiconque au moment où son sabre lui traversait les entrailles... . Comment en était-elle arrivée là ? Des scenarios de son enfance lui revinrent, la patte cassée du criquet qu’elle voulait soigner, au prix des moqueries des autres enfants, sa joie quand son père revenait de voyage avec un sac plein de trésors auxquels elle avait toujours sa part, ce père qui n’est plus revenu un jour, son extase lorsqu’elle reçut ses premiers outils de calligraphie.... Tomoe se laissa tomber lourdement sur les branches mortes sous un arbre en régénérescence, elle enleva son fidele kabuto, qui lui protégea la tête pendant tous ses périples, ses longs cheveux se libérèrent entre les doigts du vent, puis elle quitta ses épaulières, son plastron auquel elle avait confié la garde du cœur, puis ses manches, ses gants, sa jupe, sa sous-jupe et ses jambières, son armure indestructible, invulnérable, sa fidèle compagne, fut abandonnée ; elle était à présent nue dans la froideur du soir d’automne, Tomoe Gozen était légère et fragile. Elle leva ses yeux larmoyants vers la lune et les constellations, et eut un seul moment de paix. Elle n’était plus Tomoe Gozen, elle était les feuilles et les branches mortes, le sable et le vent. Puis, Tomoe saisit son katana et l’impitoyable tueuse mêla son sang à celui de ses nombreuses victimes. Le matin, on retrouva l’armure de la plus grande onnabugeisha sous un arbre et son célèbre katana propre et brillant au soleil.
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Krystian Proksa · il y a
Un conte que les grand pères racontent à leurs petits enfants . Vous êtes une très bonne conteuse .
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Pamela Hayek · il y a
Merci !
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Réginald Ress · il y a
Très joli, très évocateur. L' "ambiance' fonctionne.
Je me permettrai quelques remarques en MP.

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Pamela Hayek · il y a
Oui merci ! Je vous attends avec plaisir
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Bruno Teyrac · il y a
Il y a de la poésie, de l'émotion et une atmosphère particulière, qui donnent de la force à ce récit. Belle écriture. J'ai aimé.
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Pamela Hayek · il y a
Merci beaucoup Bruno. Si ça vous interesse je viens de publier une nouvelle : "Das Faszler"
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Kegeruniku · il y a
J'étais venu pour lire un autre texte, mais le titre m'a fait opérer une digression. Et j'en suis content. Parce que le texte, dans son ensemble, m'a plu. Alors, oui, certaines précisions me semblent quelque peu superflues (la première qui me vient à l'esprit est celle du "sabre katana". Katana me semblant plus que suffisant.) A l'inverse, je pourrai chipoter pour dire que le seppuku est un suicide exclusivement masculin et qu'on devrait d'avantage parler de jigai. Mais en fait, on s'en fiche un peu, le texte est plaisant, il emporte lecteur, c'est ce que j'en retiens.
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Pamela Hayek · il y a
Il semble que vous êtes bien informé au sujet des traditions japonaises. Merci pour votre commentaire et pour les précisions. Je vais en prendre compte pour opérer quelques améliorations.
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AKM Amoussou · il y a
Une belle écriture, j'aime et je m'abonne !
Je vous invite à lire ma nouvelle LES MOTS DU CŒUR.

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gOz mercziler · il y a
Je t encourage avec mon vote. Vous soutenir mon histoire en compétition catégorie nouvelle et mignonne rêvée en compétition également catégorie poème.
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Aurélien Azam · il y a
J'ai découvert la notion d'onnabugeisha, ce qui est déjà un certain mérite à attribuer à ce texte. La narration et l'écriture sont perfectibles, manquent un peu d'efficacité. En revanche, la dernière phrase, mystérieuse, cette lame retrouvée propre et l'armure esseulée, donnent un vrai charme à ce texte où la rédemption est en conflit avec la mémoire et l'honneur guerrier. Une image marquante, et un vrai plaisir de lecture :)
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Pamela Hayek · il y a
Merci. J'esperes que mes prochains textes seront encore plus efficaces au niveau de l'ecriture. Je suis une nouvelle utilisatrice sur ce site et vous venez de faire le premier commentaire et vote pour moi et je vous remercie 😊

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