Sur l'onde des vacances

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Captez de très bonnes ondes, assemblez les patiemment, rajoutez une pincée d'émotion, un soupçon d'humour et un zeste de destinée. Laissez reposez. Appliquez par petites touches à la lumière  [+]

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Les grandes vacances était arrivées. Comme chaque année, Joïanne avait quitté sa ville du Nord pour rejoindre les rives du lac et gagner quelques deniers au service de son oncle. Elle avait repris son service à la terrasse du « Toucan », bar-restaurant-glacier estival, et propriété de son oncle.
Ses journées avaient retrouvé les jalons immuables de ses étés besogneux : se réveiller tôt, chausser ses tongs, installer et dresser les tables, inscrire le menu du jour, servir les clients, nettoyer l’établissement, compter la caisse et assurer la fermeture, passer quelques heures au hangar, se baigner au bord du lac en contemplant l’immensité bleue, rentrer chez son oncle, enlever ses tongs et se coucher. Sur la base d’un petit arrangement familial, et l’établissement fonctionnant quotidiennement en été, ces tâches constituaient son programme sept jours sur sept.
Mais la jeune fille, endurante, ne souffrait pas de cette charge de travail. Elle ne ressentait pas non plus le manque de relations humaines malgré cette vie de quasi-solitude, ou de regrets pour les loisirs qu’elle ne pratiquait pas. Elle pouvait se baigner le soir, faire une promenade dans les forêts de pins et arrivait parfois à entretenir une courte discussion avec des touristes de passage.
Non, tout ça ne la troublait pas, ce qui dévorait Joïanne c’était de ne pas pouvoir explorer le lac. Celui-ci, immense et merveilleux, exerçait une grande attraction sur elle. Il lui apparaissait aussi mystérieux que majestueux. Elle avait depuis longtemps renoncé à le parcourir uniquement à la nage. Heureusement, il y avait le hangar.
Depuis plusieurs années Tonton André la laissait disposer de ce grand bâtiment désaffecté au bord du plan d’eau. Si, au tout début, elle n’avait conçu d’autre projet que d’y abriter un bon fauteuil, quelques livres et une vieille radio, très rapidement elle avait réalisé le potentiel considérable des matériaux et des outils qui jonchaient la dalle cimentée du local. Les heures qu’elle y passait à présent étaient toutes tendues vers l’atteinte de son rêve, vers la conquête du lac. C’est un jeudi matin, l’année de ses quinze ans, que la « Bête » fut enfin prête.
Après une énième journée de travail, à peu près au milieu de la saison, elle courut vers son refuge. Pour la première fois, au lieu d’y pénétrer par la petite porte sur le côté du bâtiment, elle libéra la chaîne qui maintenait l’immense porte métallique donnant sur la pente bétonnée qui menait, avec une faible déclivité, au lac.
Elle était emplie de fierté en convoyant la « Bête » vers l’immensité liquide. Elle l’avait fait ! Elle avait construit son propre véhicule d’exploration du lac ! La coque de l’engin, peinte en jaune doré, ménageait juste la place nécessaire pour qu’elle se mette aux commandes de cet étrange véhicule. De part et d’autre de la coque se trouvaient deux hélices, celles-ci étaient reliées à un grand pédalier, placé au cœur de la Bête, et surmontées de deux ailerons. L’ensemble promettait une propulsion garantissant des voyages à grande vitesse. Avec une joie quasi enfantine, Joïanne actionna le charriot qui portait la machine à pédale jusqu’à atteindre l’eau. La jeune fille fut émue aux larmes en regardant l’engin se décoller du chariot pour flotter en toute liberté.
Avant de monter à bords de ce fier destroyer, elle retira ses tongs et enfila avec soin la paire de baskets qu’elle gardait précieusement pour l’occasion et qui devait lui permettre de pédaler dans des conditions maximales de confort. Elle se mit au volant et avança de quelques mètres à la surface de l’onde en ressentant une étrange légèreté.
Après ce premier succès elle décida de mettre le cap vers l’inconnu dans la direction de la rive opposée, si rêvée, si lointaine. Après seulement quelques minutes, en virant de bord, elle put observer la tôle rouge et bleu du hangar. Avec un peu d’appréhension elle constata que le bâtiment, déjà lointain, paraissait tout petit. Elle réorienta l’engin vers le centre du lac pour finaliser les quelques essais de ce voyage inaugural.
Elle regarda tourner les deux hélices qui répondaient parfaitement aux efforts appliqués sur les pédales. Elle s’assura également du gouvernail qui, en fonctions des mouvements du volant, transmettait parfaitement la direction. Souriant encore de ces succès, elle accrocha sans le vouloir la manette placée à sa droite. L’engin commença à s’enfoncer dans les eaux sombres du lac. L’eau, avec un bruit métallique de succion, se mit à envahir lentement les flotteurs présents de part et d’autre de la Bête. Surprise par ce changement, Joïanne sursauta et lança un coup d’œil périscopique à l’embarcation pour constater ce qui se passait.
Rassurée de constater que ce n’était que la commande, involontairement anticipée, du remplissage des ballasts, elle referma tranquillement la bulle du cockpit, alluma ses phares et démarra sa première exploration, loin de la surface, à bord de son sous-marin à pédale.
La conception et la réalisation de la « Bête » avait été son seul salut durant ses laborieuses journées estivales, mais aujourd’hui, le lac, autrefois immense et impénétrable, était devenu son terrain de jeu, son refuge, et elle savait que cette plongée n’était que la première d’une longue série. Quand, quelques heures plus tard, elle commença à installer les tables, son oncle ne put s’empêcher de remarquer : « Tiens, maintenant tu viens en chaussures à lacets ? Pourquoi pas... ».
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Sylvie Neveu · il y a
Ah les rives du lac ! Je découvre cette première plongée : bravo !
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Coucou Céruléen · il y a
Wow! Sacrée bricoleuse!
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Abi Allano · il y a
Joïanne l'exploratrice. Une histoire toute mignonne. Mon sourire et mes voix!
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Keith Simmonds · il y a
On sent que cette histoire a été écrite avec beaucoup de passion et d'émotion ! Bravo, Adonis ! Mes votes ! Une invitation à venir sourire avec ma merveilleuse et intrépide “Mémé à moto” qui continue à brûler le pavé. Merci d’avance !
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Emma M · il y a
Une exploratrice... surprenante cette histoire et bien écrite (j'ai juste trouvé la fin un peu faible, mais je sais comme il est difficile de conclure un texte !)