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Te souviens tu mon amour

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Valerie Baudet

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À l'aube de notre vie, mon amour, te souviens tu...

...Ce soir là, la nuit galopait comme un étalon noir, et si j'avais pu, j'aurais scellé ma peau à cette monture.

J'étais plutôt triste, voire désabusée, je n'ai su le cacher.
Par ailleurs, pourquoi l'aurais-je fait?
...

L'amour d'un été, rencontré sur un bord de plage du côté de Saint Malo, s'était envolé aussi sûrement que les serviettes de plage, quand s'annoncent des orages.

Une image somme toute ridicule, mais fidele à l'image d'un feu de paille.
Des braises ardentes qui s'enlacent pour au final, se réduire à des cendres.

Embrassant le scepticisme, ou simplement la raison, je m'étais faite à l'idée de vivre seule.
Oui, seule, entre les murs de mon quatre pièces où de pâles reproductions de Gauguin, ornaient mon salon, ne serait- ce que pour égayer mon papier peint, un tantinet délavé par le temps; Par le poids des années, qui certainement, jouait sadiquement, avec mon impatience, tout comme un chat ballotte sa proie, avant de l'achever.

Je me mis à fouiller machinalement, dans mon sac à main, dans l'intention d'extirper une cigarette, dans tout ce merveilleux foutoir, où le chéquier côtoie le rouge à lèvre, qui lui même se presse, sur mes serviettes Nana;

"Nana", une sombre oeuvre de Zola.

La solitude amplifiait cette addiction, et j'éprouvais à chaque bouffée, un plaisir non dissimulé, malgré les images choquantes, couchées sur les paquets.

Malheureusement, seul me restait l'emballage.
Que faire d'un emballage rempli de
...RIEN... ¿

Je me dirige vers ma fenêtre, et j'observe des ombres qui se croisent.
Leurs yeux semblent collés sur leurs chaussures.
Pas une ombre qui se dévisage; Semblables à des robots, elles errent dans le couffin de la nuit, sans un signe ni un geste, qui tendrait à laisser penser, qu'il s'agit bien d'êtres humains.

Encore heureux que des réverbères les éclairent, tant leurs regards, semblent absents de lumière.

...21h...

Je passe comme une flèche, devant le miroir de mon entrée, sans daigner y jetter un regard.
Qu'importe, je vais juste m'acheter des clopes.

J'enfile un vieux tricot , enroule une étole mauve autour de mon cou, que je laisse déborder, nettement sur mes épaules.
Je ne suis guère à mon avantage, mais je ne caresse pas l'espoir, ce soir, d'être une séductrice.
C'est ainsi que je descends les escaliers, quatre à quatre, comme un animal qui s'échappe...

Échapper à quoi au juste ?

À cette monotonie infernale, à ce vide existentiel, à ce lit défait mais si froid...
...À ce porte manteau qui ne supporte presque,
...RIEN!!!

La fraîcheur de février semble vouloir caresser ma peau.
Je resserre plus fort mon gilet, et, levant les yeux vers le ciel, j'ai l'impression loufoque, que la lune elle même, semble tirer la gueule.
Je m'en amuse, en songeant qu'il est peu probable, que cette nuit, elle se fasse tirer le portrait.

Emmitouflée dans mon cafard, je n'ai pas pris garde, qu'une ombre s'avançait vers moi;

Elle non plus par ailleurs!!!

On s'entrechoque, je titube dangereusement, et me retrouve allongée sur l'asphalte.

_ "Zuuuutttttttt et flûte"...

Non, c'est faux, en vérité, mes lèvres laissent s'échapper un gigantesque, Merdeeeeeeee!

Je lève les yeux vers lui, parfaitement consciente du ridicule de la situation, ainsi que de ma posture, qui n'est pas en reste, pour que je rougisse davantage.

Il m'observe l'air incrédule, mais tout de même embarassé.
Lui, biensûr, il n'a pas vascillé, mais la main qu'il me tend, semble trembler un peu.

Quelques heures plus tôt, j'aurais refusé de la prendre, mais ne sachant plus, à quoi me raccrocher, je l'ai saisit comme on saisit l'espoir, qui se présente, au hasard d'un chemin.

Doucement, mais fermement, il me fait me relever.
Ses mains sont chaudes, les miennes sont froides.
D'un geste assuré, il éffleure mon visage, pour balayer une mèche rebelle.
Je plonge dans son regard.
Il me semble y distinguer des étoiles, aussi je me sens l'âme, d'une parfaite ingénue.

Te souviens tu mon amour ?

C'était un quatorze février, il y a trente ans, jour pour jour, que nos mains se sont enlacées, pour filer le parfait amour.

C'est ce jour mon amour, que mon destin a basculé.

...À la croisée, de ton chemin...

Il a suffit de trois fois rien, pour que s'enlacent nos destins.

PRIX

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Jfjs · il y a
"Non, c'est faux, en vérité, mes lèvres laissent s'échapper un gigantesque, Merdeeeeeeee!" ben oui quoi on peut être en amour et sacrer. Lecture agréable
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Valerie Baudet · il y a
Merci
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Michel Barras · il y a
Je n'ai, hélas, droit qu'à 3 étoiles mais mon coeur en mettrais volontiers mille et une à cette belle histoire si bien racontée
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Valerie Baudet · il y a
Merci beaucoup Michel
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Michel Barras · il y a
Je vous en prie chère Schéhérazade
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Amandine Barbaste · il y a
très beau texte et agréable à lire
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Valerie Baudet · il y a
Merci Amandine
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Jean Jouteur · il y a
Mélancoliquement beau, une solitaire tristesse emportée peut être par un bref souffle d'espoir. Un récit nostalgique de qualité.
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Valerie Baudet · il y a
Merci Jean
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Stéphane Gebel de Gebhardt · il y a
5 étoiles + +, bravo pour ce texte si bien écrit.
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Valerie Baudet · il y a
Merci
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Pascal Depresle · il y a
Un texte d'une vraie qualité. Mes voix.
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Valerie Baudet · il y a
Merci
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Françoise Grand'Homme · il y a
L'histoire se déroule sur un fil mélancolique avec une chute qui promet de rompre la solitude.
J'ai aimé la description des passants, les ombres, entre autres.
Votre écriture est fluide et entraînante. Les détails apportent l'ambiance, l'état d'esprit du personnage, on s'y croirait.

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Valerie Baudet · il y a
Merci
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Philippe Barbier · il y a
joli
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Valerie Baudet · il y a
Merci
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Faouzia Chakira · il y a
Très belle manière de dire les choses. Mlle Chakira Faouzia
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Valerie Baudet · il y a
Merci
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Catherine Dumont · il y a
Très beau texte Valerie !
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Valerie Baudet · il y a
Merci Catherine
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