Tissu rugueux

il y a
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Il me semble que j'écris depuis toujours, et ce pour tant de raisons. La principale, je pense, est parce que écrire, c'est revivre. Et selon moi, revivre, c'est profiter de la vie  [+]

Les dernières volutes d’un sommeil qui m’échappait s’évaporent alors que le réveil sonne. Celui-ci s’arrête au bout de quelques instants, et un soupir de dépit s’échappe de moi. Ma chambre est plongée dans le noir. L’hiver est toujours là. Le stress de la journée qui m’attend m’enserre les intestins, les comprime, les broie. De la sueur coule sur mon front. L’impression que tout va mal se passer occupe mon esprit.

Dans la douche, je suis toujours terrassé par le stress, l’angoisse. L’eau ne suffit pas à laver mes soucis. Je prends en pitié l’homme qui me fait face dans le miroir. Mon front est encore en sueur quand il touche le tissu rugueux.
Mais, quand ma main se saisit de la poignée de la porte, il semble que la force pour faire ce que je suis le seul à pouvoir faire ait envahi mon corps. Un sourire assuré faire mentir mes lèvres.

Comme d’habitude le transport est bondé. Tout le monde se fait pousser, écarter, piétiner, moi le premier. Les gens me regardent bizarrement. La gêne me conquit rapidement, et mon regard se tourne vers le sol. Mes lèvres semblent avoir du mal à continuer à mentir. Les pauvres.

Après un voyage court, mais déplaisant, mes pieds me mènent lentement vers le lieu de mon travail. Une fois de plus bousculé, malmené, la journée passe comme à travers moi, ignorant ma présence.

La pause est inconfortable, la discussion outrageuse. L’envie d’intervenir, de démentir, de défendre est là. Mais mes lèvres, épuisées de mentir, se ferment. Puis se serrent.

Le tissu rugueux accueille à nouveau la sueur de mon front.

Le repas est là. Les moqueries aussi. Les gens parlent, critiquent, méprisent. L’appétit me fuit. Mon corps se lève, et quitte le réfectoire. La fuite est choisie pour moi, et mes lèvres restent serrées. L’après-midi passe vite, et mon travail s’efface presque à vue d’œil. Parfois quelqu’un vient, et me regarde avec mépris. Ou peur. Parfois, et là, la colère me prend, c’est la pitié qui occupe leur regard. Les yeux ne mentent pas.

La journée se termine, et c’est à nouveau le métro bondé qui me transporte. Mes lèvres essayent de mentir. Mais elles sont par trop fatiguées, et elles ne convainquent plus. Pire, elles semblent tromper les gens sur mon attention. Comme si un qui pro quo était la chose qu’il me manquait.

Enfin chez moi. La salle de bain m’accueille. De l’eau coule sur mon visage, dans le vain espoir de rafraîchir mes pensées, ou mon âme, la certitude m’échappe. Sur le tissu rugueux, mon front ne lâche plus de gouttes de sueur. L’intuition de quelque chose de grave s’était révélée fausse. La journée avait été aussi insupportable que d’habitude.

Mon dîner est pris sans conviction devant une télévision qui me ment plus encore que mes lèvres. Le goût des aliments ressemble à celui de la cendre dans ma bouche. La journée de demain s’annonce aussi insupportable que d’habitude.

La quatrième fois que mon front touche le tissu rugueux, ce sont des larmes qui le tâchent.

Assis sur mon lit, je regarde le tapis qui me permet de prier mon dieu. Il est simple. Il est vieux. Il est abîmé, et tâché de ma sueur et de mes larmes. Pendant un instant, je me dis qu’il ressemble à ma foi.
Pendant longtemps, je me dis qu’il ressemble à moi.
Cette nuit-là encore, mon esprit est torturé par les volutes d’un sommeil qui m’échappe.
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Image de Michel Desmet
Michel Desmet · il y a
ça fou des frissons bro
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Catherine Dieu · il y a
toujours aussi doué mon fils

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