Spectateur de la nuit

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Image de 2016
Longtemps je me suis couché à n’importe quelle heure. Observant la foule vagabonder tard dans la nuit. Je voyais les passant comme un spectacle, orchestré par le rythme des heures défilantes. Environs toute les trois heures l’entracte sonnait, puis de nouveaux acteurs apparaissaient. Chaque soir au coucher du soleil je partais rejoindre ma vieille chaise à bascule ; un verre de vin rouge sur une petite table, accompagné de quelques cigarillos à la vanille et je profitais du spectacle depuis mon étroit balcon.


Vingt et une heure, le spectacle commençait ; les couples défilaient et dansaient sous la lumière des projecteurs. Un balai d’hommes et de femmes magnifiques, aux écarlates couleurs. Valse, java, capoeira, salsa et j’en passe. Chacun avait endossé ses plus beau tissus, ses plus belles parures et sa plus belle besace. Les robes des danseuses n’étaient jamais les mêmes, tantôt sobres, tantôt aux couleurs éclatantes. Mer scintillante de sirènes qui y exposent leurs bijoux.


Minuit, déambulant sur le trottoir en tenue légère, les contorsionnistes apparaissent. La partie du spectacle qui m’attriste le plus. Les numéros sont variés mais toujours cachés. Au recoin d’une ruelle sombre ou dans un vieux taco ; les contorsionnistes réalisent le grand écart pour une cinquantaine d’euros. De jolies jeunes filles au regard si vide. Une fois l’adagio terminé, le client disparaît. Dislocation d’une vie qui ne se résume qu’à une contorsion avant.


Trois heures les dresseurs de fauves s’accaparent de la scène. Débarquant dans leur voiture aux lumières bleues, il se chargent de remettre les animaux les plus féroces en cage. Certains tiennent tête aux dompteurs et montrent leurs crocs. De véritable langues de vipère au sang chaud. Les lions sont capturés par la crinière de leur parka. Embarqués dans leur camionnette blanche, la majorité d’entre eux finiront la nuit au commissariat.


Six heures, le spectacle se termine et c’est à mon tour d’entrer en scène. Je pars me préparer pour entrer dans les coulisses. Je stresse. J’enfile mon uniforme et fait un brin de toilette. L’aurore se lève ; un camion m’attend en bas. A cette heure-ci je vois tous les acteurs du spectacle. Ils ne savent pas qui je suis, mais moi je sais qui ils sont. Je ramasse les poubelles sur le trottoir et les versent dans le grand camion benne. Peu de personnes ont le privilège d’entrer dans les coulisses de ces acteurs favoris. Ha, qu’est-ce que j’aime me lever de bonne heure !

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