Sur un air de violon

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Finaliste
Jury
Image de 2020
Image de 11-14 ans
Comme tous les soirs, j'ouvrais la misérable porte de ma maison et comme tous les soirs, je me retournais vers le porte-manteau pour y suspendre ma veste. J'étais fatigué, fatigué de ma piètre vie dont je ne comprenais plus réellement le sens. Alors, comme tous les soirs, je m'affalais sur le vieux canapé et j'allumais la télévision. Néanmoins je ne la regardais pas, celle-ci me servait seulement de bruit de fond. Je n'ai jamais aimé regarder la télévision mais je m'étais habitué à le faire lorsque j'ai rencontré Kate. Kate c'est ma femme, du moins elle l'était avant de disparaître il y a 4 ans sans laisser aucune trace et sans jamais m'avoir donné de nouvelles. Malgré le temps, je n'arrivais toujours pas à croire qu'elle m'ait abandonné. Elle savait pourtant que j'avais besoin d'elle. Après une enquête d'un mois n'ayant mené à rien, la police avait lâché l'affaire et j'en avais déduit qu'elle était morte. Kate était la femme de ma vie, c'était le seul être à me comprendre et on partageait tout malgré le fait que je sois de nature très solitaire.

Ce soir-là, comme tous les soirs, je me réchauffais une boîte de conserve – ce en quoi consistait principalement mes repas depuis le départ de Kate – et je me hâtais de manger avant de filer faire ma toilette. Comme tous les soirs, je me pressais d'aller dormir car j'avais perdu le goût de veiller depuis sa disparition. Il y a 4 ans, nous nous serions installés dans le salon et elle aurait joué Gloria d'Antonio Vivaldi au violon tandis que je l'aurais accompagnée au piano. Nous adorions la musique mais cela faisait maintenant 4 ans que je n'avais pas ré-ouvert mon piano. Son violon, quant à lui, était resté dans sa boîte en haut de la vieille armoire enseveli sous la poussière. Je m'allongeai sur le grand lit puis éteignis la lampe de chevet. Je n'eus pas besoin de lutter longtemps contre le sommeil car mes lourdes paupières s'étaient déjà refermées. Comme tous les soirs, je rêvais d'elle. Depuis sa disparition, je la voyais partout, elle me hantait.

Je fus alors réveillé par un bruit, un son provenant du salon. Cette mélodie était très douce et trop faible pour que je puisse la reconnaître. Je me penchai lentement et tachai de ne pas faire de bruit. Un frisson d'angoisse me parcourut lorsque je distinguai cette musique. C'était Gloria. Je pensai alors à Kate et me levai sans réfléchir. J'avançai lentement vers le salon les mains moites tandis que je sentais le son se rapprocher. Je n'avais pas envie de troubler cette mélodie en faisant le moindre bruit alors je m'efforçai de rester calme. Lorsque j'arrivai dans la pièce dont la seule lueur parvenait de la fenêtre qui donnait sur la rue éclairée par quelques réverbères, je m'arrêtai net. Elle était là, assise sur le vieux canapé. La peur s'empara de moi mais je n'avais pas envie de fuir, simplement de lui parler et de l'observer tant que je pouvais. Kate ne semblait pas m'avoir remarqué. Elle continuait à jouer les yeux rivés sur son instrument.

Je la dévisageai. Quelque chose me troublait cependant. Elle avait beaucoup changé. Sa peau qui d'ordinaire était bronzée semblait blanche comme la neige. Ses traits s'étaient durcis et son visage arborait d'énormes cernes. Quant à ses cheveux, ils étaient bien plus longs que lorsqu'elle était partie et semblaient également bien plus abîmés. Ils étaient d'un noir extrêmement sombre comme le plumage d'un corbeau. Ils retombaient en cascade recouvrant son visage et sa tunique blanche. Je finissais de l'examiner lorsqu'elle tourna la tête et me toisa de ses yeux verts. J'avais oublié à quel point son regard était magnifique et ce malgré le fait que son visage soit à présent ridé et vieilli par la fatigue.

Elle arrêta de jouer et me regardant, elle se leva d'un bond et avança d'un pas rapide vers la fenêtre. Elle avait rejeté ses cheveux en arrière et tenait son violon d'une main ferme. Kate semblait en colère, une expression qui ne lui était pas familière et dont je n'arrivai pas à comprendre la raison. Elle m'ignora, ouvrit la fenêtre et se rua hors de la maison, dans l'obscurité de la ville. Elle jeta un rapide coup d’œil dans ma direction et je m'aperçus que ses yeux s'étaient assombris. Ils n'étaient plus du vert éclatant que je connaissais si bien. Puis elle fila. Je restais figé, l'air béat, contemplant la fenêtre par laquelle elle était partie une seconde fois. J'aurais aimé la suivre ou lui crier de rester mais je n'y parvenais pas. Je l'avais laissée me quitter encore une fois. Une larme m'échappa et coula lentement sur ma joue. Je me trouvais à nouveau seul, hanté par mes pensées. Bien que cela me parut impossible, elle était revenue.


Mon réveil sonna huit heures alors que je me réveillais lentement. J'étais encore un peu fatigué en ce samedi de novembre et je repensais à mon rêve, le rêve où j'avais vu Kate. Je m'étonnai moi-même d'avoir imaginé ses traits d'une manière aussi nette et précise. Je me levai en ballant et me dirigeai vers le salon. Aucune trace de son passage ce qui me confirmait que j'avais bel et bien rêvé. Je m'installai sur le canapé et me replongeai dans mes pensées. Mon regard s'était arrêté sur la vieille armoire et, lorsque je m'en rendis compte, je bondis aussitôt. Je dus me mettre sur la pointe des pieds pour attraper la boîte qui se trouvait en haut. Cette boîte contenait le violon de Kate. Je soufflai pour dissiper la poussière qui s'était accumulée sur le couvercle puis l'ouvris. Un cri d'horreur m'échappa lorsque je m'aperçus qu'elle était vide.
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