Sur mes paupières

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Quelques facéties  [+]

Il a neigé sur mes paupières.
Je tiens mes yeux grands ouverts pour que la neige reste bien là, sur mes paupières. Flocons brillants, je peux presque les voir quand je regarde le plafond. Il y a un peu de neige sous mes yeux. Je ne voulais pas cligner des yeux, promis juré. Mais voilà elle est tombée. Elle s’est glissée entre mes cils. La neige est peu docile. J’ai un peu de neige au bout des doigts maintenant. C’est joli. Et puis, maman ne dira rien. Maman n’a plus vingt ans. Elle aime passer du temps avec les gens, les gens du dehors. Pendant que moi, je reste dedans.
Il pleut souvent sous les paupières de maman. C’est à cause de la chaleur du dehors. Dehors il fait tout le temps chaud, c’est bien pour les couleurs mais ça assèche un peu les cœurs. On dit que ça tue à petit feu les émotions des gens du dehors et même que les gens qui restent jours et nuits à l’extécrieur (où l’on ne rit pas) ont du charbon dans les yeux et tout plein de crasse dans les poumons. Mais maman elle a des cotons tout blancs. Ça cautérise les bêtises, et ça absorbe les averses adverses. Elle a dix bougies parfumées, dont trois senteur vanille. Elle a les dents blanches et les cheveux châtains dorés, des verres à pied et de jolies citations. Elle brille, maman, sous ses faux-cils.
Bien sûr, je ne lui fais pas la pluie et le beau-temps, je me tais dans notre amour de coton. Je ne lui dis pas pour la blancheur, plus blanche encore, de la neige. Que j’ai renversé les flacons d’encre magique sur le plancher. Que les pleurs tombent de la douche dans un sombre glougloutement narquois. Que je connais le mot narquois. Que les larmes tombent toujours de haut en bas, et que la pluie fait de drôle de circuits sur les joues. Sur ses joues. Que souvent j’éteins la télévision et je ferme les yeux, pour ne pas laisser les virtuels prendre tout l’espace de ma chambre. Parce que tout cela qui se dit est abstrait. Parce que tout cela qui s’écrit en grosses lettres me fait peur. Tous les mots qui rentrent dans ma chambre, ils m’étouffent. Alors maman, tu comprends, je pars en vacances du monde. Je pourrais lui dire ça, oui. Aujourd’hui même, sous la neige en flocons. Je pars en vacances du monde, au fond de mes yeux-planètes bleues, et à leur lisière, parcourir les pôles. Ces étendues glacées qui ne sentent pas la vanille et qui brillent au Soleil.
Ça sera léger, comme ces quelques flocons de rêves au bout de mes doigts, ces quelques paillettes à neige, et oui comme ces masques qui étirent mon visage, comme figé par les morsures du froid. Loin des marées noires de mascara qui viennent salir la neige. Je réinventerai la neige. Moi, little miss snowshine.
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