Surnaturel

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« Le surnaturel, mon fils ça existe ». J'entends encore la voix rocailleuse de mon père, me rabâcher cette vieille rengaine, chaque fois qu'un événement inhabituel ou étrange se produisait. Les sourcils froncés sur son visage écarlate, me montrer clairement que chaque circonstance de notre vie avait une explication rationnelle et irrationnelle. Pour lui, il n'en pouvait pas en être autrement. Sur quoi se basait-il pour dire une chose pareille ? Mais la véritable question que personne n'ose se poser, n'est-elle pas au fond : est-ce que je suis prêt à y croire ? Moi en tout cas, je ne l'étais pas. Depuis l'âge de dix ans, j'ai toujours trouvé ce monde irréel à la limite de la folie. Ce jour-là, j'ai cherché autour de moi, un détail qui pouvait attirer mon attention et m'arracher de ce refrain. Physiquement, c'était impossible, au risque de l'énerver et de faire monter sa tension déjà fragile, mais mentalement, il n'y avait rien de plus facile.

Je remercie ce corps que j'habite. Il cache si bien mon absence. Étonnamment, mes proches, à son contact, se laissent berner par cette présence physique. Au bout de dix minutes, mon regard a trouvé ce qu'il cherchait pour satisfaire son besoin d'évasion : un tatouage qui dépassait à peine de la chemise sombre de mon père. Je me suis mis à imaginer la situation qui l'avait amené à s'implanter sur sa poitrine. La douleur, devait être intense et horrible à la vue (je déteste les piqûres). Il était à l'abri des regards et ça suffisait à susciter ma curiosité. J'avais envie de savoir sa provenance, sa signification. Rien que d'y penser, cela activait mon imagination et me faisait m'évader un instant de cette atmosphère pesante. J'entrevoyais un léger sourire sur les lèvres de mon paternel. M'était-il adressé ? Difficile à dire. Ses humeurs étaient imprévisibles, je pouvais tout envisager.

Il se tenait à distance et son tatouage avait maintenant disparu derrière sa chemise. J'ai eu peur qu'il comprenne mes pensées, qu'il découvre mes intentions avant même d'avoir pu lui poser la question ?

C'est étrange comme les secrets vous paralyse. Allais-je me défiler ? Je devais trouver le courage d'aller vers lui avant qu'il ne sorte de ma chambre. Je m'étonnais d'ailleurs qu'il soit encore là. Il espérait peut-être le contraire. Il attendait. Cette idée accélérait les battements de mon cœur et rendait mes mains moites. Ma peur devait se ressentir, car il n'arrêtait pas de me fixer droit dans les yeux. Comme il est facile de se méprendre sur une personne qui partage notre vie. Cette sensation, rendait le moment lourd.

Je préparais dans ma tête tous ses mots qui demandaient à sortir. Je n'avais qu'une idée en tête : lui parler le plus vite possible. L'attente me semblait interminablement longue. Je guettais le moindre geste favorable de sa part. J'espérais que le tatouage réapparaîtrait encore une fois pour me donner de l'assurance. Avec la folle idée qu'il entame la conversation (son regard tentait de deviner mes mots).

Bizarrement, mes larmes se sont chargées d'exprimer mes intentions et les sanglots ceux de mes mots, d'un enfant en proie à des réponses. C'est à ce moment qu'il a choisi de s'approcher de moi et de me serrer dans ses bras.

— Je sais ce que tu ressens, mon fils, dit-il.
— Qu'est-ce c'est comme dessin ? Reprit le fils.
— Elle représente une croix, je l'ai fait faire trois jours après ta naissance, expliqua le père.
— Mais pourquoi une croix, questionna le fils.
— Il faut que tu saches que ta maman était stérile, elle ne pouvait pas avoir d'enfant, répondit le père.
— Mais alors, qui je suis ?

À ce moment-là, une étrange sensation accompagnée de sueur froide gagna tout mon corps.
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