Tes dessins en mots

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Le goût des choses bien faites. Le sens aigu du temps qui passe et le besoin de le contraindre à se figer entre des mots choisis avec rigueur - instantané dont les couleurs s'affadiront... La  [+]

Escargotines, repliées sur elle et moi, nous avons hier entrepris avec ma Mathilde de dessiner notre maison idéale. Je devais la concevoir guidée par ses envies au fil des murs apparaissant, et puis elle la colorierait. J'ai suivi en partie ses directives, et à nous deux nous avons construit cet endroit magique où nous aimerions habiter.

Le jardin est immense, un parc en réalité, semé de grenouilles, de hérissons, et de lézards, embaumé de libellules et de papillons. Ses allées sinueuses de gravier rose sont bordées de massifs clairs et odorants, des rosiers blancs et rouges s'élancent à l'assaut des murs du jardin, des arbres fruitiers dans des recoins se laissent croûler, lourds, porteurs de promesses de confitures merveilleuses touillées sans fin dans d'antiques casseroles.

On serpente en respirant narines écarquillées, entre d'immenses chênes, vers une large demeure d'âge respectable, au toit de tuiles multicolores. Elle se gonfle de murs blancs partiellement ornés de lierres, dans une peinture qui s'écaille par endroits et qu'il faudra songer à refaire, un jour, elle se tamise derrière de grands volets bleus gris percés de jours en forme de cœur. Sa porte est large, rouge, sa poignée ronde, en étain, ne comporte pas de serrure. On ferme et puis on va se promener, simplement, et la nuit on se claquemure contre d'improbables périls en rabattant un volet intérieur à loquet.

Les fenêtres, nombreuses, sont larges et hautes, découpées en six, et la lumière qui filtre de l'intérieur à travers leur verre très ancien, gondolé juste assez pour permettre de jouer avec la vision stéréoscopique en inclinant la tête, est tamisée par de lourds rideaux de velours retenus par des embrasses à pompons. Elle est bien plus large que haute, il n'y a qu'un étage et puis juste sous le toit les combles sont aménagés. On y a percé trois fenêtres rondes ; ce sont les chambres des enfants.

Sous les fenêtres du rez-de-chaussée sont disposés des pots de fleurs dont certains sont vides encore - les graines n'ont pas eu le temps de pousser, lupin, soucis, pensées... Un chat couché dans une jardinière, drapé dans sa queue, nous regarde, yeux mi-clos, patient, attendant qu'on lui ouvre le logis pour se blottir au coin du feu.

On ne sait pas très bien si c'est le printemps ou l'automne, mais il fait un peu frais dehors et très bon dedans. Ca sent le gâteau au chocolat. Devant la cheminée qui n'est ni trop petite ni trop grande, juste assez pour y suspendre une marmite, pour y agiter de loin une poêle trouée où des châtaignes fraîches cloquent puis éclatent en sifflant, quelques vestiges de bûches crépitent doucement. Devant et autour on a disposé de grands canapés rouges, moelleux, gourmands, recouverts de coussins rayés de toutes formes, et une table basse très basse, carrée, sans fioritures.

Ces cinq prochaines années, si vous me cherchez, cherchez d'abord notre maison imaginaire. Sonnez à la grille, je viendrai vous ouvrir, peut-être, un livre ou un stylo à la main, un peu étourdie d'avoir été sortie de ma lecture ou de mes pages d'exercice du jour. Je vous inviterai à vous asseoir quelques minutes avec moi, à partager selon la saison un tilleul, un thé, un café, une citronnade. Nous bavarderons paisiblement, hors du temps et des soucis. Mais n'apportez avec vous ni amertume ni vérités cinglantes, vous devriez les laisser à l'entrée.
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Zouzounette · il y a
Ma mamounette <3 , si ce texte n'est pas magnifique je ne m'appelle pas Mathilde !
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Marie-Laetitia Gambié · il y a
Alors justement, Josiane, il faut qu'on parle ^^

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