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Sueurs froides

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Agnès BERGER

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Le train arrive en gare avec trois heures de retard, je suis fatigué, épuisé d'avoir passé le voyage debout au milieu du couloir. Je n'ai qu'une seule envie, me débarrasser de cette odeur de foule qui me colle à la peau, sous une bonne douche bien chaude et me glisser sous la couette moelleuse de mon lit douillet.
Mais avant cela, je vais devoir affronter le froid mordant de cette nuit d'hiver et les deux kilomètres qui me séparent de cet éden, en trainant derrière moi l'énorme valise que j'ai eu la mauvaise idée d'emporter. Heureusement qu'elle possède des roulettes, pour faciliter le trajet.
Je calcule mentalement le temps qu'il va me falloir. Deux kilomètres, cela fait approximativement une vingtaine de minutes à marcher dans l'obscurité avec pour seule compagnie les rayons de lune qui semblent me guider.
Au détour d'un chemin, une idée lumineuse me traverse l'esprit que je repousse immédiatement.
Non, je ne peux pas faire ça! pourtant je gagnerai facilement une dizaine de minutes sur le trajet, ce qui dans mon état n'est pas négligeable.
Après avoir hésité quelques instants, je me lance sur le chemin du cimetière. c'est un endroit lugubre et effrayant.
Les arbres qui bordent le lieu ploient sous l'effet du vent qui souffle doucement.
Je pousse la vieille grille de fer qui grince sur ses gongs rouillés. Elle ressemble à la bouche édentée d'une vieille sorcière. Sans plus réfléchir, je franchi la porte. Mon cœur commence à s'emballer, mais la perspective de rentrer plus rapidement me donne des ailes. La nuit me recouvre d'un épais voile opaque. La lumière semble avoir été aspirée par l'univers. J'ai l'impression de me retrouver dans un monde parallèle, inconnu, dans lequel je me précipite tête baissée.
Les tombes se dressent le long des allées, improbables sentinelles ayant revêtu leurs habits d'apparat. Je marche silencieusement, essayant de ralentir les battements de mon coeur, qui semblent résonner dans le calme glaçant de la nuit comme des tambours battant la mesure.
J'accélère le pas quand soudain au détour d'un croisement, je l'aperçois, se dressant devant moi, me bloquant le passage. Une forme lumineuse, qui ondule devant mes yeux dans une danse macabre. Son sourire sans lèvres semble me défier dans une arrogance hagarde. Je tremble non pas de froid, mais de peur. Je sens la sueur couler le long de mon échine. Mes cheveux collent à mon front sous mon bonnet de laine.
Je fais volteface et me mets à courir de toutes mes forces, aussi vite que mes jambes me le permettent. mais la forme évanescente me suit, me poursuit dans ma fuite effrénée, désespérée.
La roue de ma valise se coince dans une ornière du chemin puis se brise. Je lâche la poignée, abandonnant mon bagage à ces monstres venus d'un autre temps. Il se précipitent dessus, semblant la dévorer, en aspirer l'essence comme des vampires assoiffés de sang.
Telle une antilope fuyant son prédateur, j'ai parcouru le chemin me séparant de mon pavillon en un temps record sans même me retourner.
A la faveur d'une nuit tourmentée, emplie de cauchemars, je me suis réveillé le matin, hagard et encore sous le coup de la peur panique éprouvée la veille.
Prenant donc pris mon courage à deux mains et ma voiture pour me permettre de battre en retraite plus facilement je suis retourné au petit cimetière à côté de l'église.
Baigné d'un abondant soleil qui coulait sur le chemin comme un liquide bouillant, le lieu semblait bien moins effrayant.
La grille, avec ses barreaux de fer ne prêtait guère à confusion. C'était un simple portail, rien de plus.
Après quelques pas dans le silence des allées, je trouvais ma valise, bateau échoué dans une flaque d'eau. A côté, trois ballons, décorés de paillettes dorées.
C'était Le vent qui les avait poussés vers moi avant d'emmêler leurs fils autour d'un bouquet de fleurs sur une tombe non loin de ma valise.
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Lange Rostre · il y a
Quelle frousse, comme dirait l'autre, finalement une belle rigolade...
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Agnès BERGER · il y a
Oui, il y a parfois des peurs irraisonnées et incontrôlables qui font sourire après coup.
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Antoine Finck · il y a
Vous aimez bien les ambiances de nuits macabres ;-) On accompagne le personnage dans cette frousse incontrôlable !
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Agnès BERGER · il y a
J'ai aussi des textes un peu moins fun. Comme "cher père noël " ou "quel est le plus beau jour de votre vie?' À découvrir sur ma page si cela vous tente.
Merci pour votre lecture.

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Dranem · il y a
La vie et la mort sont si proches .... je vous invite a découvrir ce texte : https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/la-mort-amoureuse
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Agnès BERGER · il y a
Oui, les deux sont intimement liées.
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Jln · il y a
peut être que la vie en générale n'est qu'une illusion ?
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Agnès BERGER · il y a
Oui, l'esprit peut parfois nous jouer des tours.
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Agnès BERGER · il y a
Merci pour votre commentaire sur ce texte dont vous êtes l'unique lecteur.
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Michaël ARTVIC · il y a
Le titre parle de lui même !! j'en ai froid dans le dos ! mon vote
Une invit' à lire "première page" , amitié des mots