Souviens toi de cet été !

il y a
3 min
217
lectures
4

Passionnée de littérature, Je me lance un nouveau défi, Une nouvelle aventure, Celle de l'écrit ! Mon blog : http://enviedecriture.canalblog.com/ Au plaisir…  [+]

Elle n’avait rien remarqué d’anormal, pourtant elle l’avait bien vu ce couple. Elle les trouvait attendrissants comme les pigeons qu’elle nourrissait chaque jour dans le parc avec les quignons de pain qu’elle trouvait en faisant les poubelles.
« Oh et puis monsieur, ça change un peu de ces petits galopins qui crient à tue-tête de nos jours »
« Oui, je les ai vu, mais bon, j’allais pas rester là à les épier, j’avais autre chose à faire ».

Gabrielle D. non plus n’avait rien d’anormal, strictement rien de prime abord qui pouvait vous sauter à l’œil. Mais en y regardant de plus prêt on aurait pu percevoir dans son regard ou plutôt dans la façon dont elle avait de poser ses yeux sur vous, un indescriptible sentiment.
C’était le genre de femme sur lequel on se retournait, bien qu’il ne fallût pas trop s’attarder sur sa figure. Elle avait tous les attributs féminins souhaités mais un visage anguleux, dur, qui ne cadrait pas avec le reste.
Je l’avais déjà aperçu plusieurs fois dans le quartier.
Bref, que venait elle faire dans cette affaire ? Quel était le lien si infime qui vous unissez ?
Et Pourquoi toi ?
J’avais beau farfouiller dans tous les coins, rembobiner la pellicule sans arrêt. Rien, il n’y avait rien. Comme si le film m’avait été livré inachevé.
J’en avais marre de tourner en rond. J’étais crevé. A cran. Le téléphone n’arrêtait pas de sonner, et j’attendais toujours l’appel de Bigleux.
Je décidais de retourner sur les lieux, histoire de me ré-imprégner la scène.
Le jour commençait à décliner. Je m’en fichais. Prendre l’air me ferait du bien et me permettrait peut-être de rassembler toutes les pièces du puzzle.

Antoine, 49 ans, vieille connaissance, froidement abattu d’une balle dans le cœur.
Quel était le motif de ta visite dans cette ville ? Depuis quand connaissais-tu cette femme ? Amie, maîtresse ? Rien ne concordait jusqu’à présent.
Selon ton fils, tu n’étais plus revenu dans la région depuis que tu t’étais installé dans l’Aveyron vingt ans auparavant. Tu y menais une vie tranquille, entouré de ta famille, tes amis, et de ta nouvelle amie qui venait d’aménager chez toi six mois auparavant. Vous étiez d’ailleurs en plein travaux de réhabilitation de ta maison.
Tu étais parti en voiture comme tous les matins à la même heure pour te rendre sur ton lieu de travail, mais nous avions appris bien plus tard que tu t’étais fait porter absent pour la journée. Ta voiture avait été retrouvée sur le parking de la gare.
A première vue, selon les témoins de la scène cet après-midi, vous aviez l’air de vous connaître. Pour certains tu semblais surpris même heureux, pour d’autres au bord des larmes ou soulagé. Qu’étiez vous donc en train de vous dire sur ce banc, dans ce lieu si fréquenté ? Nous ne le saurons probablement jamais.
Je décidais de retracer votre parcours, pas à pas, sans le brouhaha de l’équipe et des badauds.
Dans le parc quelques couples déambulés encore, profitant de la fraîcheur du soir.
Je scrutais le moindre recoin de cet endroit si familier, qui se trouvait à deux pas de mon ancienne maison. J’en connaissais chaque banc, chaque arbre. J’aurai pu le traverser les yeux bandés.
Mais dans cette affaire, mon esprit refusait d’y voir clair. Je sentais pourtant que j’étais proche du but.

Mon portable se mit à vibrer.
J’écoutais sans prononcer un seul mot. Je raccrochais et je jetais un dernier regard vers ce banc où nous vous avions trouvé enlacés.
Bigleux était toujours là, il n’avait pas fini son travail. Il savait que j’accourrais dans l’instant. Je regardais le corps sur la table froide d’autopsie. Ses yeux étaient clos mais je comprenais maintenant cet indescriptible sentiment. Je n’avais pas besoin qu’on me confirme ton identité. Je ne la connaissais que trop bien.
Gabrielle... Gabriel... 30 ans plus tôt.
Nous n’étions que de jeunes adultes imbéciles.
Gabriel secrètement amoureux d’Antoine. Antoine qui l’avait vertement rabroué devant nous tous. Nous étions des jeunes cons plein de bières en cette soirée d’été où l’un d’entre nous avait ouvert son cœur.
Gabriel qui s’était enfui de ce même parc, en hurlant sa rage, humilié. Nous n’avions pas cru à ses mots de colère, de vengeance.
Nous n’avions pas perçu ta souffrance. Nous étions jeunes, insouciants.
Ton silence, ton absence toutes ces années nous avaient conforté dans cette pensée que tout avait été oublié.
Notre groupe si soudé à l’époque avait explosé au fil des années.
Nous avions tourné la page.
Tu étais resté au même chapitre, à ruminer ton chagrin, à glorifier cet amour non partagé. Désormais dans cette pièce froide vous étiez réunis côte à côte dans des caissons réfrigérés.
4

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Très très courts

À fleur de pot

Soizig

Comme moult sujets de Sa Royale Majesté dans les années 2000, Andrew et Margaret Taylor avaient laissé derrière eux sans l'ombre d'un regret Londres et sa Tamise, pour s'expatrier en... [+]

Très très courts

Lady Scat

Sylvain FREYERMUTH

Françoise Lebon. Fran-çoise Le-bon. J'ai beau me répéter son nom sur tous les tons, je n'arrive toujours pas à réaliser. En vingt-cinq ans de métier je pensais avoir tout vu, être rentré dans... [+]