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QRS

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Au commencement était le silence. Et la nuit fut, bleue. Un bleu profond et sombre auprès duquel le noir le plus mat a quelque chose de réjouissant. Une nuit plus calme encore qu'une fin du monde, un soir de décembre 2012 : une nuit le précédant. Aussi long que le regard se souvient, une étendue de poussières forme les rivages du temps. Chacun de ces grains brille comme l'or, sous le sable enseveli. Un drap, d'un bleu plus dense encore que la nuit, recouvre le rivage jusqu'à l'infini.

D'une onde le parcourant, muette à l'horizon, naît un bruit aussi blanc et fin que l'écume. Ainsi qu'une troupe talonnant ses éclaireurs, de fines lames bruissent à leur tour, innombrables. Déchirant le silence en un cri de fontaine, la mer est née. Bousculé, le calme tente de reprendre ses droits, en vain, et bascule. L'accueillant pour mieux l'étouffer, les vagues l'ensevelissent puis s'accordent en un rythme saccadé et dansent.

Du chaos, une ronde s'organise, tranche avec la nuit, transe avec le bruit et lance, haut, une femme à la terre. Elle fit, bleue encore de sa naissance soudaine, sur le sol stérile. Hagarde, tentant de se lever, elle trébuche sur l'écho sourd du ressac. Alors elle crie, répondant au sombre azur et moissonne sur le champ de la mer des mots à mâcher.

À mesure que le chant passe, bleu et voix s'éclaircissent. Du chœur de la cathédrale d'ébène, la mélopée montante enflamme tout ce qui la réfléchit. Telle une auberge chèrement conquise, elle enfante le monde et peuple ses confins. Ainsi naquit la meute originelle. De la diversité à l'amour, il n'y a qu'un pas, de loup. Aux champs de Mars succédèrent les meilleurs avril, nourrissant toute la terre.

Dans leur furie, ils n'avaient pas vu se lever la nuit. Somnambules sous un ciel sans étoiles, piscines de sang et de larmes allaient à la mer. Devant leurs origines éternelles ils tombèrent à genoux, pour mieux se relever. Pour les élever, ils s'inventèrent un père. Ainsi se détourne-t-on de la lumière.

À contre courant, à coups de rames et de pioches, certains allèrent. Alors que la meute rampait ils osèrent se lever et prendre leur douleur. De ce don, des échos parviennent parfois le long du fleuve et à l'orée des ponts. Derniers témoins d'un passé révolu, ils s'éteindront le jour où ils auront tout dit.
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