Tempête destructrice

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Jury

17ans. Aime les mots de tout mon coeur, beaucoup plus que de raison. Mais on a déjà prouvé que le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point  [+]

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Je coule. Ça y est, je me sens glisser dans cet abyme en une chute si douloureuse qu’elle en devient brûlante. Pourtant, l’eau, ça ne brûle pas. C’est même tout le contraire. Ça rafraîchit ; ça nettoie, ça purifie. Ça apaise, aussi. Mais l’eau qui émane de moi n’est pas de ces courants généreux. Non, les longues coulées qui strient mon visage me brûlent les yeux, les joues, la peau. J’ai l’impression que les traces qu’elles laissent sur leur passage seront gravées en moi à jamais. Elles me déchirent – aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Seulement, à l’extérieur, c’est bien plus facile de le cacher. Parce que tout en moi n’est que tempête. Une tempête violente, destructrice. Une tempête pleine de passion. Trop forte. Beaucoup trop. Une tempête contre laquelle je ne suis pas de taille. J’ai appris à mes dépends que la passion ne se contrôle pas – comme les ouragans ou autres phénomènes naturels qui, alors qu’on est bien protégés par les roseaux qui bordent le lac sur la rive duquel on imagine le monde et l’infini, nous fascinent et nous attirent irrésistiblement.
On m’a toujours dit que j’étais une sorte de tornade, une tornade des plus vicieuses parce que constamment retenue par des digues. Des digues qui ont fini par céder. Et là, ça se déchaîne. Et je ne peux rien faire pour empêcher ça. Pourtant, j’aimerais tellement que ça s’arrête. J’aimerais que les battements de mon cœur se calment, j’aimerais prendre le temps de respirer, de tendre les bras pour remonter à la surface. Mais à la place, je me laisse couler dans ces eaux dont j’ai conscience d’avoir créé le tumulte. Et je continue à penser à elle, inlassablement. Car comment s’en lasser ? Comment se lasser de sa délicate présence ? Comment se lasser de son doux regard plus profond encore que ces eaux dans lesquelles je me noie ? Comment se lasser de celle qui est à l’origine de tout ce que je ressens ? Parce que malgré tout, j’aime me sentir comme ça, j’aime sentir mon ventre se tordre à chaque fois que je pense à elle. Parce que je me sens vivante – et j’aime l’idée de me sentir vivante grâce à elle. J’aime qu’elle soit à l’origine de ma tempête. Mais ce qui me consume, ce qui me brûle, ce qui me donne envie de me laisser couler avec les espoirs déchus, c’est que je sais qu’elle aussi se fait ensevelir par ces vagues incontrôlables : je l’entends crier en silence depuis le rivage. Sauf qu’elle, elle essaie de se débattre, de sortir du filet que j’ai malencontreusement jeté sur elle. Contrairement à moi, elle se bat. Elle se bat alors que je suis à l’origine de la bataille. Et tandis qu’elle essaie d’atteindre la rive, elle me tend la main. Mais je ne la prends pas. Je ne veux pas. Je ne peux pas, parce que les vagues sont trop puissantes, elles vont finir par m’achever. Je n’ai aucune chance. Parce que ma seule bouée de sauvetage, c’est elle. Et qu’à chaque geste qu’elle esquisse pour me retenir, je me noie un peu plus. Mais je ne veux pas qu’elle me laisse – quitte à sombrer encore davantage. Car comment se lasser de celle qui m’a fait prendre conscience de la beauté des tempêtes destructrices ?
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