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T'as pas compris, maman !

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T'as pas compris Maman

T'as pas compris pourquoi ta petite fille de trois ans se relevait la nuit.

T'as pas compris pourquoi elle n’arrivait pas à dormir.

T'as pas compris à quel point elle était angoissée et pourquoi elle te disait – maman, regarde mon ventre. Il est gros. Y a un bébé dedans !

Tu as ri et tu lui as répondu – mais non ma chérie tu as trop mangé c’est tout. Va vite te recoucher et dors.

Tu ne t'es pas demandé pourquoi ta petite fille te posait cette question.

Peut-être que tu aurais compris si tu avais su que son papa la faisait venir dans ton lit quand tu n'étais pas là, qu'il l’embrassait sur la bouche et lui faisait des choses sous les draps…comme elle l'avait vu faire avec toi.

Après, ton ventre avait grossi et un petit frère était arrivé.

Ta petite fille de trois ans angoissait  à l'idée  que son papa lui avait peut-être fabriqué un bébé et elle se demandait comment il allait sortir. Elle avait peur. Elle ne dormait pas. Elle devenait nerveuse et le médecin lui a prescrit des gouttes pour la calmer.

T'as pas compris maman que cette petite fille allait grandir avec cette peur.

Son papa la faisait grimper sur des journaux pour qu'elle soit à sa hauteur et Elle sentait quelque chose glisser entre ses jambes.

Ta petite fille ne disait rien, son papa lui avait fait promettre de ne pas te le dire sinon tu la battrais.

Ta petite fille a commencé à avoir peur de toi. Elle te voyait t'énerver parfois et menacer son papa avec ta chaussure. Alors elle se taisait. Son  papa ne lui faisait pas mal, lui. Elle avait peur de toi et de ta chaussure.

Elle t'avait vue corriger son petit frère qui avait fait une grosse bêtise. Il avait eu très mal et il avait beaucoup crié et pleuré. Alors elle se taisait et subissait les assauts de son papa sans chercher à comprendre.

À partir de là, ta petite fille s'est mise à préférer son papa, elle croyait que tu ne l'aimais pas.

Sa grand-mère l’écoutait sans jamais la gronder. Elle lui racontait ce que son papa faisait mais elle ne voulait pas la croire. Pourtant elle voyait bien que son papa tripotait sa cousine qui avait déjà une forte poitrine à douze ans. Il s'avançait derrière elle quand elle était assise. Il  plongeait ses mains dans son décolleté, il la massait et elle riait. Ça lui plaisait à la cousine.  Ta petite fille, maman, elle le voyait faire, elle ne disait rien, elle lisait.

Quand ta petite fille eut atteint l'âge de quatorze ans, tu as commencé à travailler. Tu partais tôt le matin.

Tu ne savais pas ce qui se passait quand tu étais partie.

Et puis ta petite fille est devenue grande, assez grande pour comprendre que son papa était obsédé. Il la réveillait alors qu'elle dormait avec sa petite sœur. Il la faisait se lever et se recoucher près de lui dans ton lit, maman.

Il voulait entrer en elle mais elle ne se laissait pas faire. Alors il lui disait de se retourner et de nouveau quelque chose passait  entre ses jambes. Elle s'est mise à le détester. Elle ne voulait plus qu'il la touche. Elle le fuyait. Elle redoutait le moment où il allait la faire lever et recommencer.

T'as pas compris maman pourquoi ta fille est tombée malade, malade des nerfs. Tu la grondais sans cesse parce qu'elle sortait souvent sans autorisation.

T'as pas compris qu'elle redoutait de rester seule à la maison avec son père.

Ta fille, que tu appelais ta reine, mais que tu ne prenais jamais dans tes bras, a continué à être angoissée mais cette fois par la mort depuis celle de son grand-père.

Elle avait réussi à se débarrasser des assauts de son papa en pensant l'avoir guéri. À présent une autre angoisse la tenaillait, celle de mourir. Elle ne dormait plus de peur de ne pas se réveiller. Elle revoyait son grand-père sur son lit de mort. Elle l'avait vu s'étouffer en prenant un cachet.

Tu as laissé les médecins enfermer ta fille chez les fous parce que tu la croyais folle.

Tu n'as pas compris, maman,  que ta fille sorte avec des garçons dans l'espoir qu'ils voudraient se marier avec elle et qu'elle pourrait ainsi quitter ta maison.

T'avais pas compris que son papa avait gâché son enfance et qu'il t'avait dit du mal de ta fille de peur qu'elle te raconte ses méfaits.

T'as pas compris maman et tu as cru que c'était ta fille la perverse et tu as souvent été injuste avec elle.

Quand un jour vous avez pu vous expliquer ta fille et toi, c'était  trop tard le mal était fait.

Tu n'avais pas compris mais tu savais et tu n'as rien voulu voir. Le pervers t'avait convaincu que ta fille était mauvaise.

Il a toujours entretenu la mésentente entre vous deux.

Jusqu'au jour fatal de cette veille de noël où une fois de plus , la dernière, tu n'as pas compris, maman et tu t'es fâchée injustement contre ta fille dans le répondeur du téléphone que tu lui avais offert plusieurs années auparavant.

Pour ta fille c’était le coup de grâce dont elle a eu bien du mal à se relever.

Tu te fâchais toujours  et tu criais - dis tout de suite que je ne comprends pas le français !!!

Quand tu disais à ta fille : tu me ressembles, elle répondait – les chats font pas des chiens…tu te croyais insultée, maman et tu te fâchais.

Quand elle voulait te faire comprendre que le lendemain de Noël c'était le 26 et pas le 25, là encore tu ne voulais rien savoir…tu avais toujours raison !

Pourtant ta fille t’expliquait tout en te répétant qu'elle t’aimait et malgré tout…

… t'as pas compris, maman…

Fin de l'histoire

 

 

 

 

 

 

 

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Keith Simmonds · il y a
Une histoire bien écrite qui évoque une réalité dure, brutale et perverse ! Mon vote !
Une invitation à découvrir “Ses lèvres rougissent” et “Isère en Mouvement” ! Merci d’avance !

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