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Sous une pluie de roses

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Elle s’asseyait souvent près de cet arbre pour jouer un monologue. Un rayon pâle de lumière venait caresser sa joue blême juste pauvrement rosée par une bribe de timidité pure. Souvent elle venait sous cet arbre, assise puis debout pour se laver avec les gouttes de lumière solaire tombant par centaines sur sa peau. L’arbre en question – un saule pleureur – était fleuri et fleurissait d’avantage quand la jeune fille venait s’installer pour endosser un rôle qui lui permettait tantôt d’être une héroïne grecque, tantôt une femme pure et simple. Tantôt son maître était Molière, tantôt il était Sophocle ou bien Racine. Un jour Antigone, un autre Agnès, ou un autre encore Chimène, la jeune comédienne ne manquait pas de personnalités. Chaque jour un récit différent sortait de ses lèvres fines. Mais tel Sybil Vane, l’amour ne laissait pas son jeu indifférent. Le jour où elle rencontra un passant alors qu’elle jouait Elise, la fille d’Harpagon, était attendu et en même temps redouté.
Son cœur d’artiste brûlait sous le soleil qui toujours la regardait, il éclatait en pièces quand Son homme la regardait, elle avait l’impression de jouer avec le panache d’une brique. Sa voix était tremblante, son jeu et ses déplacements statiques, plus clairement elle était assaillie par le Trac. Le bel amant qu’il était ne laissait ni les yeux ni le cœur de notre artiste placide.
Dorénavant à chaque fois qu’elle jouait, elle avait des sursauts stomachiques, sa voix, d’habitude si douce et limpide, était enrouée et sèche. Son corps tremblait, ses lèvres fines et roses avaient d’hideux spasmes qui la faisait ressembler à une vielle femme cacochyme et décrépite. Ses jambes longues et élancées se tortillaient dans tous les sens. Son œil droit pleurait alors que le gauche était sec comme du sable en plein soleil.
Mais ainsi l’amour, surtout au théâtre, ne peut être ignoré. Notre jeune artiste a été mariée au Trac, sans le vouloir, comme la plupart des comédiens.
Même si ce mariage peut être de courte durée, le divorce se solde souvent par une pluie de roses. L’arbre n’est peut être plus là mais la jeune fille vient encore jouer. La mort au théâtre n’est qu'une scène, tout comme cet écrit, tout comme la vie.
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