2
min

Souvenirs d'euphorie

Image de Regard.haineux

Regard.haineux

9 lectures

0

La matière du papier est souple, torturée par mes doigts depuis maintenant quelques heures. Je caresse de mes mains l'image en souhaitant du plus profond de mon cœur de pouvoir raviver tes souvenirs, nos souvenirs.

Je me souviens de ce jour où j'avais insisté pour aller à la plage, celle non loin du village où nous nous sommes rencontrés. Nous étions au mois de janvier et à cette saison, le sable humide est vide de toute présence humaine.
Tu n'étais pas d'accord, il faisait froid et tu n'avais aucune envie de sortir. Devant la télévision, tu bougonnais. Mais j'ai insisté et en tant qu'homme amoureux, tu as accepté, avec l'air las que tu prenais lorsque tu te rendais compte que tu m'aimais encore plus qu'à la folie.

Alors, sous les nuages gris et menaçants, nous nous sommes engouffré dans le petit véhicule d'un gris usé qui attendait patiemment au bord du trottoir.
La route me parut tellement longue ce jour-là mais cela m'importait peu ; seulement parce que je t'avais à mes côtés et j'étais heureuse, trop heureuse pour que cela soit vrai.
J'avais des étincelles de joie qui illuminaient mes pensées. Tu faisais de moi une femme comblée par l'amour au plus haut point. Je reconnais que je semble niaise mais c'est faux, j'étais simplement en extase.

Après une bonne heure à rouler sur les petits chemins de campagne, nous arrivâmes à destination. J'ouvris la portière et mes cheveux S'envolèrent d'un coup de vent. L'air marin m'emplit les poumons, je sentis l'odeur des algues me chatouiller les narines et réveiller mes sens émerveillés.

Tu vins près de moi et me pris la main, comme pour me dire que tu étais là, à jamais.
Nous descendîmes la haute dune de sable humidifiée par les dernières pluies. Je te poussai et on roulait l'un sur l'autre tel deux adolescents amoureusement idiots. ton corps me faisait frémir et je t'aimais de la manière la plus modeste et simple ; mais je t'aimais. et comptaient seulement nos sentiments puissants.

Tout deux arrivés sur l'immense étendue qui s'étalait devant nos yeux émerveillés, tu me pris doucement dans tes bras et déposa un léger baiser sur mes lèvres gercées par l'hiver froid qui gelait nos peaux fragiles.
Puis tu te détachas soudainement de moi et te mis à courir en me regardant... Je me souviens de ton visage adorable qui me contemplait et de tes petites fossettes qui te rendaient irrésistiblement attirant.
Je t'aimais pour cela, pour ce que tu n'es plus.

À partir de cet instant, mon souvenir d'euphorie reste flou, comme effacé, retiré de mon coeur, de mon âme.

Tu sais, nos moments, nos bonheurs, gravés dans ma mémoire me font tellement souffrir...
Cette photographie me rappelle sans cesse cette période où j'étais si insouciante, où les problèmes me fuyaient et où mon sourire était éternel, l'amour de ma vie à mes côtés.
Pourquoi a-t-il fallu que notre retour souille cette belle histoire idyllique ?
Les craquements répétés et ton visage désespéré me restent en tête.
Ta peau pâle dans ces draps blancs et ton regard ne me reconnaissant plus : rien ne m'a jamais autant peiné.
J'ai égaré celui qui comptait le plus pour moi. Ou du moins, il s'est égaré.

Je ne signifie plus rien à ton regard perdu. J'ai perdu ma valeur et ma dignité à ton esprit, n'appartenant plus à tes souvenirs effacés. Tu as perdu tes idées farfelues et le tout s'est envolé doucement laissant un vide indéniable dans nos cœurs bien amochés par la perte de ta mémoire si désirée.
La mort ne t'a pas emporté mais c'est tout comme..

Nous sommes une histoire appartenant au passé.
Une histoire que la maladie de l'oubli s'est amusée à déchiqueter par petits morceaux, nous arrachant nos espoirs inespérés.
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,