Souvenir d'enfance

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Amoureuse des mots  [+]

Le milieu dans lequel Célestine était née se trouvait être un modeste foyer dans lequel demeuraient ses deux parents et son frère de dix années plus âgé qu'elle. Elle était sortie une semaine après le terme annoncé, et sans savoir avec certitude si cela pouvait avoir un lien avec la suite de son existence, elle y pensait tout de même un peu.

Sa mère avait en elle, depuis son premier jour sur Terre, un sentiment d’abandon dont elle n’avait jamais su s’extraire, et qui lui causait de nombreux maux de plus ou moins grande intensité. Elle n’avait pas connu, Célestine, ses accès de rage face au désordre de la maison, laissé par le chien, ou son frère, ou même son père, qui lui, comme en écho à cette hystérie, se montrait dans des colères face à diverses situations qui ne l'exigeaient pourtant pas, comme un verre renversé sur la table. Le moindre pas de travers, le moindre écart était vu, observé, puis réprimé. Des écarts en tout, mais surtout, en matière d’alimentation, ô Dieu comme elle était présente celle-ci, car tous empreints du péché de gourmandise, ils s’obstinaient à freiner leurs envies, et imposaient ce triste sort à son frère et elle. Leur réaction ne fut pas la même, ce dictat n’eut pas le même impact sur l’un et sur l’autre, car leurs deux êtres bien distincts, il en allait de la logique, le sang ne les liait que d’une certaine façon, mais n’empêchait pas entre eux de grandes différences de caractères.

Ce qu'elle avait le plus connu, et ce dont elle se souvenait le mieux de sa mère, c’était l’état dépressif dans lequel elle s'était trouvée plongée bien souvent. Petite fille, elle désirait la sauver, sa mère, la libérer de cette pénible tristesse, de ses envahissantes larmes, de ces démons ancrés. Alors, elle restait à ses côtés pour la soutenir, pour la supporter durant ces moments de profond désarroi, elle était comme une malade alitée et Célestine elle, restait à son chevet, chaque fois qu'elle le pouvait. Elle y restait parfois des jours entiers dans son lit, dans sa chambre, sans voir le jour, et même si la petite fille accompagnait son père et son frère à table, elle finnaissait toujours par retourner avec sa mère, dans cette pièce plongée dans le noir, et attendait, essayant de la consoler, de la faire rire, sans jamais vraiment y parvenir.

Parfois, entre son père et sa mère le ton montait, si fort que sa chambre pourtant à l’étage supérieur ne permettait pas de les taire. Elle la haïssait cette colère, elle faisait surgir en elle la possibilité d'une séparation, cette chose qu'elle redoutait avec angoisse. Célestine avait ce besoin certain d'équilibre, elle en rêvait, si fort qu'elle se mettait à prier le Dieu auquel elle croyait sans en avoir été instruite, et priait aussi fort qu'elle le pouvait pour qu’ils restent ensemble, à jamais.


Juliette Herpin
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