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Sur la jetée, nos coeurs vibrants.

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Célia Cr

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Ville portuaire. Nuit juillettiste. La mer. La jetée. Le phare.
Une main qui frôle la mienne. Le contact. La chaleur. L’étreinte.
Nous marchons sur la jetée. Pas régulier. Nous marchons. Jeune couple de passants devant nous, assemblée de pêcheurs fumant.
Étreinte affaiblie, éloignée, disparue. Seule. Je marche. Seule. Je passe devant eux, je les traverse. Plus loin devant, une canne à pêche posée, seule. Je marche. Une canne à pêche seule, s’éloigne. Je marche. Plus rien devant moi. La mer, les vagues, l’écume, l’horizon.
La main revient... Lente, douce, sur ma peau des frétillements, un pouce, sur ma peau, une main dans la mienne, le bras, le coude, l’épaule, collés. Nous marchons. Nous marchons à deux, nous marchons.
Au bout de la jetée, le phare vert. Odeur malaisante de pisse froide sur les rochers, mêlée à l’iode.
Au large, un ferry. Il nage vers nous. Le port, sombre, aux lueurs fébriles. Des touristes, des marcheurs, des passants, des passeurs. Des amis, des frères, des ennemis. Tous. Des signes, des appels, des rires, des sourires. Et nous, nous deux, marchant. Sur la jetée, sur les rochers. Nous marchons et notre étreinte se renforce.
Un souvenir. Un souvenir qui s’éloigne peu à peu, à mesure de notre rapprochement. Souvenir d’une solitude, d’un manque, d’un besoin. D’un besoin charnel et iodé. Le souvenir s’éloigne et je suis bien, toute proche. Notre étreinte, nos mains, nos bras, nos coudes, nos épaules. Une tête bientôt, sur mon épaule ou sur l’autre.
Nous regardons le ferry qui avance, nous regardons le port, nous regardons le phare, nous regardons la mer, nous regardons l’horizon, nous regardons les pêcheurs fumant, nous regardons les passants, nous regardons le rivage, nous regardons les galets, nous regardons la ville au loin, nous nous regardons. Nous sommes uniques. Au bout de la jetée, nous respirons. L’air marin, l’air chaud de nos cœurs enlacés. Nos cœurs si proches, pouvant se toucher, se confondre, ou bien rester là face à face comme nous le sommes. Près du phare.
Je prends une photo de sa silhouette, de dos, seuls ses cheveux luisent à la lumière du phare. Ici, devant moi, ma délivrance.
Nous nous moquons de l’odeur de pisse froide. Nous méprisons les pêcheurs qui nous regardent du coin de l’œil, dans la nuit. Nous nous fichons du rire des passants, des gestes dédaigneux, des pensées haïssables. Parce que sa main dans la mienne, je me sens toute autre. Je me sens comme je ne me suis jamais sentie, et comme j’ai toujours rêver me sentir un jour. Vous savez... oui, vous savez.
Nous marchons maintenant en sens inverse, revenant vers la plage. Nous recroisons les pêcheurs fumant, le jeune couple de passants. Nos paumes sont toujours liées, elles ne se lâcheront plus, inséparables. Nous avançons. Nous les dépassons. Nous sourions.
Et nous crions dans la nuit, nous chantons dans l’aurore, nos cœurs vibrants, symphonie humaine.
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RAC · il y a
Comme c'est romantique ! Ça réveille des souvenirs enfouis et enfuis...
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Michaël ARTVIC · il y a
Ce texte est gorgé d'émotion ! Carpe diem !
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Jenny Guillaume · il y a
Promenade très agréable, j'aime le rythme et la retenue des mots qui révèle pourtant l'intensité de l'émotion :)