Stoeger IGA

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William est fier de ce qu'il possède. Avec l'aide d'Ashley, sa femme, ils ont bâti une petite maison à partir de bois et de tôle. C'est au sein de cette modeste demeure qu'est née leur fille, Samantha. Aujourd'hui l'enfant est âgée de six ans et son père est le plus heureux des hommes quand il la regarde courir au milieu des petites plantations de céréales. Au fil du temps la fillette est devenue Sam. Elle ne quitte jamais son père, même quand il va en ville, un endroit qui n'est pas vraiment conseillé aux enfants. William s'y rend très souvent pour commercer : il échange le fruit de son labeur contre des vivres en tout genre. Il est particulièrement apprécié pour son travail acharné aux champs qui lui a valu le monopole du céréale local. Il joue parfois de son statut pour négocier un peu plus de denrées, mais jamais il n'en abuse.
Si William travaille d'arrache-pied, c'est pour offrir à son enfant tout le confort possible. Le soir quand le labeur est terminé, il s'assoie sur sa terrasse au sol irrégulier et conte à Sam les histoires du temps d'avant. La verdure, les animaux, les gens, les voitures, les technologies, les livres et le cinéma, ah le cinéma !
La petite écoute son père parler avec la plus grande des attentions, ces histoires elle les connait par cœur si bien qu'elle pourrait les réciter, mais elle préfère les entendre de la bouche de son papa.
William a pour coutume involontaire de terminer par la même phrase, à chaque fois : « Si seulement tu avais vu le Monde avant la guerre ma puce, si seulement nous ne l'avions pas détruit... »
Mais Sam se moque du monde d'avant, elle aime celui-ci, elle aime la compagnie continuelle de ses parents, elle aime ces terres brunes, craquelées, desquelles la vie peine à émerger. Elle aime jouer avec les débris qu'elle extrait du sol, ces morceaux, partie de quelque chose autrefois, sont de véritables trésors à ses yeux. La petite Sam ne connait que ce Monde, elle ne peut rêver mieux.

Il fait chaud aujourd'hui, et comme chaque jour, William se tue à la tâche. Agenouillé, occupé à bêcher la terre aride, il ne voit pas l'inconnu approcher. Ce n'est que quand ce dernier l'interpelle que le père de famille constate sa présence. Il est à une bonne cinquantaine de mètres, fixe. Le soleil éblouissant empêche William de distinguer pleinement l'homme qui semble tenir quelque chose. Sans la moindre hésitation, le cultivateur ordonne à sa fille de rentrer dans la maison, et de n'en sortir sous aucun prétexte. La petite, obéissante, s’exécute, mais sa mère ne l'entend pas de cette façon. Ashley appelle son mari, mais ce dernier élève la voix : « La maison ! » Crie t-il à sa femme.
Les larmes aux yeux, elle ferme la porte.
Deux silhouettes viennent entourer celle de l'étranger. En ligne, ils commencent à avancer. William, prenant appui sur son genou gauche, se relève. Il se tient droit, sans bouger, jusqu'à ce que les trois hommes arrivent à son niveau. Tous sont armés, mais seul l'homme au centre tient son fusil à la main. Celui du milieu, qui semble donner la cadence, marque l'arrêt. Puis il demande à William si il se souvient de lui. Mais le cultivateur, même après l'avoir dévisagé, nie connaître l'homme qui se tient face à lui. L'étranger décide alors de lui « rafraichir la mémoire » comme il dit.

Il raconte donc son histoire. Il y a de cela quelques semaines, peut-être quelques mois, il ne sait plus, il est venu ici, sur cette exploitation. A bout de forces, il rampait espérant trouver une âme charitable qui lui vienne en aide. Il supplia le fermier, mais celui-ci, méfiant à souhait, le renvoya d'où il venait en le menaçant de sa pelle.
William se souvient à présent de ce pauvre bougre en fin de vie à qui il avait refusé assistance. Il s'excuse, et tente d'expliquer à l'étranger que dans les terres mortes, on doit, pour sa propre survie, se méfier de toute situation. Le visage de l'étranger se crispe de colère et d'un geste vif, il met en joue le cultivateur. William, paniqué, lève les bras et implore la pitié. Ce à quoi l'homme au fusil répond : « Tu sais ce que c'est ça ? » Dit-il en montrant d'un geste de la tête le fusil qu'il tient.
William daigne répondre. « C'est un fusil à canon double, un Stoeger IGA. » Reprend l'étranger avec conviction. Le père de famille se rappelle de ses mêmes mots qu'il a utilisé en brandissant sa pelle ce fameux jour où il a chassé l'individu agonisant. « C'est comme si tu m'avais tué ! » S'écrie l'étranger.
Le clic du percuteur, la détonation et William est à terre.
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