Sur un air de musique

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26 ans, lecteur assidu de littérature classique, de philosophie, de poésie, de fantastique, de thriller, de science-fiction... Amoureux volage de La Fontaine à Houellebeck, en passant par Proust  [+]

Parmi la complexité de ce monde, au milieu d’inextricables liens dont le nombre seul donne le tournis, il est des horreurs sans nom et des splendeurs infinies. Deux faces d’une même médaille à jamais indissociables. Il y a aussi, principalement à vrai dire, le commun, le banal, la routine. Heureusement, plus de ces banalités que de malheurs, moins que de joies aussi. C’est dire toute l’importance de ces moments de félicité, qui vous tombent dessus comme une averse un soir d’été. Rien n’est plus beau que de les vivre pleinement. Après coup, il est parfois encore temps de les rapporter, pour prolonger le désir, pour l’étirer comme une guimauve, comme un fil de sucre qui cristallisera bientôt en berlingot. C’est cela, lecteur, que j’aimerais entreprendre.

Tout est noir, d’un noir qui n’est pas simplement l’absence de lumière, mais son contraire. Un noir profond d’où émergent, aiguës et rapprochées, les vagues océanes. La barque tangue sur le flot, loin au-dessus des abysses menaçantes. Seul le son des lames se brisant sur la coque me parvient, ainsi que, plus ténue, une présence. Je la sens tout près de moi, je devine son souffle, je n’aurais qu’à tendre le bras pour la toucher, prendre sa main dans la mienne, puis l’enlacer. Je pourrais rester tout le jour ainsi, la tête sur son épaule, mon nez dans son parfum, ses cheveux épousant les miens.

J’ouvre les yeux au milieu d’un amphithéatre où résonne une partition de Ravel enfantée par des mains expertes, des mains de pianiste. Du coin de l’oeil je la vois saisir sa bouteille, en chercher le goulot, le dévisser sans un bruit. Ces mains, qui paraissent fragiles mais que je crois prodigues, ces mains, je les vois encore comme si je les avais devant moi. Elle s’avance pour mieux goûter la performance. Je dérobe au passage un plaisir clandestin, scrutant l’expression de son visage et gravant mes sensations pour m’en repaître plus tard.

Je nage ainsi en plein bonheur, entre la danse active des notes envoûtantes et le spectacle de ton profil immobile. Je profite de cet instant, culminant au coeur de notre courte entrevue. Mon sourire n’a pas fléchi depuis ton apparition dans le soleil de midi, emmitouflée dans cette écharpe qui te va si bien, camouflant jusqu’à l’excès tes adorables traits. Que je me sens petit quand je marche à tes côtés, comme le monde disparaît dans ces moments là, à l’instar de cet étudiant qui, descendant l’escalier, voit foncer sur lui un inconnu, son regard perdu dans celui d’une autre. Même une fois le concert terminé, qu’il est doux ce retour à la réalité, pourvu qu’il soit à ta portée. Il a bien fallu que je te quitte, que tu t’en ailles de ton côté. Qu’elles sont douces aussi ces dernières secondes à te regarder, t’éloigner, sans te retourner.

Déjà je sens mes démons se réveiller : à quoi pense-t-elle, pourquoi ne s’est-elle pas retournée, quand vas tu la revoir ? Toutes ces questions, ces pensées que je rumine à longueur de journée. C’est contre elles que je te conjure, que je t’invoque, pour un peu de quiétude, et l’écho du bonheur de ces instants partagés.
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Les Histoires de RAC · il y a
Jolie déclaration...