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Sous les étoiles

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misswriter

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C'était un soir où mes insomnies avaient encore frappé. C'était en semaine, un mardi ou un mercredi, vers deux du matin. Je le sais parce que dans ce bled paumé tel que Monne, les seuls personnes qui sont dehors à cette heure-là ce sont les ivrognes qui traînent dans les bars en quête de se libérer de leurs vieux démons. C'est d'ailleurs dans un bar que mes jambes m'ont transporté cette nuit-là.

Quand j'ai poussé la porte d'entrée, je l'ai aperçu attablé, un verre devant lui, les yeux fixant le néant. Sacha Owens. C'était le genre de garçon à avoir redoublé une ou deux fois, et qui pourtant, séchait encore les cours, même à quelques mois du bac. C'était le genre de garçon que tout le monde connaissait mais que personne n'osait approcher. C'était le genre de garçon qui possédait tellement de rumeurs que je n'aurais pas été surprise si son existence n'en était pas une. Je l'avais croisé plusieurs fois dans les couloirs du lycée et je dois dire que son physique ne m'avait pas laissé indifférente. Il avait de belles boucles blondes qui retombaient sur son front et de longs cils qui bordaient ses yeux verts intenses et malheureux. A chaque fois qu'il m'avait été permis de l'observer, son regard semblait vide. Vide de vie. Comme si il avait cessé de vivre il y avait des années et que depuis, il survivait.

Je me suis approchée et me suis assise sur la chaise à côté de lui. Il était dans un sale état, des cernes creusaient son visage et ses cheveux gras demeuraient en bataille.

J'ai posé ma main sur son bras. Je ne savais absolument pas ce qu'il me prenait, je voulais qu'il me remarque, qu'il me parle, qu'il m'accorde un peu de son attention. Il n'a pas réagis. J'ai joué avec son verre à moitié plein et comme il ne réagissait toujours pas, je l'ai bu d'une traite. J'avais l'espoir que le liquide qui me brûlait la gorge allait noyer mes douleurs enfouies au plus profond de mon âme hurlant pour que je les libère, mais c'était peine et perdu. Néanmoins, si je ne m'étais pas débarrassée de mes souffrances, j'avais réussi à le réveiller.

-Deux autres ! a-t-il crié au barman.

Ce dernier nous a lancé un regard haineux. Sûrement parce qu'il attendait impatiemment la fermeture et que deux jeunes à peine majeur l'en empêchait. L'homme nous a apporté nos verres. Nous avons trinqué et nous les avons finis. Puis il m'a regardé en souriant.

-Tu voudrais aller contempler les étoiles avec moi ?

J'ai hoché la tête.

Il s'est levé et a laissé un billet de dix sur la table. Je l'ai suivi. Il m'a traîné jusqu'à un parc dégueulasse, un de ces parc que plus personne ne fréquente. Il n'y avait pas un chat, le silence régnait et la lune était reine. On s'est installé sur une balançoire délabrée et on a côtoyé l'horizon. Le ciel noir s'étendait à l'infini et les étoiles qui le parsemé brillaient d'une intensité sans pareille. Je me croyais presque dans un rêve. Je me suis balancé, les jambes allongées afin de prendre de l'élan. J'allais de plus en plus haut, j'ai tendu un bras. Je voulais les atteindre.

-Tu n'y arriveras pas, a-t-il lâché.

J'ai ralentis la cadence.

-Et pourquoi pas ? ai-je demandé en haussant les sourcils, perplexe.

Nous avons scruté le ciel.

-Une fois que les rejoins, tu ne peux plus revenir.

J'ai freiné avec mes pieds dans la terre pour m'arrêter quitte à bousiller mes nouvelles baskets. Une question me brûlait les lèvres.

-Et toi, tu veux les rejoindre ?

Il s'est tourné vers moi, éteint comme si mes mots le tuaient un peu plus à chaque syllabe prononcée.

-J'y pense parfois.

-Tu ne devrais pas y penser.

-Et pourtant c'est ce que je fais, rétorque-t-il. Donne-moi une seule chose qui me retient de les rejoindre, Emma. Je passe mes soirées à me bourrer la gueule, ça va faire la deuxième année que je vais foirer mon bac et mes parents en ont clairement rien à foutre.

J'ai frissonné. C'était la première fois qu'il daignait m'appeler par mon prénom. Je me suis redresser et ai avancé de quelques pas, de façon à être devant lui. Quand il s'est aperçu de ma présence, il s'est levé à son tour. Il faisait une vingtaine de centimètres de plus que moi. Je me sentais minuscule par rapport à lui.

-Moi. Moi, je te retiens.

Il a rapproché son visage du mien. Mon cœur battait à la chamade. J'ignorais si c'était les effets de l'alcool mais j'avais une irrésistible envie de l'embrasser.

-Tu es adorable, Emma mais il est trop tard. Quelqu'un m'attend là-bas, a-t-il murmuré à mon oreille.

Puis tandis que mes paupières se fermaient lentement, il a posé ses lèvres sur les miennes. Des millions de papillons s'envolaient dans mon ventre. Son baiser était doux, comme si il craignait que je me brise au simple contact de ses lèvres. Quelques secondes plus tard, il a rompu l'instant magique.

-Qui? ai-je soufflé.

J'ai ouvert les yeux, il avait installé une distance de deux mètres entre nous.

-Ma petite sœur.

-Je pourrais... Essayer de te sauver? J'ai tenté.

-Je te l'ai dit, c'est trop tard. Mais crois moi, je t'attendrais avec impatience.

On a passé la fin de la soirée à regarder les étoiles, moi dans ses bras.
Les jours suivants, il n'a montré aucun signe de lui, ni au lycée ni au bar et ni parc. Je ne l'ai plus jamais revu.On s'était peut-être raté dans ce monde mais la prochaine fois on ne se raterait pas.
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