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Soulmate (Ame soeur)

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Amelia S.

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J'observe tous les jours la ville de New York. D'une certaine manière on pourrait dire que j'ai de la chance. Je m'appelle Jonathan et je viens d'avoir dix-huit ans. Ma vie est une longue suite d'échecs qui aboutit à ma présence sur le toit du monde, l'Empire State Building. Enfin, quand je dis sur le toit, je devrais plutôt préciser que c'est sur les fenêtres que je suis. Eh oui, je suis laveur de vitre. Il y a un adage qui dit : « Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. ». Je sais à présent que c'est faux. Chaque jour, je me lève, je traverse les rues jusqu'à voir le harnais dans lequel je monterais à une hauteur vertigineuse. Je me rends bien compte que je vois de moins en moins ce qui m'entoure, comme si les couleurs se délavaient dès qu'elles sentaient mon regard se poser sur elle. Les sons deviennent plus sourds chaque jour. J'ai comme l'impression d'être dans un rêve. Je ne sais pas si c'est de l'ennui. En tout cas, quand je suis en hauteur mes idées s'éclaircissent. Voila pourquoi j'ai accepté ce travail.
New York est la ville qui ne dort jamais. Des milliers de lumières éclairent les rues de cette ville. Mais aucune d'entre elles si intense soit elle n'arrive à gâcher un coucher de soleil. Lorsque le ciel s'embrase de milles couleurs et que le soleil resplendit tel une aura de pureté dominant le monde. Alors la Terre est telle un phœnix couleur de sang, son cœur brûle pour renaître de ces cendres. J'aime ces moments-là. Je les passe accroupi en haut de l'Empire State Building et j'observe. Puis lors du dernier miroitement orangé du ciel, je baisse les yeux vers la foule des passants, me demandant si, à cet instant quelqu'un d'autre scrute les cieux. Pourtant chaque jour, je ne vois qu'une foule pressée et agglutinée devant des magasins.
C’était un dimanche et il pleuvait. Je déteste la pluie, elle rend les gens malheureux. Je m'étais abrité dans un kiosque à musique, serré contre des inconnus. J'observais la foule comme à mon habitude mais lors des orages, le monde se donnait le mot pour s'habiller en noir. C'est un deuil général de gens sans visage, caché par de sombres parapluies. Je frissonnais et rabattant ma capuche, je me mis en route vers Central Park. Le lieu était déserté, seuls quelques badauds traînaient encore tentant de se réfugier sous les arbres. J’avançais, perdu dans mes pensées lorsque tout se brouilla. Je tombais à la renverse. Lorsque je rouvris les yeux, il s'était mis à neiger et au centre d'une allée, je vis une jeune fille. Elle devait avoir à peu près mon âge. Son parapluie rouge cachait son visage mais de là où j'étais, je pouvais l'entendre rire. Elle semblait enveloppée par la neige. Comme si celle-ci formait un bouclier autour de l'adolescente. Je m’évanouis.
Lorsque je me réveillais, un marteau cognait dans ma tête et mes yeux me faisaient mal quand je les ouvrais. Même mes oreilles souffraient d'entendre un bip incessant. Une inconnue observait des écrans près de moi et je l'entendis dire : « Il est hors de danger. Sa commotion cérébrale est légère. Vous pouvez aller le voir. ». L'homme à qui elle parlait s'approcha de moi :
« Ça va mon vieux ? T'as eu d'la chance que je te trouve. Tu serais d'jà mort sinon. »
J'ouvris difficilement les yeux pour voir un homme rougeaud approchant de la cinquantaine se pencher au-dessus de moi. Je lui saisis le poignet avec le plus de force possible :
« Où est-elle ? La fille au parapluie rouge ? Elle était là... La neige et...
Et ben mon gars ! T'as dû prendre un sacré coup sur la tête. Ouaip, moi j'ai vu personne. »
Après ça, je suis retourné chaque jour au parc dans l'espoir de l'apercevoir. Moi, qui n'avais jamais lu avant, je passais mon temps libre à dévorer des livres entiers. Je me mis à écrire sur elle sans savoir qui elle était ni à quoi elle ressemblait. Ce parapluie rouge revenait sans cesse. Il était dans mes rêves et j'espérais le croiser partout. Au fil du temps, je me pris d'amitié pour cette jeune fille. Je me mis même à l'aimer tout en sachant que c'était idiot puisque je ne la connaissais pas. Elle n'était peut-être même qu'une invention de mon esprit mais je me refusais à croire ça. Ma vie se mit à changer radicalement, les jours se distinguèrent enfin les uns des autres. Je décidai de démissionner et de reprendre mes études. Je devins journaliste mais je ne cessais de penser à elle. C'est drôle comme la vie est faite de coïncidences. Je suis le seul à avoir vu cette fille et son simple rire a changé ma vie. Puis j'ai grandi, j'ai vieilli. Je me suis marié, elle s’appelait Maria. Je l'ai aimé jusqu'à la fin de mes jours comme j'ai aimé les deux enfants que nous avons eu. Je les ai vus grandir et vieillir à leur tour. Jamais je n'ai oublié la jeune fille au parapluie rouge et jamais je n'ai cessé de la chercher. Ce n'est qu'à un très grand âge, un jour de neige que je mourus. Je m'étais allongé dans l'herbe froide. Des lambeaux de soleil flottaient dans le ciel. J'avais fermé les yeux. De la buée s'échappait de ma bouche. C'était une aube froide, chargée de souvenirs. Étrangement, le silence régnait dans la ville, comme si elle sentait la mort toute proche. Lorsque je sentis la fin approcher, je rouvris les yeux et la jeune fille était là, cachée par son parapluie rouge. Elle se retourna et ses boucles rousses tombèrent autour de son visage. Ses yeux verts semblèrent me transpercer puis elle les leva vers le ciel et se mit à rire du même rire que celui entendu il y a bien longtemps. Mon rire se joignit au sien dans une harmonie parfaite et enfin la paix emplit mon cœur. La mort ne fut alors plus qu'une aventure parmi toutes celles que j'avais vécue.

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