Surnaturelle

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Je serai brève, promis ! Tu es le-a bienvenu-e ici même si, je te l'avoue, tu ne trouveras pas grand-chose de gai dans mon bric-à-brac... N'hésite pas à laisser un commentaire derrière toi  [+]

La musique m'étourdit, je suis prise d'un vertige soudain que j'attribue volontiers à l'alcool et la fatigue. Je pose une main sur ma poitrine dans une absurde tentative pour apaiser mon rythme cardiaque par la chaleur de ma peau. Je chancelle, m'appuie sur le dossier du fauteuil molletonné près de moi.

« La vache... » murmuré-je à moi-même, en attendant, mâchoires serrées, que cette sensation de... Ce n'est pas une nausée ordinaire, non. J'ai l'impression de sentir un mouvement similaire à celui des marées, sous mes côtes.

En reprenant mon souffle, à moitié pliée en deux, je me fraie un chemin à travers la foule bruyante, repousse du coude quelques danseurs éméchés et me précipite jusqu'à la salle de bain, à l'étage. J'allume la lumière, verrouille la porte d'un geste mal assuré puis me laisse tomber à genoux devant les WC. La musique et les rires sont assourdis par la distance. Ne persistent plus que les beats faisant vibrer l'air ambiant comme si la maison respirait, et de vagues échos du tumulte sous-jacent.
Je ferme les yeux, le front appuyé contre mon avant-bras reposant sur la cuvette des toilettes.

« La vache, la vache, la vache... Putain... » Je ne sais pas quelle merde Lena a mis dans ce cocktail qu'elle m'a servi tout à l'heure mais elle va avoir de mes nouvelles...

Je n'arrive plus à respirer, j'halète. Je me sens oppressée dans ma propre poitrine, j'ai la désagréable sensation que quelque chose racle contre ma chair comme le feraient les ongles d'une personne enterrée vivante contre le bois de son cercueil. Une bouffée de chaleur me suffoque ; machinalement, je commence à ôter mes vêtements. Je descends la fermeture éclair de ma robe, la fais glisser le long de mes jambes, envoie valser mes chaussures, me débats avec mon collant... Je respire à peine mieux en dégrafant mon soutien-gorge trop petit. Échevelée, essoufflée, presque entièrement nue dans la salle de bain d'une amie d'amis, je ne sais ce qui m'arrive. Cette douleur sourde remonte de mon abdomen jusqu'à ma gorge, le sang pulse dans mon crâne, ma vision se trouble. Je cligne des yeux, hébétée. La lumière blanche du luminaire est trop vive, elle me brûle les rétines. Je me traîne et appuie machinalement sur l'interrupteur, me retrouve dans un noir presque complet, troublé par les rayons argentés de la pleine lune, filtrant à travers la lucarne au-dessus de la baignoire.

L'ondulation sous ma chair se fait moins pressante, presque sensuelle. Enfin, ma respiration s'apaise, désormais lente et régulière. Je détends mes muscles crispés, prends de grandes inspirations, yeux clos. C'est en les rouvrant que je m'aperçois, étrangement, sans surprise ni crainte aucune, que ma poitrine irradie une douce lueur bleutée semblable à celle produite par des planctons sur les plages des Maldives. Je fais jouer mes doigts dans les rayons émanant de mon torse devenu astre.

Un besoin irrépressible se fait sentir. Immédiatement, j'ouvre les robinets d'eau de la baignoire et me glisse à l'intérieur, attendant patiemment que le niveau s'élève. Mon corps avait soif de cette eau tiède presque froide qui me recouvre lentement. Je me laisse aller, la tête rejetée en arrière. Cette sensation... C'est incroyable. La halo généré par mon corps se reflète sur l'eau et éclaire doucement toute la pièce. Douleur et angoisse se sont envolées, cédant la place à un bien-être profond, absolu. Je ferme les yeux, m'abandonne totalement à cette extravagante volupté. Je glisse contre la porcelaine et immerge mon visage.
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