Tendre brise

il y a
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Une formation littéraire pour l'amour des mots et de la lecture. Un fourmillement et une excitation lorsque je les trouve sur le clavier. Une ébullition dans mon crâne toujours sur le feu. J'écris  [+]

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« Laisse-moi tranquille ! Tu ne comprends pas que j’ai besoin de respirer. T’es toujours sur mon dos à observer ce que je fais ! C’est pas croyable ce que tu peux être collante ! »
« Mais,... »
Je m’arrêtais toujours à ce mot. Je ne savais pas, en effet, comment argumenter pour lui faire comprendre à quel point j’avais besoin de lui. Un besoin viscéral, instinctif, qui me prenait au plus profond du ventre, dans des replis secrets et puissants, depuis le matin jusqu’au soir. Un besoin si impérieux qu’il me réveillait au cœur de la nuit pour vérifier qu’il se trouvait à mon côté, son souffle rythmé par un sommeil profond, qu’il m’arrivait, il est vrai, de troubler pour serrer dans mes bras cet homme qui justifiait mon existence. Rebuffades, impatiences, parfois même cris et soupirs étaient souvent les seules réponses à ces flammes qui m’embrasaient et que je ne pouvais éteindre qu’au le contact de sa peau, de ses cheveux, de ses mains.
« Je t’aime, je t’aime tellement. » Ce seul leitmotiv était à mes yeux suffisant pour qu’il soit plus tendre, qu’il accepte mes démonstrations à leur juste valeur. Elles sont simplement l’expression d’un sentiment irrépressible, alors accepte et sois heureux !
Pourtant, sa mine de plus en plus renfrognée sur son pupitre, il est un dessinateur renommé, et je suis une fan de la première heure, montre quelques signes d’agacement. Est-ce ma faute à moi si tout ce qu’il fait me transporte à ce point. Je peux rester des heures à contempler les formes se créer, trait après trait. Les personnages et les histoires qu’il imagine me bouleversent. Tout en lui est digne de ma vénération. Jusqu’à sa sueur, légèrement âcre, entêtante, dans laquelle j’avais simplement envie de plonger, entièrement et pour toujours, jusqu’au moment où...
Croire que j’espionnais Firmin serait réducteur. Je ne pouvais m’empêcher de vérifier qui étaient ses relations que je pensais uniquement amicales ou de travail. Sans faire de mauvais jeu de mots, lorsque j’ai vu cette photo où il planait dans les bras d’une parachutiste blonde qui l’embrassait malgré les déformations des bouches dues à la vitesse de la descente, je suis tombée de haut. Il n’a jamais remarqué le léger fendillement sur son écran. C’était juste au moment où j’ai lâché son portable, encore incrédule et en atterrissage d’urgence. Après cela, plus rien n’a été comme auparavant.
Lui qui trouvait toujours que je lui pompais son air, je laissais les fenêtres grandes ouvertes. Même lorsqu’il faisait un froid de canard. Assez désemparé, Firmin se contentait de fermer toutes les ouvertures. Lorsqu’il était sorti de ses planches pour s’aérer encore, sans doute s’envoyer en l’air, j’en profitais pour brancher le ventilateur. La joyeuse dispersion de ses croquis sur le sol me mettait dans une joie extrême. J’incriminais l'appareil défectueux et me délectais de le voir ramper en train de rechercher l’ordre de ses dessins. Mais il me fallait quelque chose de plus fort, à la mesure de mon chagrin, de ce vide qui à présent avait pris place dans tout mon être et jusqu’à mon dernier souffle.
L’installation a été assez longue, c’est tout de même du matériel professionnel. L’agence d’événementiel à qui je l’ai loué, m’a vanté la puissance de l’engin. Je suis assurée de l’effet, cette fois, c’est toute l’atmosphère de notre appartement qui va être régénéré. Firmin est rentré pour reprendre ses œuvres. J’ai enclenché l’interrupteur. Aussitôt, l’énorme pale s’est mise en branle. Le souffle a été directement dirigé vers lui. Cet immense ventilateur est prévu pour diriger le souffle de bas en haut de façon à soulever une personne. Là, l’air est propulsé dans sa direction, sa puissance le projette par la fenêtre restée ouverte. Pas sûre que cette fois-ci, il y aura un parachute pour amortir le choc, mais jusqu’ici tout va bien. J’appuie sur l’interrupteur et je ferme la fenêtre. Il ne faudrait pas que je m’enrhume tout de même !
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François B. · il y a
Ah oui, quand même !... le thème disait "un peu" d'air...
Mais en fait, j'ai adoré cette exacerbation des sentiments.

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Perrine Pierquin · il y a
La description des émotions est intense et palpable :D