Sylvestre

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Après mes "ARRIÈRE-SAISONS", mon dernier recueil de poésie intitulé: "DE CHAIR ET DE CENDRE", vient d'être édité chez Hugues FACORAT Édition. Mon site: www.lacroixbis.fr Des livres, des  [+]

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L'impact des gouttes sur le métal s'accéléra, pour se transformer en un mince filet écarlate éclaboussant les parois de la bassine.
Pendu au crochet à viande, Sylvestre dégueulait tout son sang, tandis que ses deux bourreaux affûtaient le tranchant de leurs lames, sous l'œil attentif de leur sœur Caroline.
Dès qu’elle serait moins chaude, ils dépèceraient cette masse de chair et d'os !
Les frères BROUILLOT savaient travailler en artistes, prendre leur temps pour ne froisser aucun muscle, ni fausser la moindre articulation. Il ne fallait rien abîmer et respecter ce rituel seul capable d’apprivoiser la mort.
Joseph grogna: « Il s'est sacrément défendu le bougre ! »
Marcel rétorqua: « Il a hurlé si fort que c'était pitié ! »
Caroline ajouta: « C'était un solide gaillard, d’une incroyable voracité, il aurait pu digérer même les pierres ! »
Chez les BROUILLOT on engraissait un porc chaque année, que l'on baptisait Sylvestre, sachant qu'il serait obligatoirement égorgé le trente et un décembre, et transformé en boudins, saucisses, salaisons et autres cochonnailles.
« Il est lardé à point », constata Joseph qui caressa amoureusement le fessier rebondi.
Marcel s'approcha, mordit une oreille, et fit craquer un bout de cartilage sous ses dents.
Caroline chatouilla le ventre tendu, avant que Joseph ne le fende de bas en haut. La tripaille encore fumante, offrit ses reliefs aux regards avides.
« J’avais des sentiments pour ce Sylvestre », soupira Caroline.
« D'autant plus qu'il nous a bien sauvé la mise l'été dernier », murmura Marcel.
« Pour ça oui », approuva Joseph.
« Pas de quoi vous vanter connards que vous êtes, c'est moi qui pissais le sang, et qui me tordais de douleur cette nuit-là, vous ne me toucherez jamais plus et ferez vos saloperies sans moi », hurla Caroline.
Les deux frères baissèrent la tête, laissant s'appesantir un silence honteux.
Caroline leur avait donné bien du bonheur quand, à tour de rôle, ils la besognaient dans la remise.
Faut dire qu’elle y mettait du cœur, et gloussait de plaisir en offrant ses formes généreuses.
Comment oublier qu’ils l’avaient engrossée, et qu’au cinquième mois, elle avait fait une fausse-couche qui faillit lui être fatale.
Comment oublier leur effroi, les cris de détresse, cette odeur âcre, et surtout cette chose inerte qui semblait les accuser du pire des crimes !
Une diablerie qui devait disparaître au plus vite !
Un cauchemar !
Sauf pour Sylvestre...
Au lendemain de cette affreuse nuit, il se régala d'une pâtée agrémentée de menus morceaux vraiment délicieux !
L’honneur des BROUILLOT était sauf...

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