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Spleen de la rue

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Capjuan1

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Énième chapitre
je ferme la porte et j'ouvre mon livre
au marque ta page nocturne
et ça crie, ça bafouille, bredouille, s'egorge, s'egosille, gargouille et mouille,pluie battante
ça cherche et trouve, fouine et fouille jusqu'au fin fond de l'obscur
ça s'ecrit en couplets saccadés le violent refrain de la nuit
je tourne les pages car dehors c'est la cohue, le brouaha
frénésie du vice et clapotis chaotique des capotes
la lune incrustés d'eclats d'argent fané, lourd sourire, contrainte dans ce ciel vacillant
lueur, bougie,je lis et dehors ça ne répond plus de rien
je suis absent dans les décombres, fracas et débauche à chaque trottoir
lueur, bougie,je lis car trouver le sommeil n'est pas de tout repos
chair transpirante, dégoulinante
odeurs de sueur chaudes, froides
je lis, nuit blanche, le parcours calligraphique et anxiogéne
j'approche encore un peu les yeux exhorbités de fatigue et pleure
dehors on m'apostrophe on me réclame
lors de chaque souffle chaque paragraphe
ligne discontinue, phrases hachées et virgule, point et point virgule, exclamation interrogation et encore trois points de suspension...
et l'histoire se répète au prochain chapitre plus acerbe encore, plus cru
les prostitués longent des trottois aux reflets violets, blafards et bafoués
ça dérange, ça crie, encore, ça arrangue, ça n'en finit pas, à gerber
déambulation patibulaire et crachats de poétes
on devine à travers les lignes
à plaie ouverte
appels au secours
eh merde ! Ça sert à rien les bouteilles à l'amer
assoiffé, toujours au goulot, du culot au goulot, alcools à revendre et l'heroine d'un soir, piqure de rappel, la blanche ou la marron et poudre d'escampette pour des rêves idiots
cher dealer de sommeil
la nuit ne verra pas le jour
bien trop tot sans doute
l'esprit vagabonde et titube
se dévergonde et paye son tribu

flotte le tramway fantôme aux wagons de constellations qui crépitent et grésillent à chaque secousse
votre ticket mon cher voyageur ! Pour la prochaine étoile éteinte
le trou noir, l'oubli en apesanteur
ligne 6 quai numéro 3 il faudrait redescendre par obligation ou par dépit on ne sait plus
il faux insiste la mort à s'etouffer de fatigue
s'humecter les doigts et je tourne la page , lire entre les rails et chemin de traverse lire encore sans censure , sussurent les vieux démons
et brûler son âme, la brûler vive c'est l'essence même d'une anxiété abyssale
c'est ecrit dans les annales bandes de trou du cul mais rien n'y fait c'est l'incendie
les mots craquent et flambent
c'est l'etincelle à se poudrer le visage
masque suffocant je me débat
je n'ose sauter les lignes jusqu à la derniére page
je tousse, panique, panique folie charnelle à consumer sans modération
palpitation frénétique de mon cœur perdu jusqu'au dernier souffle coupé, tranché sur le fil aiguisé et sec du délire
reste alors le marque ta page nocturne et indélébile de tes nuits blanches

appel de la rue trop fort, intransigeant
violent et sans retour
cette nuit j'écrase maladroitement mon mégot sur la table en formica
cette nuit je jéte mon livre de rage par la fenêtre au vent tranchant
cette nuit je suis le vide dessein de l'extérieur
ah cette putain de nuit, cette putain de nuit
où les graffeurs tagueurs façonnent les façades de la pollution
devise: défense de s'afficher tel un interdit
les murs murmurent leur mal-être a coup de bombes crachant vite fait bien fait à l'abri des regards la peur d'une ville qui suinte
grise la lune, les chats et les gens
faites vos jeux rien ne va plus
je me repére mal confusion mentale
noir impair et manque
et manque
le manège continue, ça tourne rond parait-il
dans les ruelles lézardées
ça va et vient comme une respiration mal maitrisé
on suffoque puis à la sortie de chaque apnée une inspiration
on s'y perd
je me perd
je balbutie quelques mots, demande mon chemin
on me répond toujours : « vous êtes ici »
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Pascal Depresle · il y a
Une superbe écriture de l'urgence, j'adore, mais bien mal payée. A l'occasion, si le cœur vous en dit, mon "Gamin" est en finale et mon univers vous est grand ouvert Amicalement http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/gamin-le-pont
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