Téléomorphie

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écrire pour se vivre encore et encore, pour jouer avec ses miroirs et ses mémoires. Ecrire pour se voir dans l'autre, pour voir l'autre en soi  [+]

Rennes, 14.11.96

La Pelforth est bonne et j’avale, en même temps que la bière, le contenu des mots, leur saveur, leur sens, leur réelle téléomorphie. Je m’amuse même avec ce dernier mot que je viens juste d’inventer, là, sur le champ. Si ça se trouve, il existe. S’il existe, c’est que l’immanence, en sociologie, n’est pas non plus un mot creux...
Quelle importance ont-ils donc, ces mots, au moment précis où ils migrent du mot béat que j’écris ou balbutie ou entends jusqu’au concept que je sens, que je vois, que je m’approprie ? Balancez-moi un peu de musique, une petite Pelforth, derrière et avec la découverte d’un mot et... ça y est, je lévite en pleine ataraxie !
Avec les mots, je me libère, j’arrache les lambeaux qui recouvrent ma prison, j’extrais mon corps de l’esclavage et de l’infortune. Avec les mots, je redeviens prince et protège, par translation, le crapaud que j’étais hier.
Orfèvre des outils et des méthodes pour mieux me reconnaître, mieux me reconstruire, me bâtir, c’est pourtant en aveugle que je le suis, avec pour seul bagage, ma certitude de la royale découverte, de la promise révélation, de la scientifique renaissance. Je suis aveugle jusqu’à ma rencontre inéluctable avec la conscience de moi, avec ma sémiotique intime. Ça s’appelle, oui vous le dites aussi, l’histoire de vie. Mais savez-vous exactement ce qu’est une histoire de vie ? La mienne est faite de plein de souffrances et de joies, aussi profondes les unes que les autres, mais faites aussi, pour mieux oublier celles-ci, de plein d’avancées et de reculs, d’une multitude de rencontres antinomiques: des semailles gigantesques et pourtant possibles de paradoxes.
Un des plus beaux mots de la langue française: paradoxe !
Lorsqu’avec mes ongles et mes tripes j’arrache l’écorce des mots pour mieux y plonger ma soif d’advenir, cette quête-là n’est réellement pas d’ordre purement sémantique ou figural, et à peine, même, symbolique. Elle est tout entière émotionnelle, je la vis en tant qu’expérience, je suis dans l’expérience et ne m’en distingue pas. Il n’y a rien de virtuel dans la consonance que je vis avec moi. Mon double est moi-même. Je m’aime et me détends à la fois. Et ne suis plus exclusif par rapport aux autres, même si le rapport que je vis avec moi-même est quelque part égoïste: naturel puisqu’il est de l’ordre de l’ego. Je me frotte à mon ego.
Quand mes pas, un jour, cesseront de faire des empreintes sur le sable, et que je serai derrière les choses, dans les souvenirs ou les pleurs ou les révélations d’Anouilh, de Monique, de quelque autre personnage comme mon ami, mon neveu ou même mon ennemi, je suis sûr au moins que la ronde des mots, elle, continuera de s’accomplir pour un autre moi-même, un autre prince ou crapaud, un autre Robin des bois ou Zorro, une autre âme qui se meurtrit à coups de plaisir ou qui se fait du bien à coups de rasoir, un autre adepte des scénarios de vie qui aura juste eu la sagacité de vouloir comprendre.

La beauté de la vie, elle est là. Juste là.
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