Sur la falaise

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lire est un de mes sports préférés !Mais je suis passée à l'écriture qui me donne plus de fil à retordre que de paresser dans un fauteuil un bon bouquin à la main!!Rêveuse oui mais rêveuse  [+]

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C’est l’été, le mois d’aout, la chaleur est étouffante sur ces falaises escarpées. Sur le sentier qui longe le bord on distingue deux silhouettes, marchant sous le soleil écrasant. » Quelle fournaise « dit Julien en se retournant vers sa compagne qui met prudemment ses pas dans les siens. Clémence approuve en secouant la tête : elle n’a pas envie de parler, elle se concentre sur sa foulée, essaye de moduler son souffle afin de ne pas s’effondrer avec cette canicule qui ne cesse d’augmenter. Et puis elle est encore contrariée, même en colère depuis la veille. Elle rangeait leurs vêtements dans la valise : ils repartaient le surlendemain, la randonnée sur les falaises ne nécessitant pas un habillement extraordinaire, elle avait donc décidé de plier ce qui leur serait inutile .Et là surprise : en dépliant un pantalon pour le ranger correctement, un minuscule portable avait glissé d’une poche. D’abord étonnée elle avait poussé une exclamation qui avait attiré l’attention de Julien. Sans aucune trace de gêne ou d’émotion il avait souri légèrement : »ah il était donc là » ! Ne comprenant pas, elle avait dû faire une drôle de tête car il avait continué : « Tu ne te souviens pas ??Je t’ai dit que je devais transmettre les données exactes chaque jour sur la force du vent, le taux d’humidité de l’air quand j’aurais pris les mesures, ce téléphone m’a été fourni dans cet objectif, c’est plus rapide par SMS que par mail « .Clémence connaissait le sérieux de Julien dans son travail et avait donc acquiescé. Là où la situation avait un peu dérapé, c’est que le portable avait sonné à ce moment-là et sur l’écran s’était affiché un nom qui n’était pas du tout celui attendu. Effectivement il y avait peu de chances que le chef de service de Julien se nomme Suzanne ! Elle lui avait lancé le portable à la tête : il avait de suite compris le problème. Son explication demeurait très approximative. Ce qu’elle avait pu en retirer, c’est qu’il avait eu une aventure avec cette Suzanne, que c’était terminé depuis plusieurs semaines, mais qu’il n’arrivait pas à s’en débarrasser. Malgré les dénégations du coupable jurant sur sa tête que tout était fini, que ce n’était qu’une passade, elle conservait un sentiment de trahison, de rancune, et une rage sourde à l’idée qu’elle avait dû être la risée des autres.
Et les voilà malgré tout partis pour cette randonnée sur les falaises, avec une chaleur épouvantable qui échauffe plus les esprits qu’elle n’apaise les tensions. Mais elle est murée dans sa colère, lui, tente tant bien que mal de jouer les repentis. Le sentier est assez facile à suivre, bien délimité, sans danger apparent. La végétation est plutôt rabougrie ; même sans cette période intense de canicule il ne doit pas y avoir beaucoup de plantes qui poussent dans ces rochers, mis à part quelques buissons aux épines acérées. Clémence commence à avoir soif aussi sollicite-t-elle un arrêt. Ils posent leur sac à dos, sortent leurs gourdes boivent tout leur soul. Ils sont en train de récupérer, lorsqu’ils perçoivent le martèlement de chaussures de marche .Une silhouette se dessine dans la montée .C’est une jeune femme seule. Elle est très concentrée sur sa montée, elle n’a pas de chapeau, elle ruisselle littéralement de sueur, elle est écarlate Elle leur lance un bref salut au passage mais ne s’arrête pas pour autant. Clémence qui sait que cette ascension est déconseillée aux personnes seules en raison de la chaleur éprouvante depuis plusieurs semaines, (il fait quotidiennement 39 à 40 degrés) trouve cette attitude déraisonnable. Julien, lui, émet un léger sifflement admiratif ce qui agace sa compagne. Ils se remettent en marche grimpant toujours plus haut .Loin en bas il y a l’Océan qui gronde, leur apportant un semblant de fraîcheur, vite dissipée par le vent brûlant. Ce vent qui les déstabilise, les fait vaciller. Mais ils poursuivent leur escalade. Soudain à un détour du chemin ils aperçoivent un sac à dos à terre, grand ouvert, une bouteille d’eau répand son contenu au sol. Etonnés ils s’approchent et entendent alors un gémissement semblant venir du vide. Tous deux se précipitent et voient la jeune femme qui les a doublés suspendue à un arbrisseau maigrelet. Elle bat des pieds dans le vide et n’arrive pas à remettre les » dits pieds » sur la branche qui pourrait la stabiliser. Elle a un air hagard. Elle entend les deux randonneurs approcher, lève les yeux vers eux et murmure : »c’est toi ??C’est toi ? »Clémence avance un peu plus, et dit doucement : »nous sommes les deux randonneurs que vous avez croisés en montant on va essayer de vous sortir de là ne bougez pas ! »Mais la jeune femme persiste dans son délire et continue : »Tu es venu enfin ! »Clémence sent un léger énervement poindre et s’approchant un peu plus près chuchote : »mais non vous vous trompez, nous ne nous connaissons pas, nous sommes simplement des amateurs de grimpe »La jeune femme sent la chaleur qui lui embrase le visage, elle a le vertige, elle n’aime pas se trouver aussi près du vide, et elle ne connait pas cette promeneuse stupide .Malgré la température qui lui enflamme à la fois le corps et le cerveau elle essaye de rester correcte et patiente . »Ne paniquez pas, on va tenter de vous attacher avec une corde et de vous tirer jusqu’à nous ».
L’accidentée gémit, ferme les yeux, la chaleur est trop forte. Son corps réclame de l’eau qu’elle ne peut lui donner, elle est trop loin du haut de la falaise pour que Clémence ou Julien puissent lui tendre leur gourde. Julien a préparé une grosse corde et l’attache comme un lasso, il la lance plusieurs fois, en vain elle retombe à côté en s’accrochant aux buissons environnants. Clémence s’agace : »donne-moi cette corde Julien « .Subitement la blessée rouvre les yeux et dit : » Julien c’est bien toi ? J’ai quelque chose à te dire ».Clémence ne comprend pas ce qui se passe. Elle continue de lancer son lasso pour agripper un membre, et tirer de toutes ses forces. Puis dans un état second elle croit entendre le prénom de son ami .Elle tend l’oreille, croyant rêver, mais non. Elle lâche momentanément la corde et se tournant vers lui dit : »Je suppose que tu as une explication ? Elle travaille avec toi elle aussi ? » »Oui, oui répond-il c’est elle qui se charge des relevés au sommet de la falaise »Elle a envie de le croire mais elle se penche sur la jeune fille et dit sur un ton interrogatif : »Suzanne ? » »C’est moi répond-elle ?qui êtes-vous, pourquoi êtes-vous avec Julien ? Ce serait plutôt à moi de vous poser la question dit Clémence. Je suis la compagne de Julien. Et moi dit l’autre je suis la future mère de son enfant, c’est pour cette raison que je voulais le retrouver ici pour lui annoncer la nouvelle sans témoins. » A l’arrière Julien hoquète, on ne sait si c’est de surprise ou de joie, il n’a pas le temps de savourer ou pas la nouvelle, Clémence se penche et se laisse tomber sur le corps de Suzanne. Les voilà toutes les deux en suspension, collées l’une à l’autre, en équilibre précaire. D’une voix que la peur et la rage déforment, Clémence crie « : Et maintenant laquelle de nous deux vas-tu sauver ? »Le jeune homme penché au-dessus des deux corps n’en peut plus de chaleur et de colère : ces deux filles l’ont piégé chacune à leur tour. Pourquoi risquerait-il sa vie pour les sauver ? Après tout il y a Chloé au service comptabilité qui semble bien l’apprécier, ne lui faisait elle pas les yeux doux encore la veille de son départ en vacances ? Il sort de son sac à dos un couteau bien affûté, se met à scier la branche de l’arbuste sur laquelle elles reposent. Les deux crient et le supplient, il n’en a que faire et continue son œuvre jusqu’à ce qu’enfin la branche cède et entraîne les deux corps dans l’abîme. La chute est longue, il entend retentir leurs appels désespérés et le son s’estompe : il n’y a plus que le bruit du vent. Julien jette les sacs des deux femmes, reprend le sien et redescend le sentier. Quand on retrouvera leurs corps il sera loin .
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Keith Simmonds · il y a
Bravo pour ce thriller sombre et plein d'intrigue, Reveuse ! Mes voix ! Une invitation à venir vous imbiber de lumière dans “Gouttes de Rosée” qui est en lice pour le Grand Prix Automne 2019. Merci d’avance et bonne journée! https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/gouttes-de-rosee-1
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JARON · il y a
Bonsoir reveuse bravo pour ce thriller bien écrit et captivant jusqu'au bout. L'horreur dans toute sa splendeur. Mes voix sans hésiter. Si vous avez un instant pour découvrir : mondes parallèles" merci d'avance.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/mondes-paralleles-1
En attendant belle soirée/ nuit.

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Ginette Flora Amouma · il y a
Comment couper court à toutes les embrouilles ,
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Florence Defaud-Carabin · il y a
En voilà un que les remords et la conscience a fuit! Un choix expéditif! Mes voix!
Bonne continuation et à très bientôt!

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Reveuse · il y a
Merci de votre lecture .au plaisir de vous lire de nouveau.
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Reveuse · il y a
Merci de votre passage.
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Sandrine Michel · il y a
Quel sale type, je ne m'attendais pas à ce qu'il fasse un choix aussi radical ! Mes 5 voix... Je vous invite à mon tour à côtoyer mon "étrange colocataire" https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/un-etrange-colocataire
Merci !

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Reveuse · il y a
Merci de votre lecture .je suis allée lire vôtre texte et j'ai aimé
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Jean Calbrix · il y a
Un thriller qui dévoile les tenants et aboutissants de l'intrigue au fur et à mesure que l'action se déroule jusqu'à la chute finale (si l'on peut dire ) Bravo, Reveuse ! C'est du grand art. Vous avez mes cinq voix ;
Vous avez aimé mes sonnets "Ma chienne Ianna dans les dunes" et "Spectacle nocturne". Aimerez-vous tout autant mon sonnet "Indian song" en finale été ? https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/indian-song

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JAC B · il y a
Expéditif ce TTC ! Il fait de l'amour un feu de tout bois..Bonne chance Rêveuse et merci d'être venu(e) à la rencontre de ma veuve.
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Cnslancelot · il y a
Une sombre histoire dépourvu de remords, la perversion humaine à l'état brut. L'horreur comme je l'adore ! Mes voix.
Le miens par contre s'est vu brûler dans les tourments ici : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/les-tourments-incandescents-2

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Patrick Peronne · il y a
Les histoires d'A...finissent mal, en général. Un bon "Noir", avec tous les ingrédients (ou presque) du genre. Je vote.
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Reveuse · il y a
Merci de votre passage
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Fabienne Liarsou · il y a
Glaçant. Ça me fait penser au film : Mortelle randonnée....
Belle journée...:-)

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Reveuse · il y a
Merci de votre passage et de votre belle comparaison mais hélas je n'en suis pas là!!!!!!!!!