Thé dansant

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Ecrire sans prétention pour le simple plaisir des mots, tout comme lorsque je manie les pinceaux pour m'adonner à la peinture. Je suis une touche à tout qui jamais ne s'ennuie  [+]

Depuis ce matin elle s'apprête, bain moussant parfumé, baume pour le corps pour se faire une peau douce, peau que plus personne ne caresse. Le choix de la tenue idéale passe du temps, debout en sous vêtements devant le dressing elle hésite. La robe rouge trop voyante, la noire à frous frous l'amincit mais lui donne mauvaise mine, la bleue marine trop mémé, la gris perle légèrement pailletée sera parfaite.

Au maquillage il faut apporter le plus grand soin. Zut, zut et re zut, le pinceau vient de déraper et son trait d'eye-liner est totalement loupé. Sa main n'est plus aussi sûre, la bouche ouverte en forme de O pour l'affermir, elle ressemble à une carpe qui remonte à la surface chercher de l'air. Avec son oeil charbonneux elle ressemble à un panda. Il faut tout recommencer et sans trembler cette fois. La bouche rouge cerise vient parachever le tableau. Qui sait si un cavalier un peu hardi ne cherchera pas à mordre ce fruit si tentant ou à décoiffer le fragile édifice de ses cheveux relevés en chignon. Un dernier coup d'oeil au miroir, elle se jauge et ne se trouve pas si mal.

 

Il y a peu de temps elle a retrouvé le plaisir de danser et se souvient que c'est ainsi que son mari, danseur émérite, l'avait séduite. Elle avait immédiatement repéré ce beau brun aux larges épaules et quand il s'était approché d'elle pour l'inviter elle avait tout de suite ressenti des papillons dans le ventre. Dans l'écrin protecteur de ses bras elle s'était sentie légère comme une plume et n'avait opposé aucune résistance à son premier baiser. Il n'avait pas perdu de temps le bougre mais la foudre avait frappé et il était si séduisant.

 

Après un deuil long et douloureux, tant de larmes versées et des années de solitude, elle a senti comme des fourmillements dans ses jambes déclenchés par une publicité dans sa boite aux lettres pour un thé dansant qui venait d'ouvrir dans son quartier. Valses et tangos langoureux sont remontés de ses souvenirs la sortant enfin de sa torpeur. Elle a d'abord hésité, saurait-elle encore et surtout dans quels bras inconnus oserait-elle s'abandonner ? C'est le coeur battant à tout rompre qu'elle a franchi le seuil de la discothèque la première fois, comme une jeune fille timide en dépit de ses soixante dix printemps. Et si personne ne venait l'inviter, si elle restait à faire tapisserie ? Ou bien au contraire si l'inconnu qui viendrait l'aborder lui déplaisait, comment dire non ? Les questions se bousculaient dans sa tête et elle se sentait plutôt mal à l'aise.

 

Mais la chance était au rendez-vous, l'homme au maintien élégant qui s'est avancé vers elle ne manquait pas de charme avec ses épais cheveux blancs et sa fière moustache. Très classe il s'est incliné vers elle pour l'inviter à le suivre pour une valse viennoise romantique. Elle a accepté dans un sourire et pris la main qu'il lui tendait. Leurs pas se sont accordés tout naturellement et leur couple était harmonieux. Aucun d'eux n'a pris la parole mais ils ne se sont pas quittés du regard. Dans ses yeux verts elle lisait une grande douceur et lui trouvait dans le bleu de ses yeux la franchise et la sincérité qu'il attendait. Avec l'impression de s'être trouvés tout simplement ils ont enchaînés les danses, un peu comme s'ils craignaient de se séparer et de rompre la magie.

Très galant son beau cavalier auquel elle trouvait de plus en plus de charme l'a entraîné dans un coin tranquille pour discuter. Ils se sont raconté leurs vies, leurs deuils et émerveillés ont découvert tout ce qui les rapprochait. L'après midi touchait déjà à sa fin, ils n'avaient pas vu le temps passer.

 

Depuis ils n'ont cessé de se retrouver chaque semaine pour danser. Bien que n'ayant plus beaucoup de temps ils n'ont pas précipité les choses, ont appris à se connaître et s'apprécier et petit à petit ont redécouvert l'amour. Pas question pour eux de vivre à deux, chacun chez soi. Aucun d'eux ne se sent prêt pour une nouvelle vie de couple, les longues années partagées avec leur premier amour resteront ancrées jusqu'au terme de leur vie. Mais ils veulent retrouver des moments de complicité, rompre leur solitude et finir main dans la main le chemin qui leur reste à parcourir.

Au fil des mois ils ont levé les barrières, ont redécouvert timidement comme des jouvenceaux le plaisir des caresses sur leur peau patinée par le temps. Leur corps n'ont pas fusionné dans l'élan passionné de la jeunesse mais ont baigné dans un océan de tendresse bienfaisant.

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