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Sous la talonnette

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Yann Olivier

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- Elle est prête !, dit le savant.
- Quoi donc ?, dit l’autre assis, derrière un vaste bureau, non loin d’un jardin habité d’une lumière généreuse.

- J’ai fait selon vos instructions, précisa le savant qui n’était pas grand malgré ses talonnettes.
- De quoi parles-tu ?, s’échauffa l’autre, avant de regarder le mur qui accueillait sa photo en costume de Président plénipotentiaire.

- J’ai créé la bombe..., dit le savant, immobile et rigide dans sa blouse blanche.
- Je ne t’ai jamais commandé de bombe ! Tu es fou !, dit le Président.

- Vous êtes passé au laboratoire comme vous le faites une fois l’an. Je vous ai expliqué ce que nous faisions. Vous m’avez ensuite posé une main sur l’épaule et vous m’avez dit, mot pour mot : « Je vous félicite, continuez ainsi. », dit le savant dont un œil tressautait. Le gauche.
- Si tu crois que j’avais écouté... mais qu’est-ce qu’elle a d’extraordinaire ta bombe ?, demanda le Président après un silence.

- Elle détruit tout sur un rayon déterminé ; jusqu’à 50 km si vous le jugez bon, dit le savant.
- 50 kilomètres dis-tu...
- Oui, plus rien sur 50 kilomètres à la ronde, répéta le savant. Vous pourrez ainsi faire connaître notre puissance à la communauté !, dit le savant, une bave moutonnante à la commissure des lèvres.

Le Président réfléchissait sur les perspectives de destruction quand une souris à joli minois entra par la fenêtre ouverte, comme glissant sur un rai de lumière dorée. Elle trottina sur ses pattes fragiles pour s’approcher encore, comme un défi.

Le savant tendit sa main qui était boudinée. Et fit quelques pas sur la moquette beige vers l’animal qu’il connaissait, mais ne savait pas nommer malgré son immense savoir.

- Puis par une dialectique diplomatique vous pourrez maintenir en haleine la communauté, poursuivit le savant qui frappa du pied pour tenter d’écraser la souris sous sa chaussure. Mais elle bougea avec vivacité comme elles le font toutes ; rien sous la talonnette.

- Et faire en sorte qu’elle connaisse la peur du dérapage, le vertige face au précipice.

Le savant sautillait et tapait des mains à la recherche de la souris qui s’était bien cachée.

- Pour qu’elle soit à notre merci !

La souris était remontée sur le rai de lumière qui se dessinait sur la moquette beige. Alors le savant sauta les deux bras en avant pour l’attraper.

- Pour que la communauté soit piégée dans le camp de la peur !

Mais la souris était partie bien sûr. Et la magie avec elle. Pour disparaître dans la frondaison fleurie.

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